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Estonie: le vote Internet peut-il doper la participation ?

vendredi, 4 mars, 2011 - 17:12

Le vote par Internet continue à faire débat en Estonie alors que les électeurs éliront dimanche leurs nouveaux députés. Ils peuvent également voter avec leur téléphone portable.

Ce dimanche, 850 000 électeurs estoniens sont appelés à élire les 101 députés du Riigikogu, le parlement national siégeant à Tallinn, capitale de l’Estonie. Avec une particularité locale: pour la quatrième fois l’électeur estonien peut voter par Internet. Entre 30 et 40 000 votants auront en effet déjà exercé leur droit de citoyen, entre le 26 février et le 2 mars, période légale pour le vote en ligne.

Un vote pour les privilégiés

La question récurrente reste la sécurité. Peut-elle être garantie à 100% ? Les anti-internet y voient aussi une discrimination, la moyenne d’âge des votants par internet étant nettement inférieure à celle de la population et possède un niveau d’éducation nettement supérieur.

Ceci dit, les experts ignorent toujours si le vote internet a un réel impact sur la participation électorale malgré une progression depuis les législatives de 2003.  Le chercheur suisse, Daniel Bochsler ne le pense pas. Sa thèse est simple: les votants par internet seraient des électeurs déjà ultra-motivés ayant tout simplement trouvé une autre façon de s'exprimer.

Contrer le «vote acheté»

La sécurité du vote par internet pose deux énigmes aux Estoniens: comment éviter qu’un électeur-internet ne soit pas influencé par son entourage et, éventuellement corrompu. Car, grâce à son ordinateur, l’électeur-internet peut voter de n’importe quel endroit.

De facto cette nouvelle méthode supprime le côté intime, privé et anonyme, procuré par le traditionnel isoloir. Pour limiter ce genre de "dysfonctionnement" l’électeur-internet a le droit de voter autant de fois qu’il le veut durant la période  légale, le dernier vote étant le seul valide. De surcroît il est toujours possible de voter "classiquement", en déposant un bulletin dans l’isoloir plus tard, sachant que ce vote annulera celui effectué auparavant par internet 

Voter par téléphone

Toutes ces initiatives visent à décourager les "acheteurs de votes", ces derniers n’ayant au final aucune garantie que "l’électeur acheté" n'annulera finalement pas son vote effectué sous influence, sous la contrainte ou contre rétribution.

Chaque électeur dispose d’une carte d’identité spéciale "vote-internet". Dotée de deux mots de passe et d’un système d’enveloppes virtuelles, elle doit garantir la sécurisation du système. Nouveauté de ces élections: les Estoniens  peuvent même voter par téléphone portable équipé d’une carte SIM spéciale.

De six à quatre?

Ce dimanche, ils ont le choix entre six partis. Le Parti de la Réforme ("ER", de tendance libérale, 31 sièges), emmené par l’actuel Premier ministre, Andrus Ansip, devrait l’emporter et augmenter son nombre de sièges.

Son partenaire actuel au gouvernement, le parti Res Publica ("Res", de tendance conservatrice, 19 sièges) devrait se maintenir. Selon les derniers sondages, cette coalition devrait être reconduite* malgré une politique d’austérité promulguée en 2010, dopant un chômage estonien déjà élevé.

Les législatives estoniennes se font selon le principe du scrutin proportionnel de listes. Un minimum de 5% de votes est exigé pour pouvoir siéger au Riigikogu. Deux partis risquent de perdre leur présence au sein de la Chambre: l’Union des Personnes d’Estonie ("ERL", tendance agraire) et les Verts estoniens ("EEE", écologie).

Les deux autres partis, le Parti du Centre estonien ("K", libéralisme social) et le Parti social démocrate ("SDE",équivalent du PS français) continueront vraisemblablement à camper dans l’opposition.

Russophones interdits de vote

Particularité estonienne: 100.000 habitants du pays, pour la plupart russophones, sont interdits de vote. Le système estonien exige, en effet, que l’on maîtrise la langue estonienne pour devenir citoyen à part entière du pays. Cette situation a généré des tensions malgré les efforts de Tallinn pour promouvoir énergiquement l’enseignement de la langue estonienne.

L’Estonie vient d'adopter l’euro en janvier 2011 en dépit d’un soutien populaire très faible à l’abandon de la Couronne estonienne, devise nationale symbole de la  nouvelle indépendance de l’Estonie acquise en 1991 après l'effondrement de l'URSS.

*Résultat des élections : le Parti de la Réforme du premier ministre Andrus Ansip a emporté 33 sièges, soit deux de plus  qu'en 2005. Son principal allié "Res Publica" améliore également son score et gagne 4 sièges. La coalition dispose ainsi de 56 sièges sur 101. (Actualisé le 7 mars 2011).




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