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Manifestation record à Londres contre l’austérité

samedi, 26 mars, 2011 - 19:46

Qui a dit que les Britanniques ne manifestaient pas ou plus? Entre 300.000 et 400.000 personnes ont défilé dans les rues pour exprimer leur désapprobation des coupes budgétaires opérées par le gouvernement conservateur. Le tout dans une ambiance très conviviale.

Depuis cet automne, l’ensemble des syndicats britanniques préparaient une grande manifestation unitaire contre les coupes budgétaires. Malgré les prévisions pessimistes samedi matin du ministre de l’éducation Michael Gove, qui avait annoncé que "la marche familiale pourrait se transformer en quelque chose de plus sombre", l’événement s’est parfaitement déroulé et entre 300.000 et 400.000 personnes ont défilé dans le calme dans les rues de la capitale. La dernière manifestation aussi importante remonte à celle contre la  guerre en Irak à l'époque de Tony Blair.

Ambiance "Fête de l'Huma"

Les dérapages provoqués par des groupes anarchistes, présentés par la police comme n’appartenant pas à la marche principale, fera, peut-être, la une des médias britanniques, après avoir fait celui du JT en France, mais ils ne représentaient pas le mouvement lui-même.

En effet, dans les rues de Londres samedi, c’était plutôt ambiance "Fête de l’Huma". Récit d'une journée de manif "à la française" dans la capitale britannique.

Dés midi, sur les bords de la Tamise, chacun prépare son défilé : des bouteilles d’eau, des sandwichs et des pancartes. Sam est venue de Manchester dans l’un des 800 bus affrétés dans tout le pays pour l’occasion. "Je me suis déplacée avec mes collègues de l’école mais aussi avec ma famille, mon mari et mes deux enfants", sourit-elle.

Les écoles vont voir leur budget fortement réduit, ce qui me paraît inadmissible : comment bien préparer l’avenir des gens si on limite leur capacité d’apprentissage ? Au-delà de ces considérations individuelles, c’est le pays tout entier qui en pâtira. C'est de la politique à court terme… "

Comme cette professeur, nombreux sont ceux à s’être déplacés en famille, de 7 à 77 ans, et entre collègues de bureaux. Le défilé jusqu’à Hyde Park paraît d’ailleurs interminable. Les organisateurs, qui assurent que leur prévision de 250.000 participants est largement dépassée. Autre petite surprise dans ce pays où l’engagement politique semblait avoir été tué par les années Thatcher et Blair, si les plus de 50 ans sont largement représentés, les moins de trente ans se sont également déplacés en masse.

"Société civilisée" et non "Grande société"

"Ce qui est important pour moi, ce n’est pas une 'Grande Société' comme le veut le Premier Ministre David Cameron mais une société civilisée, qui fait attention et s’occupe des pauvres, des défavorisés, des sans-abris" explique Tony, un étudiant de 23 ans.

Je veux être fier de ma société, de mon pays, et avec la direction prise par le gouvernement, c’est loin d’être le cas".

Il brandit à bout de bras un panneau attaquant le leader conservateur et son chancelier de l’échiquier, George Osborne, perçu comme le véritable artisan des réformes. Pendant ce temps, ses trois amis s’assoient au milieu de la foule sur la pelouse de Hyde Park, avec une bruit de fond les discours des syndicalistes et politiciens de l’opposition, crachés par de lointains haut-parleurs.

Au beau milieu d’Oxford Street, centre du shopping made in London avec ses enseignes TopShop, Apple, Next, etc, l’atmosphère est bien plus tendue. Les groupuscules anarchistes, déjà auteurs des débordements des manifestations de cet automne, se sont réunis sur le croisement principal d’Oxford Circus après avoir déjà envahi plusieurs succursales bancaires et quelques échoppes.

"Blair nous a trahi"

Les slogans diffèrent largement de ceux des syndicalistes : "Des impôts pour les petits, pas pour les plus riches " indique la pancarte d’un bonhomme ventru, cigare à la bouche et couvert des autocollants de Royal Bank of Scotland, Nat West, Vodaphone, Boots, les principales sociétés accusées de ne pas payer  d’impôts. Il est porté sur un trône par des hommes masqués des visages de David Cameron et Nick Clegg, le Premier ministre adjoint et leader des libéraux-démocrates, mais aussi des anciens premiers ministres travaillistes Tony Blair et Gordon Brown, accusés d’avoir trahi les plus défavorisés avec le New Labour.

Les choix extrêmes des conservateurs n’ont pas fait perdre la mémoire à tout le monde et le Labour aura du mal à reconquérir ses électeurs, même s’il n’a jamais été plus haut dans les sondages depuis cinq ans.




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