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L’Irlande vote pour la rigueur!

samedi, 26 février, 2011 - 12:30

Sèvère défaite aux élections législatives du Fianna Fail accusé d'avoir mal géré la crise économique et financière. Le nouveau gouvernement sera dirigé par le Fine Gael. Ce parti de centre-droit promet de "refaire fonctionner l'Irlande". De la sueur, du sang et des larmes au programme. 
De notre envoyé spécial à Dublin

Le millier de sympathisants applaudit à tout rompre. Enda Kenny, le leader du Fine Gael (centre-droit), vient d’entrer dans le lobby du nouveau stade Aviva et de monter sur l’estrade où se tiennent déjà tous les candidats dublinois de son parti. "Aujourd’hui, je vous demande de dire : je suis avec vous, comptez sur moi, je vote pour le plan du Fine Gael pour faire fonctionner l’Irlande !" Les applaudissements reprennent avec une ferveur encore plus grande. Cet homme, aux traits secs et anguleux et au charisme limité, porte l’espoir de milliers de membres d’un parti qui va revenir au pouvoir après 14 ans d'opposition: le Fine Gael vient de remporter haut la main les élections: avec près de 36% des voix, il devance largement le parti Travailliste (20% des suffrages). Le grand perdant étant le parti de centre-gauche du Premier ministre sortant : avec seulement 15%, il est relégué à l'humiliante troisième place. 

Coupes budgétaires franches

Le Fine Gael n'a cependant pas la majorité des 165 postes de députés et devra donc former un gouvernement de coalition avec le Labour. Ce n'est pas la première fois. Une alliance droite-gauche pour tenter de sortir le pays du marasme général.

Pour cela, les deux partis ont déjà prévenu de leur volonté d’opérer des coupes franches dans le budget national (qui concernera surtout le service public) et de renégocier le crédit de 85 milliards d’euros attribués fin novembre au pays par le Fonds monétaire international et l’Union européenne.

"Cet accord, dont le montant s’élève à 43% du produit intérieur brut irlandais, était indispensable et sans lui le pays n’aurait pas pu tenir" reconnait pourtant Philip Lane, professeur de macroéconomie à l’université Trinity College, spécialisé sur les recherches européennes.

Soldats sans destinée

"En revanche, les Irlandais commencent à remettre en cause le fait que l’Irlande soit seule responsable de sa situation : de nombreuses banques créditrices sont européennes et ils se demandent si Bruxelles n’aurait pas dû superviser leurs opérations de plus prêt". Et d'ajouter:

Mais surtout, ils acceptent mal que les autres pays européens se fassent de l’argent sur leur malheur puisque le taux de leurs emprunts est d’environ 3% et qu’ils leur ont prêté à 5,83%. Mais ils pensent néanmoins que le principal responsable reste le parti du Premier Ministre Brian Cowen".

D’où la déroute du Fianna Fail, dont la traduction littérale, "les soldats de la destinée", n’a jamais semblé aussi peu appropriée. Si la nomination récente du ministre des affaires étrangères Micheal Martin à sa tête lui a permis de retrouver un peu de crédibilité, la colère de la population demeure à son comble.

"Une bande de gangsters !"

"Normalement, les séances de porte-à-porte des candidats se déroulaient cordialement", assure Maria, une militante du parti de gauche des Travailleurs socialistes. "Maintenant, les gens discutent plus longtemps avec les candidats, leur posent de vraies questions, ou, au contraire, leur claquent la porte au nez".  Mary Hanafin, parlementaire du Fianna Fail, s’est ainsi entendu répondre par une mère de famille : "Fianna Fail ? Je me planterais plutôt des aiguilles dans les yeux plutôt que de voter pour vous. Vous êtes une bande de gangsters!".

Leur réaction est compréhensible mais les Irlandais comparent leur niveau de vie actuel à celui qu’ils avaient au sommet de la bulle" précise John O’Hagan, responsable du département d’économie de l’université Trinity College.

"Ils critiquent le fait que le salaire minimum horaire vient d’être descendu de 8,65 euros à 7,65 euros mais ils oublient qu’il a été créé en 2000 par le Fianna Fail et qu’il était alors équivalent à 6,25 euros. Idem pour les retraites et les aides sociales comme le chômage qui s’élèvent à plus du double des montants offerts au Royaume-Uni, qui n’est certes pas une référence en matière d’Etat providence. Ne nous trompons pas : les inégalités se sont réduites pendant le boom des années 2000, mais il est difficile d’expliquer que nous vivions au dessus de nos moyens et qu’il faut donc revenir un peu en arrière".

 

(Actualisé à 20h20 avec les derniers résultats des élections)




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