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Les conservateurs européens face à l’extrême-droite

mercredi, 23 mars, 2011 - 09:28

La cacophonie persistante au sein de l'UMP sur la consigne de vote à donner en cas de duel entre la gauche et le Front National, fait écho au débat qui a déjà eu lieu ailleurs en Europe. Certains pays ont tranché : toute alliance des partis de gouvernement avec l'extrême droite est exclue. D'autres n'ont pas hésité à franchir la ligne rouge.

Après un recul historique de l'UMP au premier tour des élections cantonales, c'est la cacophonie généralisée au sein de la majorité présidentielle sur la stratégie à adopter au second tour dans les quelques 200 cantons où la gauche se retrouve seule face au Front National. Les divergences ont éclaté au plus haut niveau entre le chef de l'Etat et le Premier ministre donnant ainsi  une piètre image de l'UMP à ses électeurs entre les deux tours.

On tire dans tous les sens et on ne compte plus les balles perdues dans les rangs du parti du chef de l'Etat. Le "ni ni": "Ni FN, ni front républicain", mot d'ordre fixé par Nicolas Sarkozy avant le scrutin n'a pas été toujours entendu. Loin de là. 

Electeurs UMP, à vous de décoder

Dès les premiers mauvais résultats du 1er tour connus, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, s'est – une fois n'est pas coutume – empressé de s'aligner sur les directives présidentielles en s'opposant à tout "front républicain" avec le PS pour faire barrage au FN, les électeurs de l'UMP étant "libres de leur choix". Mais cela revenait à agiter le chiffon rouge devant ses alliés centristes.

Jean-Louis Borloo ou Jean Arthuis sont immédiatement montés au créneau en affirmant que "pas une voix" ne doit aller au Front national, même s'il faut, pour cela, voter socialiste au second tour. Les ministres Valérie Pécresse et Nathalie Kosciusko-Morizet les ont suivis. Quant à Xavier Bertrand et François Baroin, ils préfèrent le vote blanc et l'abstention.

Dans ce mauvais théâtre de boulevard où les portes claquent avec leur lot de fausses sorties et de quiproquos, le Premier ministre François Fillon a finalement, à la fin du 1er acte , appelé les électeurs UMP à "voter contre le Front national".

Début 2ème acte, mardi midi à l'Assemblée nationale lors d'une réunion à huis clos du groupe UMP. Selon des participants François Fillon se serait laborieusement justifié en affirmant qu'il n'y avait "aucune différence" entre Nicolas Sarkozy et lui pour le second tour des cantonales en affirmant que pour le Président de la République, "le choix, c'est s'abstenir ou voter PS" en cas de duel PS/FN. Electeurs UMP, à vous de décoder!

En Allemagne et en Belgique, une alliance électorale et même gouvernementale entre la droite et l'extrême-droite est, soit tout simplement impensable. Un tel rapprochement existe par contre, depuis des années déjà, en Grèce (au niveau local), en Italie et en Autriche.

Autriche: 1er coalition "noire-bleue"

Le premier pays à avoir coupé le cordon sanitaire est l'Autriche en 2000 avec l'alliance, au sein d'un gouvernement de grande coalition, entre les conservateurs du ÖVP et le FPÖ national-populiste de Jörg Haider. Ce n'était, à vrai dire, pas la première fois que le FPÖ participait à un gouvernement. Cela avait été le cas en 1983 et en 1986 mais, à l'époque, le FPÖ n'était qu'un simple parti libéral bien loin de sentir le souffre de l'extrémisme qu'allait lui donner Haider à partir de 1993.

"Pas de coalition avec les racistes!"

En 2000, cette coalition "noire-bleue" allait plonger l'Union européenne dans le désarroi. Au point que ses quatorze autres pays membres décidèrent de placer l'Autriche sous surveillance démocratique. Mais, durant ces années de gouvernement, le FPÖ allait progressivement se modérer au point de pousser en 2005 Jörg Haider et ses amis à la scission pour fonder une nouvelle formation radicale (le BZÖ). Une manœuvre qui eut simplement pour effet de radicaliser de nouveau le FPÖ qui fut définitivement écarté du gouvernement en janvier 2007 par la formation d'une grande coalition sociaux-démocrates/conservateurs.

Italie : trois ministères pour la Ligue du Nord

Dès 1994 et la formation du Polo delle Libertà, certains dirigeants de la Ligue du Nord, comme Roberto Maroni, prenaient leurs distances par rapport à l'union éléctorale de leur parti (dirigé par Umberto Bossi) et de Forza Italia, le parti de Berlusconi. Les rapports houleux entre ces deux formations ne concernent toutefois que rarement des divergeances idéologiques, mais plutôt sur des questions électorales.

         Bossi et Berlusconi

Après diverses crises, la Ligue du Nord – qui avait perdu beaucoup de voix aux élections européennes de 1999 – a décidé de reprendre l’alliance avec Berlusconi en vue des élections de 2001. Depuis la victoire électorale de 2008 de la coalition de droite du Popolo della Libertà, la Ligue du Nord est au gouvernement et y occupe même trois ministères, dont celui de l’Intérieur, dirigé par Roberto Maroni.

Grèce: des alliances locales

L'extrême-droite grecque relève la tête depuis une dizaine d'années, alors qu'on avait pensé la "dictature des colonels" (1967-1974) avait vacciné à tout jamais le peuple grec. La crise, l'insécurité, la transformation de la Grèce de pays d'émigration en pays d'immigration constituent son terreau. Deux composantes se détachent :

  • Un parti LAOS (Acronyme de Alerte Populaire Orthodoxe), avec des élus au Parlement. Aux élections d'octobre 2009, il avait recueilli 5,6 % des voix et obtenu 13 députés. Il est arrivé en quatrième position aux élections locales et régionales de novembre 2010 avec 4% et 10 conseillers élus. Deux de ses membres sont également députés européens.
  • La Chrysi Avgi (Aube dorée), petit parti nationaliste, membre du Front national Européen. Elle est dirigée par Nikolaos Michaloliakos. Elle édite un journal et une revue qui portent le même nom. Son discours s'articule notamment autour de thèmes irrédentistes, xénophobes, souverainistes, racistes, natalistes, avec entre autres slogans, celui de la dictature de Colonels,  "La Grèce aux Grecs". Il vient d'avoir pour la 1ère fois des conseillers municipaux à Athènes.          

Le parti conservateur "Nouvelle Démocratie" a conclu des accords électoraux au niveau local avec le LAOS, mais aussi avec certains des notables locaux les plus à droite au sein du PASOK, le parti socialiste. Le LAOS a été le seul parti à soutenir le plan de rigueur du gouvernement socialiste.

Suède: l'extrême-droite au cas par cas

Depuis l'entrée au Parlement suédois de l'extrême-droite ("Les démocrates de Suède", SD, 5,7%) en septembre 2010, le gouvernement de centre-droit dirigé par le conservateur Fredrik Reinfeldt a assuré qu'il n'y aurait aucun dialogue ni aucune négociation avec l'extrême-droite. Jimmie Åkesson, président de SD, avait pourtant lancé au soir des élections législatives du 19 septembre : "Je suis prêt à discuter avec tous les partis". Mais, à sa grande déception, aucun parti n’a voulu discuter avec lui.

Au bout de six mois, le gouvernement, quoique minoritaire, a réussi à s'en tenir à celle ligne de conduite. Depuis, il n'a pas toujours la majorité Parlement et lorsque l'extrême-droite et l'opposition traditionnelle (Sociaux-démocrates, Verts, Parti de gauche) votent ensemble, il se retrouve sans majorité et dans l'incapacité de mener sa politique. Cependant, sur deux sujets importants, la présence des troupes suédoises en Afghanistan et le système de notes à l’école, le gouvernement a trouvé un arrangement avec l’opposition sociale-démocrate et verte.    

Photo: Jimmie Åkesson, leader du SD 

Mais il a subit pour la première fois l’influence de l’extrême-droite en décembre lorsque les SD ont décidé de voter en faveur d’une proposition de l’opposition pour réduire le train de vie du gouvernement. Plus récemment, le gouvernement a trouvé un accord avec les Verts en faveur d'une politique d'immigration plus ouverte.

Allemagne: tout simplement impossible

En Allemagne, les partis de droite, CDU et FDP, sont radicalement opposés à tout lien avec les partis d'extrême-droite: Republikaner, NPD et DVU. Ils sont cependant aidés par la faiblesse électorale de ces formations qui au niveau fédéral ne dépasse guère 1,5 % des voix. La pratique répandue de la "grande coalition" (conservateurs et sociaux-démocrates) ainsi que l'aspect infréquentable de l'extrême-droite pour des raisons historiques interdisent même d'envisager un rapprochement.

Cela n'empêche pas la droite allemande de flatter les instincts populistes. C'est notamment le cas de la CSU bavaroise, qui a toujours un discours très dur sur l'immigration ou la sécurité. Il existe aussi une aile conservatrice de la CDU qui critique le "virage à gauche" d'Angela Merkel. Lors de l'affaire Sarrazin – du nom de cet ex-élu SPD et membre du directoire de la Bundesbank – qui avait fustigé les immigrés, la création d'un parti à la droite de la CDU avait été évoqué et les sondages l'avait crédité de 20 % des voix.

Ce type de parti existe ou a existé localement. En 2001, le parti Schill, populiste issu de la droite de la CDU, avait obtenu 23 % des voix aux élections locales de Hambourg. La CDU et le FDP avait conclu une alliance avec cette formation. Mais l'alliance avait éclaté en 2003 et la CDU s'était ensuite alliée avec les Verts locaux.

Belgique: Pas d'alliance, même en Flandre

En Belgique, il faut distinguer, comme toujours, la Wallonie et la Flandre.

En Wallonie, terre socialiste, le Front National belge ne dépasse que rarement les 1% de votants. Le parti est ignoré par la classe politique.

En Flandre, l'extrême-droite est beaucoup plus puissante. Le parti le plus connu est le Vlaams Belang, xénophobe et indépendantiste. En 2004, il obtenait 24% des voix, devenant le 2ème parti de Flandre. Depuis cette apogée, ses scores n'ont fait que diminuer, pour atteindre 12% lors des élections de 2010. La raison principale est la montée de l'Alliance Néo-Flamande (NVA) de Bart de Wever qui a siphonné les voix des mécontents séduits par un discours nationaliste – l'aspect xénophobe en moins – et indépendantiste, politiquement correct.

Pour éviter au Vlaams Belang d'accéder au pouvoir, les politiciens flamands ont mis en place dans certaines villes comme Anvers, le "cordon sanitaire", une alliance de tous les autres partis pour former des coalitions viables. Toutefois, ce cordon a été rompu à de nombreuses reprises lors de votes ponctuels.




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