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Bruxelles, la querelle sans fin

mardi, 5 avril, 2011 - 11:29

A moins d'un mois de la date anniversaire de la chute du gouvernement Leterme, la perspective d'un gouvernement belge s'éloigne toujours plus. Depuis une semaine, Flamands et francophones s'écharpent autour de l'avenir de Bruxelles.

Nous aurions pu penser qu'en presque 300 jours de discussions, politiciens flamands et francophones avaient déjà eu le temps de se disputer sur tous les sujets possibles et imaginables. Ce n'est pas le cas. Et ils sont en train d'en faire une belle démonstration.

Pour cela, il aura suffit d'une simple sortie du Ministre-Président flamand Chris Peeters (CD&V, conservateur) au sujet de Bruxelles, déclarant que la Capitale-Région "ne sera jamais une région à part entière". Depuis, la surenchère de chaque côté de la frontière linguistique bat son plein, chacun criant au scandale.

Bruxelles veut s'émanciper

Pour bien comprendre la portée de cette dispute, il faut connaître un détail de l'architecture institutionnelle belge. Bruxelles y occupe une place à part puisque les communautés néerlandophone et francophone exercent chacune des compétences directes sur le territoire de la région.

Ainsi, un Flamand et un Francophone habitant tous deux à Bruxelles ne dépendent pas du même gouvernement, en ce concerne l'éducation par exemple. Les négociations actuelles autour de la réforme de l'État auraient pu permettre de clarifier la situation et la simplifier, mais l'inverse semble pour le moment se dessiner, d'autant que les Bruxellois voudraient pouvoir se dégager de la tutelle flamande et wallonne et gérer directement leurs affaires.

Région produisant 20% du PIB du pays pour seulement 10% de la population, la Capitale-région est aussi allégrement "pillée" par la Flandre et la Wallonie en raison du système d'imposition. Les Belges payant leurs impôts là où ils vivent, les milliers de travailleurs bruxellois habitants en périphérie de la ville ne reversent rien à la ville. Ce sont plusieurs centaines de millions d'euros de taxes qui échappent à Bruxelles.

La question de son refinancement n'est toujours pas résolue, les indépendantistes de l'Alliance Néo-Flamande (NVA, vainqueurs des dernières élections en Flandre) refusant de lâcher du lest sur ce dossier.

Vision communautariste

Ainsi, les réactions des politiciens francophones aux déclarations de Chris Peeters ont été virulentes, étant perçues comme une tentative d'imposer leurs visions communautaristes dans les négociations.

Le Ministre-Président bruxellois, Charles Piqué (socialiste) estime que "cette sortie est inquiétante", rajoutant que:

derrière le discours de monsieur Peeters sur la soi-disant volonté de protection des minorités [ndla: 5% des Bruxellois sont néerlandophones] se cache en réalité une volonté de domination de Bruxelles aux seules fins de servir les intérêts économiques de la Flandre sans égards au bien-être des Bruxellois, francophones ou néerlandophones, ce qui revient une fois de plus à la vieille conception utilitariste de la Capitale.

Double discours francophone

Les autres partis francophones se sont largement alignés sur cette position. Benoît Cerexhe, un ministre du gouvernement bruxellois est même allé plus loin déclarant qu'il n'y aurait pas d'accord si Bruxelles n'est pas reconnue comme région. Les libéraux francophones du Mouvement Réformateur ont appelé à la retenue et au calme.

Pourtant, dans le même temps: surprise. La Communauté française annonce officiellement son changement de nom. Elle s'appellera maintenant "Fédération Wallonie-Bruxelles".

Si certains politiciens comme le Ministre-Président wallon, Rudy Demotte déclare que cela ne change rien à leur aspiration de voir une réelle région bruxelloise émergée, d'autres, comme Olivier Mangain annonce que cette fédération est "un bouclier protecteur" contre les exigences flamandes.

Le double discours est total. Et l'opportunité d'une nouvelle dispute par médias interposés trop belle.

Provocation

Cela n'a pas échappé aux nationalistes flamands. Si les conservateurs du CD&V ont estimé que cela ne constituait qu'un "changement de nom", la NVA y voit une "provocation" qui pourrait mettre en péril les négociations alors que ses exigences toujours plus grandes les ont déjà fait échouer plusieurs fois.

Le député Ben Weyts a même ajouté que cela était "combinée au fait que certains francophones exigent en plus une part du territoire flamand autour de Bruxelles", référence aux demandes de certains de voir Bruxelles s'agrandir pour englober sa périphérie, où vit une majorité de francophones.

L'aspect "unilatéral" de cette décision a aussi été condamnée. Pourtant, lors de sa création, la communauté flamande a installé son Parlement à Bruxelles alors que cette ville est officiellement bilingue. Et cela, sans demander l'avis à personne.

L'hypocrisie nationaliste flamande

La NVA démontre ainsi une nouvelle fois sa politique "deux poids – deux mesures". Si le moindre rapprochement entre la Wallonie et Bruxelles est perçu comme une menace contre la Flandre, comment aurait dû être perçue la dernière proposition de ministre flamand de l'Intérieur, Geert Bourgeois ?

Ce dernier a en effet proposé la fusion des communes de la périphérie bruxelloise (où vivent une majorité de francophones), avec leurs voisines flamandes, au nom de "l'efficacité administrative". Or, personne n'est dupe: en opérant ce regroupement, le nombre de francophones serait dilué dans la masse flamande, redevenant ainsi minorité et justifiant la remise en cause des droits linguistiques spécifiques dont ils jouissent. Ce à quoi Geert Bourgeois est favorable.

La guerre des déclarations n'en finit donc pas en Belgique. Il flotte dans l'air comme un air de campagne électorale en devenir.




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