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Catastrophe nucléaire: l’aide d’urgence s’arrête aux frontières

mercredi, 16 mars, 2011 - 16:55

Les nuages radioactifs ne s'arrêtent pas aux frontières, contrairement aux dispositifs d'urgence en cas d'accident nucléaire. L'absence de plan au niveau européen pour coordonner les mesures à prendre est consternante. Reste à espérer que la catastrophe de Fukushima va pousser les gouvernements et Bruxelles à mettre fin à ce "chacun pour soi, les radiations pour tous".

On pouvait logiquement penser qu'au moins un organisme européen coordonnait la prévention des risques atomiques au niveau du continent, partant de l'évidence qu'une catastrophe nucléaire dans un pays toucherait quasi-inévitablement ses voisins continentaux, sinon plus.

Le nuage Tchernobyl de sinistre mémoire est là pour nous le rappeler. Et si, aujourd'hui, la Corée, la Chine ou l'Est de la Russie ne semblent pas, jusqu'à présent, touchées par les poussières radioactives de la centrale de Fukushima, c'est uniquement grâce à un vent salvateur qui souffle toujours vers le Pacifique.

Coordination

Avec une bonne dose, non pas de becquerels, mais d'optimisme, il nous semblait acquis, qu'au minimum, une procédure d'alerte immédiate au niveau européen avait été prévue, permettant ainsi la mise en place dans les plus brefs délais de systèmes de mobilisation, de coopération et de protection de toutes les populations menacées à la suite d'un accident majeur dans une centrale.

Si l'Union européenne avance en crabe depuis des années, incapable de faire un choix clair entre souverainetés nationales et politique commune, la perspective de retombées de particules radioactives venant d'un pays voisin devait, pensions-nous, avoir balayé tous les égos nationaux et autres souverainismes de circonstance, au nom de l'impérieuse nécessité de faire front commun face à l'éventualité d'un tel péril mortel majeur.

Absence des pouvoirs publics

Nous avions tout faux. Tchernobyl n'a pas servi de leçon et le drame nippon risque de ne pas changer fondamentalement la donne.  Chaque pays a son autorité nationale de sureté nucléaire qui contrôle la fiabilité des réacteurs et a élabore l'équivalent du plan français "Orsec-rad" [Organisation des secours et recensement des moyens publics et privés susceptibles d'être mis en œuvre en cas de catastrophe nucléaire]. Ils définissent les mesures d'urgence en cas d'accident. Mais au-delà des frontières nationales, point de salut à espérer de son voisin.

Seule alternative au stato-centrisme, les organisations mises en place par les populations elles-mêmes, qui soulignent clairement l’absence criante des pouvoirs publics. C’est le cas de l'Association trinationale de protection nucléaire (TRAS/ATPN), qui regroupe des citoyens allemands, suisses et français alliés pour faire face aux risques potentiels de la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim. Le 9 mars dernier, le tribunal administratif de Strasbourg leur donnait raison sur l’illégalité des rejets chimiques de la centrale dans le Rhin, sans pour autant justifier la fermeture demandée par les riverains.

En décembre 2008 déjà, l'ATPN portait plainte contre la centrale de Fessenheim pour manque de sécurité en cas de tremblement de terre ou d'inondation et suite au vieillissement de l'installation, mettant en danger les populations et la nature. Elle envisage maintenant de saisir la Commission européenne et de porter plainte contre la France.

Chacun pour soi

Autre exemple: si la centrale française de Chooz, à la frontière belge, ou celle de Cattenom, à une encablure du Luxembourg rejettent, un jour de vent du Sud, des particules radioactives, Belges, Luxembourgeois, et probablement, Allemands et Néerlandais, n'auront que leurs yeux pour pleurer. Evidemment, les autorités compétentes françaises tenteront de les aider à faire face au péril, mais dans l'impréparation la plus totale.

Le commissaire européen à l'Energie, Günther Oettinger vient, certes, de promettre que des tests de sécurité seront réalisés au plus vite pour toutes les centrales nucléaires européennes afin de connaitre le fonctionnement et la fiabilité des systèmes de refroidissement des réacteurs et leur résistance aux tremblements de terre. Par ailleurs, "les standards se sécurité" doivent être harmonisés d'ici juillet.

Reste maintenant aux gouvernements européens à prendre enfin conscience qu'en matière de risque nucléaire, prévenir est évidemment une obligation absolue, mais que si, malgré toutes les précautions prises, le drame absolu arrive, le chacun pour soi national est plus que jamais intolérable pour les Européens, qu'ils soient Français, Allemands, Polonais, Italiens, Roumains ou Anglais…




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