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Tamara de Lempicka: reine du moderne

Gregory Bull/AP/SIPA

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03.04.2011 | 11:30

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L’exposition "Tamara de Lempicka – reine du moderne" rend hommage à une femme artiste de ses œuvres autant que de son personnage extravagant et scandaleux. A voir au Complexe du Vittoriano de Rome jusqu’au 10 juillet 2011.

Avec plus de 80 tableaux et 40 dessins, l’exposition Tamara de Lempicka est une des expositions les plus complètes proposées sur l’artiste depuis sa mort en 1980. 50 photographies d’époque documentent l’image de ce "personnage" qui pose habillée et coiffée comme une diva du cinéma. 13 œuvres d’artistes polonais qui fréquentèrent eux-aussi la France et Varsovie replacent son œuvre dans les avant-gardes européennes en soulignant son rapport avec l’art contemporain polonais.

Reine du Moderne

Si Tamara de Lempicka a su, mieux que quiconque, représenter son époque, jusqu’à en être couronnée "reine", c’est parce qu’elle a su mélanger les genres et les différents langages visuels: cubo-futurismo russe et français, "retour à l’ordre" italien, "réalisme" polonais ou encore "réalisme magique" allemand. En ressort un langage éblouissant de formes et de couleurs qui explore la fusion des grands médias de l’époque: la photographie de mode, le graphisme publicitaire, le cinéma.

Née en Pologne en 1898, sa seconde patrie est la Russie dont elle fuit après la Révolution pour se réfugier à Paris. Liée aux milieux aristocratiques de Saint Pétersbourg et à la famille impériale, Tamara vit le "chant du cygne" de cette aristocratie. A Paris, elle reste en contact avec beaucoup de personnages de l’émigration russe, dont elle fait le portrait. En témoignent les "Portrait du prince Eristoff" (1925) et "Portrait du grand-duc Gabriel Constantinovic" (1926).

Dès la seconde moitié des années 20 le succès de Lempicka est immense, de l’Europe à l’Amérique on admire sa capacité à allier culture "haute" et culture populaire. Dans un entretien en 1932 l’artiste explique son culte de la modernité: "Vivre et créer de façon à imprimer sur ma vie comme sur mes œuvres le tampon des temps modernes" tout en déclarant "adorer l’antique peinture italienne". Et citant Carpaccio comme son peintre préféré.

Le portrait de la femme émancipée

Si la plupart de ses chefs-d’œuvres sont des portraits de sa fille Kizette, les duos saphiques représentés indiquent un autre élément de la modernité: l’exhibition d’une femme émancipée économiquement, indépendante et libérée sexuellement qui caractérise le "Paris des années folles". Pour la première fois exposés tous ensembles, les portraits de l’amante Rafaela témoignent de cette sensualité lesbienne "La tunique rose", "La belle Rafaela", "Le rêve", "La belle Rafaela en vert", "Nu couché au livre".

Son mariage avec le baron Kuffner et son départ aux Etats-Unis en 1939 marquent une importante rupture dans sa vie comme dans son style artistique. Lempicka développe une personnalité plus spirituelle avec des portraits de vierges, des natures mortes, des intérieurs de maisons de campagne. Ce pessimisme esthétique est témoin d’une génération qui a vécu la Révolution russe, la crise économique de 1929 et la seconde guerre mondiale.

Hollywood

A Hollywood, ce génie du narcissisme et de l’extravagance – elle n’est pas adorée par Dali pour rien – se fait annoncer comme les stars de cinéma par son bureau de presse. "La baronne aux pinceaux" fait la première page des critiques mondaines avec ses allures de Greta Garbo, ses robes de reines et sa vie somptueuse. Ses expositions en revanche sont fort décriées. Lempicka a perdu l’aura des "années folles".

La "reine de la modernité" meurt en 1980 au Mexique. Selon ses souhaits, ses cendres sont jetées du haut d’un hélicoptère autour du cratère du volcan Popocatepetl. Elle laisse en héritage une culture visuelle décomplexée entre l’art et le marketing publicitaire. Et Gioia Mori, commissaire de l’exposition, de conclure que

seul un autre artiste comme Warhol, grand admirateur de Lempicka saura appliquer de façon aussi efficace quelques années plus tard".



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