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Irène Frachon, la « gentille provinciale » contre le Médiator

mercredi, 9 mars, 2011 - 14:55

Chez Irène Frachon, l’engagement n’est pas un vain mot. Le combat sans relâche de cette pneumologue au CHU de Brest a réussi à faire sortir de l’ombre le scandale du Mediator, le médicament commercialisé par le laboratoire Servier.
3ème portrait de la série que Myeurop consacre, toute la semaine, aux femmes qui ont marqué l'année.

"Sans l’obstination du docteur Frachon, il est probable que le médiator serait encore en vente." Cet hommage adressé par le député socialiste Gérard Bapt à  la pneumologue du CHU de Brest en dit long sur le rôle joué par cette mère de famille, protestante de 47 ans, dans la médiatisation des dangers du médicament commercialisé par le laboratoire Servier.

Depuis quelques mois, Irène Frachon court d’interviews en interviews, de plateau télé en studios de radio pour raconter le combat qu’elle a engagé il y a plusieurs années.

Dès le début des années 90, une première alerte: interne en pneumologie à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart (près de Paris), elle se souvient d’avoir vu mourir des femmes qui avaient pris, pour maigrir, de l’Isoméride – un autre médicament du laboratoire Servier. A l’époque pourtant le médicament n’est pas retiré de la vente et il faudra attendre 1997 pour qu’il soit interdit.

Enquête minutieuse

En 2007, la pneumologue – qui a entre temps déménagé à Brest -, assiste à l’examen d’une patiente qui prend du mediator depuis plusieurs années. Et décide de se lancer dans une enquête minutieuse.

Pendant plus d’un an, rien n’échappe à son regard inquisiteur: données informatiques, analyse des dossiers de patients touchés par la valvulopathie et qui consommaient du Mediator. Une nouvelle étape est franchie en 2009 quand elle présente à l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) une quinzaine de cas de patients dont les graves problèmes cardiaques sont liés au Mediator.

Une "nana un peu énervée"

Saisie parallèlement par d’autres victimes, l’autorité de régulation finit en novembre de la même année par demander l’interdiction du médicament. "Il était temps, raconte Irène Frachon interviewée par le quotidien La Croix. Certains m’ont pris pour une "nana" un peu énervée, agitée. Une gentille provinciale qui s’imaginait avoir découvert le fil à couper le beurre."

De son combat, la pneumologue tire un livre* sorti en juin dernier. Les laboratoires Servier contre-attaquent et obtiennent le retrait du sous-titre "Combien de morts ?" imprimé sur la couverture de l’ouvrage. En janvier dernier, la cour d'appel de Rennes annule la censure du titre et condamne Servier à payer 3 000 euros à l'éditeur.

Fin de partie pour Irène Frachon qui dit aspirer à prendre des vacances et à s’occuper pleinement de sa famille quelque peu délaissée au cours de ces dernières années ? Pas si sûr. La pneumologue a déjà commencé à s’atteler à sa nouvelle "mission": renforcer l'indépendance des médecins vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques. Une mission qui, sans conteste, sera tout aussi délicate que la précédente. Mais cette femme de caractère est bien déterminée encore une fois à renverser des montagnes.

*Mediator, 150 mg, éd. Dialogues


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