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Les politiques grecs au dessus des lois

lundi, 14 mars, 2011 - 10:45

Les hommes politiques grecs ne font pas partie du commun des mortels. Aucun n’est jamais allé en prison, n’a été jugé, ni même inculpé depuis les 36 années du retour de la démocratie, avec la chute de la dictature en 1974, alors que les scandales n’ont cessé de fleurir dans le monde politico-médiatico-financier du pays.

Deux impossibilités constitutionnelles s’opposent à la mise derrière les barreaux des hommes politiques en Grèce :

  • Tout homme politique (ministre, parlementaire,…), accusé d’un délit doit passer d’abord par une commission administrative d’enquête (exekastiki /examinatrice) nommée par le Parlement et formée uniquement de ses pairs. Après, il peut être jugé par un tribunal spécial, toujours formé uniquement de ses pairs, et ce quelque soit le délit (même pour une affaire privée). Cette mesure, prise à l’origine pour éviter les  collusions politiques, s’est transformée dans la réalité en absolution assurée.
  • Il y a un temps de prescription très court de 2 ans au-delà duquel tout dossier devient obsolète.

Et de fait, tout le fonctionnement du système judiciaire concourt à cette immunité.

Justice à deux vitesses

Si dans l'absolu, le procureur est libre d'inculper quiconque, dans la réalité, le nombre incalculable de pressions et les méandres administratifs empêchent toute initiative dans ce sens. Frangiskos Kostsonis, avocat au barreau d’Athènes témoigne :

Le système judiciaire qui fonctionne sur la base du compromis, des relations personnelles, de la collusion d’intérêt, des pots de vin et des marchandages économiques et politiques, ne permet pas d’exercer la justice. On met en cause les juges, mais ils sont pieds et poings liés, surchargés de travail et en proie à de nombreuses pressions. C’est à un autre niveau que cela se passe. Où est l’indépendance du système, quand les présidents des plus hautes juridictions (Conseil d’Etat, cour de Cassation, …) sont nommés par le gouvernement? La loi qui n’est pas la même pour tous n’est pas la justice. Et quand la justice cesse d’incarner une valeur de la société, cela devient très dangereux".

Corruption

Le scandale de l’automne 2009 témoigne de cet état de corruption. Le bradage au privé des biens olympiques par l’intermédiaire du monastère du Vatopaidi, avec l’implication de ministres du gouvernement conservateur de Kostas Karamanlis avait fait tellement de bruit qu’il était alors impossible de ne pas recourir à la justice.

Mais le dernier vendredi de juin 2009, en fin de journée, le Premier Ministre déclare ex-abrupto que le Parlement a terminé sa session, bien que celle-ci est censée durer jusqu’en juillet. Et à la rentrée parlementaire, le délai de prescription entrait en vigueur. Ce coup de force est tellement mal passé dans l’opinion qu’il a engendré les élections anticipées d'octobre remportées par les socialistes.

"Justice populaire"

Cette immunité des hommes politiques est une des raisons du profond malaise politique. Les citoyens grecs ne supporte plus du tout cette injustice qui fait que ceux qui font les lois ne se les appliquent pas à eux-mêmes. Ce manque de transparence jette un discrédit total sur toute la classe politique, de droite comme de gauche. Au quotidien, toute la classe poltique est conspuée par la population qui a perdu toute confiance dans ses dirigeants.

Et aujourd’hui, aucun homme politique n’ose plus sortir dans la rue. Les images en sang après avoir été agressé par la foule en colère du député de la Nouvelle démocratie, Kostis Hatzidakis, ancien ministre des transports, ont fait le tour du monde.  Les quelques hommes politiques qui osent encore s’aventurer dans un lieu public se font houspiller, dans une sorte de justice populaire sauvage.

Kostis Hatzidakis, "attaqué" par la foule

"Voleurs, arnaqueurs, escrocs, voyous"

L’été dernier, l’ancien Président du Parlement, déjeunant dans un restaurant huppé de l’île de Paros, s’est fait jeter dehors par les autres clients, qui lui ont présenter leurs additions, en lui disant "C’est à toi de payer, avec tout l’argent que tu nous as volé". 

Durant les dernières vacances de Noël, l’ancien premier ministre conservateur lui-même, Kostas Karamanlis, s’est fait alpaguer à l’aéroport de Munich durant la correspondance entre deux avions, par les autres passagers grecs. C’est la police allemande qui a du le mettre en sécurité avec sa famille.

Des manifestations importantes ont régulièrement lieu devant les domiciles d’anciens ministres, comme Akis Tzochatzopoulos, ex-ministre de la défense ou même l’ancien Premier Ministre socialiste, Kostas Simitis, pour réclamer le remboursement des sommes "volées". Dernièrement, Michalis Chryssochoidis, ministre grec chargé de la Protection du citoyen (autrement dit de l’Intérieur), s’est fait recouvrir de yaourt. Et  la semaine dernière, le vice-premier ministre, Théodore Pangalos, s’est fait huer à la Cité universitaire de Paris, lors d’un débat organisé en honneur du cinéaste Costa Gavras, aux cris de "C’est vous qui avez tout mangé, c’est à vous de payer".

Théodore Pangalos à la Cité Universitaire de Paris le 27 février 2011

Une banderole, qui a longtemps squatté les murs décrépits de l’ancien tribunal d’Athènes en  travaux, prédisait:

La loi qui n’est pas la même pour tous n’est pas la justice. Antigone, réveille-toi".




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