Connexion

Syndicate content

Taxi-driver entre les murs de Belfast

D.R.

-A +A
27.03.2011 | 10:10

Par  

Pendant le conflit qui a opposé les protestants  et les catholiques, les "Black taxis", souvent en première ligne, étaient le seul moyen de transport des habitants de Belfast-Ouest. Aujourd'hui, nombre de chauffeurs se sont reconvertis en guides touristiques. Visite d'un Belfast historique, mais avant tout politique, avec Seamus au volant.

Tous les jours depuis plus de dix ans, Seamus sillonne les quartiers de Belfast. Enfant de Belfast, il est né et a été élevé dans l’un des quartiers catholiques de la ville à quelques encablures du Peace Wall qui les sépare encore aujourd'hui du principal quartier protestant de Shankill.

Seamus conduit un taxi. Pas n'importe lequel: un "Black taxi". Ils sont apparus au début de la guerre, quand le gouvernement britannique a décidé de suspendre le service de bus qui desservait les enclaves catholiques.

Les habitants se sont organisés, ils ont acheté de vieux taxis pour se déplacer. Aujourd'hui encore, les taxis noirs restent le principal moyen de transport préféré des habitants de Belfast-Ouest.

Les conducteurs s’improvisent guides touristiques

L'histoire "compliquée" de Belfast, Seamus la connaît par coeur. Forcément. Il la raconte plusieurs fois par jour aux touristes venus visiter la capitale de l'Irlande du Nord. Les chauffeurs de Black taxis sont souvent d'anciens membres de l’IRA (Irish Republican Army), d'anciens prisonniers politiques qui trouvent là une des seules embauches possibles dans une partie de la ville où le taux de chômage avoisinait il y a quelques années encore les 50%.

Seamus est-il un ancien "résistant" à l'"occupation anglaise"? Il ne le confirme pas. Mais, dans le cimetière de Miltdown, où sont enterrés nombre de volontaires de cette armée républicaine, il fait un signe de croix devant certaines tombes, sans en dire plus.

Des murs chargés d'histoire

C'est en grande partie au travers des "murals", ces peintures symboliques et revendicatives qui ornent les murs des quartiers, qu'il explique l'histoire de sa ville, où se sont affrontés à partir de 1966 les loyalistes, protestants fidèles à la Grande-Bretagne, et les républicains, catholiques partisans d'une Irlande Unie.

La plupart de ces "murals" ont été peints dans les années 1960-70. Mais il y en a de nouveaux tous les mois. Un mur-hommage à un protestant, commandant de la brigade de West Belfast, surnommé Topgun en référence au nombre de catholiques qu'il a tué, a été effacé par la mairie. Une semaine après, le "mural" était repeint" [voir cette vidéo].

La paix, ou presque

Depuis le 6 février 2010, l’Armée irlandaise de libération nationale a déposé les armes, quelques jours après la conclusion d’un accord entre les partis catholiques et protestants, marquant l’application complète du processus de paix. Mais quelques actes de violence viennent encore troubler la paix relative, acquise avec l'accord du "Good Friday", en 2005. Et Seamus reste prudent: il ne s'exprime pas avec la même liberté en fonction du quartier où il se trouve.

Je pense que si elle pouvait, la Grande-Bretagne laisserait tomber l'Irlande du Nord, ça leur apporte plus de problèmes que de gains... Mais ils ne peuvent pas se permettre d'abandonner la communauté protestante. Enfin, ça je vous en parlerai plus de l'autre côté du mur".

Aujourd’hui encore, les black-taxis sont parfois pris pour cible dans les quartiers protestants. Des jets de pierres le plus souvent, des tirs à balles réelles parfois.

"Je vous en parlerai de l'autre côté du mur"

Leur plaque d'immatriculation les trahit et certains n’hésitent pas à la changer à chaque fois qu’ils passent "de l’autre côté". Arrivé dans la partie catholique, notre chauffeur de taxi parle plus librement et se laisse même aller à quelques confidences.

Nous étions souvent en tête de cortège lors des marches avant les enterrements des volontaires de l'IRA (Irish Republican Army) ou des catholiques tués par l'armée. Cela faisait de nous une cible privilégiée pour certains loyalistes: huit chauffeurs de black-taxis ont été tués au cours des conflits".

Comme ils n’ont jamais cessé leur activité, continuant leur travail jusque dans les heures les plus sombres des troubles, les Black taxis sont devenus des symboles du mouvement républicain.

Portraits de "martyrs"

Devant l'International Wall, un autre mur couvert de peintures hommages aux catholiques "martyrs" et aux luttes d’autres peuples partout dans le monde, c'est avec le sourire, et non sans fierté, que Seamus montre le mural consacré aux black-taxis. Dans chaque quartier catholique, il existe un mémorial.

A Ballymurphy, Seamus nous montre un portrait particulièrement important pour lui: celui de la femme d'un conducteur de Black-Taxis, tuée par des soldats britanniques qui visaient son mari. A Belfast, beaucoup d’habitants connaissaient une personne qui a perdu la vie pendant des actions de l'IRA, ou un civil pris pour cible par l'armée britannique ou les brigades protestantes.

Optimisme mesuré

Pourtant même dans les temps les plus meurtriers du conflit, Seamus n'a jamais quitté Belfast. "C'est chez moi ici. C'est là où vivent mes enfants, mes petits enfants et même mes arrière-petits enfants maintenant. Nous n'avons jamais songé à partir."

Aujourd'hui, malgré les séparations qui subsistent entre les communautés, la paix est préservée. Pour notre chauffeur de taxi/guide touristique, l'espoir subsiste d'être un jour rattaché à la République d'Irlande, même si celui-ci s'estompe avec les années.

Gerry Adams [président du Sinn Feìn, parti républicain et catholique en Irlande du Nord, et en république d'Irlande, âgé de 62 ans, ndrl] a dit un jour qu'il était sûr que l'Irlande serait unie de son vivant. J'espère que je le serai encore aussi".

C'est d'ailleurs devant le siège de ce parti que se termine la visite. La plupart des compagnies de taxis qui font visiter la ville sont catholiques. Une seulement est ouvertement loyaliste. Deux tours de taxis dans Belfast peuvent révéler deux histoires différentes.

Crédits photos : FRILET/ SIPA et Ron Sachs/NEWCOM/COM





18.05.2012
Par Maxime Bourdeau (Paris)
A chaque rentrée scolaire le débat refait surface mais le nouveau gouvernement se devait, sans attendre septembre, de rebattre les...
29.03.2012
Par Emmanuel Haddad (Barcelone)
Les syndicats majoritaires n’ont rien obtenu depuis des années parce qu’ils sont installés. Ils font partie du systè...
17.05.2012
Par myeurop ()
Comme chaque année à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, l’ILGA-...
09.05.2012
Par Maxime Bourdeau (Paris)
"Un véritable retour en arrière". L'organisation européenne "Farmsubsidy.org" a ainsi qualifié l...
15.05.2012
Par Quentin Perrigueur (Paris - Lyon)
Les économistes allemands ont inventé un nouveau concept économique: la "dévaluation interne". Faute de pouvoir...
10.05.2012
Par Quentin Perrigueur (Paris - Lyon)
Le Gouvernement de Mariano Rajoy a annoncé lundi son souhait de transformer un prêt contracté auprès de la Banque d'...
11.05.2012
Par Maxime Bourdeau (Paris)
Les piqûres de Botox dans le cou, nouvelle lubie dans la course à l'éternelle jeunesse? Absolument pas. C'est pour des...
25.04.2012
Par Deborah Berlioz (Berlin)
La musique électronique qui fait vibrer les tympans et se déhancher toute une nuit durant… Le tout accompagné d’une...
10.05.2012
Par Effy Tselikas (Athènes)
La coalition de gauche radicale Syriza, devenue lors des législatives du 6 mai, le second parti de Grèce, a tenté hier de former...
15.05.2012
Par Nastasia Peteuil (Paris)
During 25 days, from May to June 2011, plenty of people protested against the sociopolitical situation in Spain. In Madrid, they decided to stay at...
28.02.2012
Par Benjamin Leclercq (Paris)
Monsieur Yu a fait la connaissance de Special Blue en Hollande. Charmé, il aimerait l’emmener avec lui, en Chine. Monsieur Yu mettra le...
02.04.2012
Par Ariel Dumont (Rome)
Le gouvernement de Mario Monti et le Vatican ont un problème commun: l’emploi. Coté République, le gouvernement de...
18.08.2011
Par Damien Dubuc (Paris)
En face, je n’y vais jamais, il n’y a que des Musulmans. Moi, ma patrie, c’est la Croatie. En face, c’est Mostar-Est (...
04.05.2012
Par Clémence Grison (paris)
Un "pacte de santé" : c’est le titre prometteur de la déclaration signée par toutes les éditions de Vogue...
16.05.2012
Par Quentin Perrigueur (Paris - Lyon)
Outre la centaine de concerts , de DJ et de performances organisés à plusieurs endroits de la ville, le festival "Nuits sonores...
09.05.2012
Par Quentin Perrigueur (Paris - Lyon)
L’institut suédois de Paris, installé dans un hôtel particulier du 4ème arrondissement de Paris connu pour ses beaux...
14.05.2012
Par Nastasia Peteuil (Paris)
C’est un peu le comble du photographe. Brenda Turnnidge a fait le choix de photographier des mots pour s'exprimer. Cette "anglaise au...
23.02.2012
Par Delphine Nerbollier (Istanbul)
"Fetih, 1453" ("La conquête, 1453") s’apprête à battre tous les records. Le film retrace la conquê...
26.03.2012
Par Ariel Dumont (Rome)
Celui qui ne reconnaissait plus l'Italie est mort dimanche soir à Lisbonne. Né à Pise en 1943, Antonio Tabucchi avait d...
06.04.2012
Par Louise Delépine (Dublin)
En Irlande, la chasse aux œufs n'est pas la tradition principale du week-end de Pâques. Les chocolats de toutes les saveurs et de...
29.07.2011
Par Gaëlle Lucas (Madrid)
Choc dans le “mundillo” gastronomique espagnol. Même si Ferran Adrià, l'avait annoncé il y a plusieurs mois,...
12.03.2012
Par Norbert Gaillard (Paris)
1/ La restructuration ne règle pas le vrai problème de la Grèce, à savoir son manque de compétitivité La...
28.07.2011
Par Marco Bertolini (Amsterdam)
Nous avons rendez-vous dans un luxueux appartement dans un quartier résidentiel de Maastricht. Larges baies vitrées, ample terrasse et...
25.02.2012
Par ()
Pantalon orange pétant, comme la salopette de son collègue élu au Parlement de Berlin, veste violette toute aussi é...
30.03.2012
Par Emmanuel Haddad (Barcelone)
Réveil courbaturé, relents des bières nécessaires à apaiser une journée chaotique, premier coup d’...
01.03.2012
Par Maxence Peniguet (Bruxelles)
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy bondissent à chaque évocation d'un référendum ayant un rapport, même minime,...
Pays