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Socrates démissionne: le Portugal et l’euro dans la tourmente

jeudi, 24 mars, 2011 - 09:00

Déjà malmené sur le plan économique et social, le Portugal affronte désormais une crise politique. Le Premier Ministre a démissionné mercredi soir, comme il l’avait promis si l’opposition rejetait son plan d’austérité. José Socrates, en poste jusqu'à vendredi, participe aujourd'hui au sommet de Bruxelles, mais il ne peut plus rien pour son pays. Qui va probablement se résigner à demander une aide financière à ses partenaires européens.

Socrates a tenu parole. Il avait annoncé qu’il démissionnerait s’il n’obtenait pas le soutien de l’opposition à son programme d’austérité. Il l’a fait mercredi soir, deux heures après la fin d’un débat houleux au Palais de São Bento, le Parlement portugais, qui s’est conclu par le rejet du projet du gouvernement.

Vote fatidique

Socrates, qui s’est exprimé à l'issue du scrutin au Parlement, a averti que des temps difficiles attendaient les Portugais.

Cette crise politique aura des conséquences gravissimes sur la confiance dont le Portugal a besoin auprès des institutions et des marchés financiers,

a mis en garde le futur ex-Premier ministre.

 

Aide extérieure inéluctable

Le nouveau programme d'austérité, le 4ème en un an, devait justement permettre au Portugal de réduire ses déficits. Et d'éviter de solliciter une aide extérieure, en particulier au Fonds Monétaire International (FMI) – ce qui serait "désastreux pour l’image du pays" a précisé Socrates. Désastreux, et contraignant.

Une telle intervention semble désormais inéluctable. Le Portugal doit rembourser 4,3 milliards d'euros d'obligations le 15 avril, puis 4,9 milliards en juin. Et, ce jeudi matin, la situation financière du pays s'est encore aggravée: les taux d'intérêt sur ses bons du Trésor à 10 ans ont atteint un record depuis l'instauration de l'euro, à 7,63%. Un niveau qui n'est pas jugé viable par les analystes. Se financer sur les marchés risque de devenir intenable.

Stabiliser la zone euro

La crise politique portugaise menace donc de déstabiliser à nouveau la zone euro. A moins que le Portugal ne décide de faire appel à l'UE comme, avant lui, la Grèce et l'Irlande. Le montant d'une éventuelle aide au Portugal avait été estimé à environ 50 milliards à l'automne. Depuis, un haut responsable européen a évoqué un montant pouvant atteindre jusqu'à 100 milliards d'euros.

José Socrates, maintenu dans ses fonctions jusqu'à vendredi, assiste aujourd'hui et demain au sommet européen où les chefs d'Etat doivent précisément s'accorder sur les mécanismes de soutien financier aux pays endettés. Le Premier ministre portugais – qui assure avoir tout tenté pour éviter le recours à l’aide extérieure – se présentera sans aucune marge de manoeuvre.

Négociations en catimini

Pour José Socrates, aucun doute, la faute en revient à l’opposition. Et en particulier au PSD, le Parti Social Démocrate. Ce dernier, bien que principale force d'opposition, s'était jusque-là abstenu de faire tomber le gouvernement socialiste minoritaire.

Mais le PSD a pris la mouche lorsqu’il s’est aperçu que le Premier Ministre le tenait à l’écart de ses intentions. José Socrates, accompagné seulement de son ministre des Finances, est, notamment, allé négocier à Bruxelles un certain nombre de mesures complémentaires au programme de stabilité et croissance exigé par l’Union Européenne.

Solo

Or, Socrates s’est dispensé d’en informer qui que ce soit au Portugal: aucune consultation préalable, pas d’échange avec les partenaires et encore moins de visite de courtoisie au chef de l’Etat, Anibal Cavaco Silva, qui reste une figure de proue du PSD. Rendu furieux d’être pris pour une quantité négligeable, le PSD annonçait alors qu’il ne soutiendrait pas le programme d’austérité, Socrates mettait son mandat dans la balance.

Si le programme ne passe pas, les conditions ne seront plus remplies pour gouverner,

a déclaré à la surprise générale et à la télévision un José Socrates plus combatif que jamais.

Coup de bluff?

Je ne crois pas une seule seconde à un coup de tête. Pas de la part d’un homme qui a une conscience aigue de ce qu’est la politique, et qui sait que son parti est minoritaire. Le risque est trop grand,

expliquait, perplexe, le politologue André Freire.

Le risque était grand, Socrates l’a couru, et il a perdu.

Les analystes se perdent en conjonctures sur le mobile de Socrates. A-t-il voulu remettre les choses à plat, provoquer rapidement des élections anticipées alors qu’il sait que le Parti Social Démocrate n’est pas encore tout à fait prêt à gouverner ? Pensait-il que les dés étaient jetés, et que le Portugal ne pouvait plus échapper à une intervention extérieure ?

Dans ce cas là, la carte à jouer était de désigner le PSD comme responsable de la crise politique. Ce que Socrates s’est empressé de faire, au cours de son allocution adressée au peuple portugais. "La crise politique ne pourra se résoudre que dans les urnes, et comptez-sur moi pour être au rendez-vous", a-t-il déclaré en substance.

Jeu politique

Aussi curieux que cela puisse paraitre, José Socrates conserve une forte probabilité de gagner les élections. Il a gagné les précédentes en 2009, alors que son parti venait d’être laminé aux européennes. Le fait qu’il soit donné perdant actuellement dans les sondages ne signifie pas grand-chose. Le scénario s’est déjà produit, et il a quand même gagné l’élection,

commente João Bilhim directeur de l’institut des sciences politiques de Lisbonne.

A Bruxelles, où il assiste au Sommet européen, José Socrates ne peut plus rien faire pour son pays, du moins momentanément. Mais le candidat à sa propre succession qu’il sera bientôt, n’a, à coup sûr, pas abattu toutes ses cartes. Et il a clairement laissé entendre qu’il faudrait encore compter avec lui pour la prochaine partie.

Article actualisé le jeudi 24 mars 2011, à 11h58




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