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Ces Européennes vent debout: Sofi Oksanen, pour les femmes

mardi, 8 mars, 2011 - 15:10

Elles sont femmes politiques, artistes, businesswomen, sportives ou des consciences morales dans des sociétés en quête de boussoles. Plutôt que de consacrer une journée aux femmes, MyEurop a choisi de leur dédier une semaine entière, en mettant, chaque jour, en avant une représentante du Deuxième Sexe qui fait bouger les lignes en Europe.
Deuxième portrait : Sofi Oksanen

Née à Jyväskylä, en Finlande centrale, voilà 34 ans, de mère estonienne et de père finlandais, Sofi Oksanen a déjà considérablement remué l’univers des Lettres européen. Son troisième roman "Purge" lui a fait décrocher une pléiade de prix littéraires: en Finlande les prix Finlandia, Waltari et Runeberg ; en France le Fémina étranger et le Prix du roman Fnac. Et, les prix européens: Grand Prix de littérature du Conseil Nordique et Prix du Livre européen 2010.

"Purge" décrit les violences physiques et morales dont les Estoniennes ont été victimes durant le demi-siècle d’occupation soviétique (1940-1991), des violences exercées par les soi-disant "forces de l’ordre". Ces exactions ont perduré alors que l’Estonie avait retrouvé son indépendance (en août 1991), des femmes étant contraintes à la prostitution.

Femmes et Occupations

L’une d’elles, l'héroïne du roman, a réussi à échapper à son vindicatif souteneur, ne trouvant refuge qu’auprès d’une autre femme, elle-même victime de l’époque soviétique. Ce face-à-face leur permet de se raconter et d’agir en conséquence. Personne n’avait jusqu’ici osé aborder ce thème des souffrances réservées aux femmes quand un pays est sous occupation ennemie. Aucune femme-écrivain française ne l’a encore fait pour la période de l’Occupation nazie en France (1940-1944). Un roman à écrire?

Admiratrice de Marguerite Duras, Sofi Oksanen avoue avoir été ensorcelée par les romans "indochinois" de Maguerite Duras – comme "L’Amant" -, qui écrivait en tant que "femme blanche" dans un pays colonisé par les Français. L'écrivain finalandaise y voit une autre forme de colonialisme, une autre forme de mise à l’écart.

En osmose avec la langue finnoise

Malgré toute cette reconnaissance internationale, Sofi Oksanen continuera probablement à résider en Finlande, à Helsinki où elle habite et où elle vient de se marier:

Je me sens "en osmose" avec la langue finnoise. Et puis il y a toujours eu des femmes-écrivains dans ce pays: Minna Canth, Maria Joutuni, Hella Wuolijoki (dramaturge d’origine estonienne), Aino Kallas (née Krohn), qui était mariée à un Estonien, Oskar Kallas. Sinon, j’aime les poésies de Sylvia Plath et Anaïs Niin,

nous disait-elle, il y a deux ans.

Certaines sont plus égales

Sofi Oksanen admire Duras, mais éprouve une certaine méfiance vis-à-vis de Simone de Beauvoir:

Comment elle et Sartre, officiellement tous deux sincèrement concernés par la problématique du respect des Droits de l’Homme, ont-ils pu ignorer si parfaitement la situation en URSS, en Estonie et dans les autres pays du Bloc socialiste? La gauche finlandaise a d’ailleurs agi de même pendant les années 1970: ils s’intéressaient tous au Chili de Pinochet et il fallait soutenir le peuple chilien. Bon. Mais comment pouvaient-ils fermer les yeux sur les "petits" problèmes existant en Estonie, à quelques dizaines de kilomètres de la Finlande, juste de l’autre côté de la Baltique? Personne ne disait rien!

Pour Sofi Oksanen, Beauvoir devait penser que certaines femmes étaient plus "égales" que d’autres. Elle ne désespère pas de saisir un jour la raison de cette attitude. "Je comprendrais la position de Beauvoir et des Gauches européennes si on avait manqué d’informations, mais à partir de "L’Archipel du Goulag" de Soljenitsyne  [publié en 1973, le livre décrit le système carcéral mis en place en URSS] il y en avait! Il suffisait de lire, de s’intéresser, d’aller plus loin", confie la romancière.

Et peut-être qu’actuellement il y a dans le monde des êtres humains auxquels on ne prête aucune attention. Et, un beau jour, les générations futures nous questionneront à leur tour: "Comment est-il possible que vous n’ayez rien dit sur ce qui arrivait là-bas?"




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