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Le débat sur la place de l’islam divise aussi l’Allemagne

jeudi, 31 mars, 2011 - 14:28

Deux Allemands sur cinq se sentent menacés par l'islam. Pour le ministre de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich, "l'islam n'appartient pas à l'Allemagne". La question de la place de la religion musulmane y est aussi vive qu'en France, où l'UMP tente péniblement de sauver son débat sur la laïcité.

En Allemagne aussi la question de la place de l'islam est brûlante. Alors qu'en France l'UMP veut en parler le 5 avril prochain, sous couvert d'un débat sur la laicité, la 3ème conférence annuelle sur l’Islam s'est tenue à Berlin mardi dernier. Une conférence houleuse, placée sous le signe de la sécurité plus que de l'intégration des 4 millions de musulmans, dont 45% ont la nationalité allemande.

Lancée en 2009 par le ministre de l'Interieur de l'époque, Wolfgang Schäuble, la conférence était cette année dirigée par le titulaire du poste, Hans-Peter Friedrich. A peine entré en fonction, au début du mois, ce membre de la CSU – l'aile bavaroise des conservateurs de la CDU – avait déclaré :

Rien dans l'histoire ne démontre que l'islam appartient à l'Allemagne.

Il s'était alors attiré de vives critiques de la part de l’opposition et des dirigeants musulmans.

Empêcher la radicalisation des jeunes musulmans

Pas de quoi perturber Hans-Peter Friedrich, qui a décidé de marquer cette conférence de son empreinte – musclée. Un mois après l’attentat de l’aéroport de Francfort perpétré par un jeune islamiste contre des soldats américains, le nouveau ministre de l’Intérieur a indiqué vouloir instaurer un "partenariat de sécurité" avec les musulmans d’Allemagne:

Il s'agit de sensibiliser et d'expliquer, d'avertir les jeunes qu'ils doivent dire non [aux tentatives de recrutement par des organisations terroristes].

Objectif de cette campagne publique: prévenir et détecter rapidement les tendances à la radicalisation de l’islam, pour éviter de futures attaques terroristes. 

Ensemble avec les musulmans, nous voulons montrer à une large frange de la société que nous agissons contre l'extrémisme islamiste dans le cadre d'un partenariat sur la sécurité,

poursuit Hans-Peter Friedrich .

"une culture douteuse de la dénonciation"

Tollé chez les représentants des musulmans allemands: "La conférence sur l’islam ne doit pas devenir une conférence sur la sécurité politique", a dénoncé le président du Conseil central des musulmans Aiman Mazyek. Une critique appuyée par l’islamologue Armina Omerika, qui dénonçait à la sortie de la manifestation "une culture douteuse de la dénonciation entre musulmans".

Du côté politique, l’opposition n’a pas ménagé le mnistre: le responsable de l’intégration du SPD Aydan Özoguz appelle son parti à boycotter la conférence à l’avenir et accuse "l’erreur de casting" Friedrich de "malmener les participants à la conférence pour mieux imposer son profil politique". La patronne des Verts au Parlement Renate Künast qualifiait la conférence d’"effronterie", voyant "sa contribution à l’intégration arriver à sa fin".

Dans une interview parue ce matin dans la Süddeutsche Zeitung, Hans-Peter Friedrich assume, et accuse même le SPD de "vouloir diviser les musulmans". Dans la même interview, le ministre de l’intérieur revendique

parler des vrais problèmes et ne pas les masquer derrière un discours politiquement correct.

Deux allemands sur cinq se sentent menacés par l'islam

La conférence sur l’islam intervient dans un contexte sensible en Allemagne. L’année passée a été marquée entre autres par la sortie du livre de Thilo Sarrazin Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne va à sa perte) dans lequel l’ancien membre de la Bundesbank explique que l’Allemagne est menacée d’abêtissement en raison du poids croissant des immigrés musulmans. Un livre polémique, qui s’est pourtant vendu à plus d’un million d’exemplaires en Allemagne.

En décembre dernier, un sondage paru dans l’hebdomadaire die Zeit montrait que deux allemands sur cinq se sentent menacés par l’islam – soit plus que les français, danois ou hollandais -, et que 75% des allemands trouvent les immigrés mal intégrés. Le constat d’échec du multiculturalisme d’Angela Merkel il y a quelques semaines résonne encore dans les esprits. Outre-Rhin, le débat sur l’islam existe, et n’est pas terminé.




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