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Libye: l'Europe derrière les Etats-Unis

Lefteris Pitarakis/AP/SIPA

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03.03.2011 | 10:17

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Comment les Européens vont-ils réagir face à un Kadhafi qui ne veut pas partir et qui minimise les victimes de ses répressions sanglantes? Toute la question est de savoir si les 27 vont savoir saisir l'opportunité de définir une politique extérieure commune ou laisser la main aux Américains à travers l'OTAN. Entretien avec un spécialiste de la défense européenne.

Cela fait maintenant 15 jours (depuis le 15 février) que le colonel Kadhafi s'accroche au pouvoir en Libye, continuant la répression meurtrière de la population opposée à son régime. En Europe, les errements vis-à-vis de la Tunisie et de l'Egypte semblent avoir fait comprendre aux 27 qu'une position commune forte est nécessaire.

Ainsi, Bruxelles a annoncé lundi un embargo sur la vente d'armes à la Libye de même que le gel des avoirs et la suspension du visa de Kadhafi et d'une vingtaine de ses proches, accentuant les mesures déjà prises par les Etats-Unis et l'ONU. Hier, la Libye a été suspendue du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unis à Genève, lors de sa réunion annuelle à Genève.

Kadhafi doit partir

Les Européens reconnaissent tous que Kadhafi doit partir et tentent désormais de s'accorder sur des moyens d'action à mettre en place pour d'accentuer la pression sur le leader libyen.

Les événements ont montré que le colonel Kadhafi était partie du problème et non de la solution. […] Le moment est venu qu'il parte", a déclaré à l'AFP le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Alors que la Grande-Bretagne de Cameron propose une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone), Alain Juppé insiste sur la nécessité d'un mandat du Conseil de Sécurité de l'ONU avant toute intervention et rejette "dans le contexte actuel" une intervention militaire de l'OTAN.

De manière générale, deux groupes se sont formés: les pays en première ligne -Italie, Malte, Grèce et France notamment- qui sont également d'anciens colonisateurs de la rive Sud; d'autres pays plus réservés pour qui les conséquences sont moins directes et qui plaident pour des condamnations verbales.

Mercredi, deux navires américains, l'USS Kearsage et l'USS Ponce, sont venus rejoindre dans la Méditerranée les navires de la 6ème flotte américaine déjà stationnés au large de la Libye. Du côté français, Le porte-avion Charles de Gaulle est en attente de mission à Toulon, et pourrait être sur les lieux en 72 heures.

Peut-on intervenir?

Mais au-delà de toute polémique sur la question d'une intervention militaire ou non, l'Union et les pays membres disposent-ils avant tout de moyens d'intervention pour la Libye? Nous avons demandé l'avis de Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur àl’Institut Français de Géopolitique (Paris VIII) et Chercheur associé à l’Institut Thomas More, spécialiste des questions de défense européenne, atlantique et occidentale.

"Les Américains sont en train de prendre la direction des opérations en Libye. Au début du soulèvement on pouvait penser que Washington opterait pour une 'division logique et géographique du travail' avec les Européens. Etant déjà engagés en Afghanistan et en Irak, les Américains  auraient  'sous-traité' aux Européens le soin d'exercer une pression militaire, voir plus, sur Kadhafi. Cette hypothèse n'est plus d'actualité. On raisonne désormais plus dans un cadre transatlantique que dans un cadre strictement européen.

D'une manière générale on se retrouve souvent dans le cadre de l'OTAN car l'UE manque de moyens militaires. Et il ne faut pas oublier la notion de prise de risque aussi: dès que ça commence à devenir un peu trop sensible, les Européens regardent du côté de Washington. L'OTAN s'impose par la force des choses, bien que nous ayons, au niveau européen, les moyens d'intervention nécessaires.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de consensus fort pour agir. Nous sommes prêts à prendre des sanctions d'ordre diplomatique et économique qui vont jouer sur la durée, mais qui n'auront pas d'effet immédiat sur le déroulement des opérations. Par ailleurs, nous sommes confrontés à une crainte des conséquences d'une implication militaire avec, notamment, toutes les interrogations et inquiétudes sur l'afflux de réfugiés que cela engendrerait.

Que faire alors? Dès qu'il s'agit d'agir en force, on se retrouve dans un scénario très classique avec des Européens réduits à eux-mêmes qui n'arrivent pas véritablement à se mettre d'accord, et qui envisagent encore moins de s'engager dans une action sans les Américains : c'est l'OTAN qui s'impose donc comme cadre.

L'idée pour le moment est de faciliter le travail des insurgés libyens contre Kadhafi et d'éviter que celui-ci n'utilise ses moyens aériens contre la population. On n'en est pas à évoquer une intervention à terre. Cela pourrait ressembler à ce qui a été fait au début des années 1990 pendant la Guerre du Golfe avec les zones d'exclusion aériennes en Irak. Cela suppose bien sûr des moyens aériens et qu'on ait les moyens pour neutraliser les avions libyens. Là, les Américains ont déjà déployé des moyens militaires au large de la Libye (6ème flotte, commandement Sud Otan à Naples).

Peut-on s'engager sans les Américains? Va-t-on réussir à dégager un consensus au sein de l'UE sur ce type d'enjeux? Cela me semble hasardeux."





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