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Mensonges et politique: à chaque pays sa sanction

lundi, 28 février, 2011 - 17:46

Quoi de commun entre Michèle Alliot-Marie, le ministre "démissionné" des Affaires étrangères, Karl Thodor zu Guttenberg, le ministre de la Défense allemand, ou Silvio Berlusconi, le président du conseil italien ? En dépit des différences concernant les faits qui leur sont reprochés, tous les trois ont, à leur manière, démontré que mensonge et politique vont souvent de pair.

Il aura fallu plusieurs semaines de révélations en cascade et de remous politiques pour que Nicolas Sarkozy, décide de se séparer de son encombrante ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie plombée par ses offres de service sécuritaires à l'ex-Président Ben Ali, puis par ses vacances "sponsorisées" en Tunisie au moment où le pays était déjà en pleine révolution. S’enfonçant de mensonges en mensonges, l’intéressée n’avait plus comme perspective que de jeter l’éponge.

Michèle Alliot-Marie était déjà ministre de la Défense dans le gouvernement de Raffarin, sous la présidence de Jacques Chirac que les Guignols de l'info avaient renommé avec ironie "Super Menteur" en 2002.

Jacques Chirac dans son déguisement de "Super Menteur" aux Guignols de l'info

Mais la France n’est en Europe pas le seul pays ou des responsables politiques au pouvoir sont pris en flagrant délit de menteries: les accusations de plagia portées à l’encontre du ministre de la Défense allemand, Karl Theodor zu Guttenberg, ont finalement conduit la chancelière Angela Merkel à accepter sa démission. Mais, en Italie, les mensonges à répétition de Silvio Berlusconi n’ont toujours pas fait sombrer le Cavaliere.

Autorité morale défaillante

Si l’opinion publique s’est fortement émue des révélations concernant les vacances de Michèle Alliot-Marie, faisant encore chuter la côte du chef de l’Etat dans les sondages, la situation est plus contrastée outre-Rhin. Les déboires du ministre de la Défense ne semblaient pas, jusqu'à aujourd'hui, affaiblir la notoriété de celui qui était présenté comme un probable successeur de la Chancelière. Quelques jours après la révélation des faits, 87 % des Allemands continuaient à le soutenir. Cela n'a pas suffi.

Même punition, la démission, mais pas même motif. La gravité des faits reprochés aux deux politiques n’est pas comparable: d’un côté une compromission avec un régime autoritaire entachant la politique extérieure de la France au moment où un vent de révolte et un appel à la démocratie souffle dans le monde arabe, de l’autre, une utilisation abusive de copier-coller dans une thèse de doctorat.

Pourtant, les appels à la démission du ministre allemand ont finalement aboutit à son départ. Il est vrai que son autorité morale était bien atteinte dans un pays où l'on ne tergiverse pas avec les principes. Arguments de ses opposants : s’il est capable de mentir pour obtenir un doctorat, sa parole ne doit-elle pas systématique être mise en doute ?

L’Italie à contre courant

Ces affaires sont suivies avec intérêt par une opinion italienne fort admirative des démissions des politiciens européens : "vous vous rendez donc, elle a démissionné pour un mensonge", il a démissionné "pour quelques emplois fictifs", "pour si peu"… Si en Italie le mensonge en politique est fort répandu, on n’avoue jamais son erreur, même devant l’évidence. Parce que désormais, la démission en politique est considérée comme un demi-aveu.

Le journal d’opposition Il fatto quotidien titrait cette semaine "Le cas Ruby, au moins 9 mensonges".  Le président du Conseil nie par exemple avoir jamais payé une prostituée: "Je me sentirais rabaissé en tant qu’homme". Il nie aussi avoir su qu'elle était mineure, alors que l’on découvrait les appartements pour prostituées spéciales au sein même de sa villa d’Arcore.

L'important, c'est de nier

Le mensonge public a également été pratiqué très récemment par son ex-compagnon de route au sein de sa coalition gouvernementale, Gian Franco Fini.  Ce dernier a nié connaitre l’existence même d'un appartement à Monte Carlo dont il aurait facilité l'achat par son beau frère à 20 % de son prix réel.  Durant le lancement de la campagne "Partageons notre pain quotidien", Fini prônait pourtant un regain moral pour le pays : "Les jeunes sont de nouveau disposés à croire, s’engager et se mobiliser lorsqu’on parle dans l’esprit de vérité et lorsque les actes suivent les mots". Quelques semaines plus tard, il ne faisait plus de doute que l’appartement appartenait bien à son beau frère et avait été acheté à travers deux sociétés off shore de Sainte Lucie.  L’actuel président de la Chambre (troisième charge de l’Etat après le Président de la République italienne et le président du Conseil) n’a toujours pas démissionné. “Fatta la legge trovato l’inganno” ("A chaque loi votée l’escamotage est à trouver"). La politique italienne a fait sienne ce proverbe populaire : l’important, c’est de nier, même –et surtout- après la condamnation par la Justice.


La Belgique, championne des démissions de ministres

La Belgique bat deux records du monde, celui du nombre de jours sans gouvernement et du nombre de démissions de ministres quand elle a un.

Lorsqu'elle dispose d'un gouvernement fédéral, ce qui n'est plus le cas depuis 260 jours, la Belgique est un pays où démissionner est chose très courante. Le politologue Regis Dandoy, de l'Université Libre de Bruxelles, a établit qu'entre 1946 et 1999, il y eu en moyenne, deux démissions individuelles de ministre par an. Si les querelles linguistiques favorisent les démissions, elles ne sont pas l'unique raison.

Dernier exemples en date avant auto-sabordage du gouvernement belge: en 2008, c'est tout le gouvernement, accusé d'avoir fait pression sur la justice dans le dossier de la vente de la banque Fortis à BNP Paribas, qui démissionna.

Des défaillances peuvent aussi amener des ministres à se retirer. En 1998, après la tentative d'évasion du pédophile Marc Dutroux, les ministres de l'intérieur et de la Justice quittèrent leurs fonctions, pressés par une opinion publique encore traumatisée par l'affaire.




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