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Des stress tests pour détendre les marchés financiers

vendredi, 8 avril, 2011 - 12:43

La liste des 90 établissements bancaires qui vont être soumis à une série de "stress tests" destinés à évaluer leur résistance a été dévoilée. Ces épreuves, décriées par beaucoup d’économistes, sont avant tout un moyen de rassurer les marchés financiers frileux, alors même que le Portugal vient de demander l’aide de l’Europe.

On connait donc la liste des 90 banques qui vont être testées par l’autorité européenne de supervision des banques (EBA) dans les semaines qui viennent. Pas de surprise majeure puisque tous les établissements testés en 2010 sont là, auxquels s’ajoutent quatre nouveaux arrivants (autrichien, danois, irlandais et norvégien). Le pays le plus représenté est, encore, l’Espagne avec 24 banques, devant l’Allemagne, qui en compte 13.

Donner des garanties

L’objectif de l’autorité est clair: rassurer des marchés financiers que la situation de crise et les demandes d’aide répétées de pays de la zone d’euro – le Portugal hier, après la Grèce et l'Irlande -, ont tendance à rendre pour le moins méfiants. Dans le communiqué publié sur son site, elle rappelle:

L’échantillon actuel représente encore plus de 65% des actifs bancaires européens et plus de la moitié des actifs bancaires de chaque Etat-membre”

"Faites nous confiance", semble vouloir dire l’EBA, qui n’a pourtant pas la réputation d’être un exemple de justesse et de rigueur. Bien au contraire.

Des test peu fiables

Pour casser cette image, l’EBA assure que les tests seront plus difficiles que les précédents: les banques devront en effet pouvoir justifier d'un ratio minimal de 5% de capitaux propres "durs" en cas de choc économique pour réussir l'épreuve.

La volonté affichée est de crédibiliser des exercices qui n’ont pas grande valeur aux yeux de nombreux professionnels de la finance. Dans la mesure où ces tests de résistance se font sous forme de fiction (il ne s'agit évidemment pas de dérégler véritablement les marchés financiers), leur validité est remise en cause car ils reposent avant tout sur des estimations.

En 2010, seules sept banques avaient échoué aux tests, dont aucune en Irlande. Le pays a pourtant plongé dans une crise économique d’une ampleur sans précédent quelques mois plus tard. Par ailleurs, l'autorité est en train de réfléchir aux mesures à prendre qui pourraient être appliquées en cas d'échec à ces tests. Pour l’instant, rien de vraiment concret en la matière.

"Stress tests"

L’EBA est née au début de l’année 2011. Cette nouvelle agence de régulation bancaire au niveau communautaire vient en remplacement du Comité européen de Supervision des banques (CEBS). Elle est notamment en charge de gérer les situations de crise sur les marchés financiers européens, et c'est elle qui s'occupe désormais des exercices de test à l'échelle européenne, en partenariat avec les autorités financières nationales.

Les tests de résistance des banques, ou "stress tests" comme les appellent leurs inventeurs américains, sont l'équivalent des crash tests que subissent les voitures avant leur commercialisation pour vérifier la solidité de la carrosserie, le déclenchement des airbags ou encore le bon fonctionnement de la ceinture de sécurité.

Dans le cas des banques, c’est un exercice qui doit montrer la capacité d’un établissement à faire face à un choc de crédit, une dégradation du marché ou une dégradation de la dette souveraine. Il s'agit de contrôler si les liquidités sont suffisantes, si les capitaux en fonds propres peuvent résister à un changement brusque de l'économie et dans quelle mesure les Etats vont devoir jouer le rôle d'amortisseur en cas de crise grave.

Plusieurs scénarii

Concrètement, il s'agit de tester les établissements bancaires selon deux scénarii:

  • Un "scénario macroéconomique de base" qui reprend les prévisions en vigueur des spécialistes
  • Un "scénario macroéconomique adverse" qui retient des hypothèses théoriques volontairement extrêmes de dégradation de l'économie et des marchés financiers. C'est un scénario de crise, comme celle que nous avons vécu en 2008.

En 2009, une première vague de tests avait été réalisée sur 22 banques, sans que les résultats ne soient rendus publics. Une deuxième vague a été réalisée en juillet 2010. Cette fois, ce sont 91 banques européennes qui avaient été soumises aux scénarios de crise de l'autorité financière européenne avec le concours des autorités de supervision financières de 20 pays-membres. Sept d'entre elles avaient échoué (5 en Espagne, 1 en Allemagne et 1 en Grèce).

Transparence totale

Pour cette année, l’EBA joue la carte de la transparence et assure que tous les résultats des stress tests ainsi que l’évolution des capitaux des banques depuis décembre 2010 seront divulgués. Probablement en juin prochain.

Reste à savoir si ces nouvelles mesures se révéleront suffisantes pour mieux prévoir les risques de crise financière et si le sérieux des méthodes utilisées saura convaincre les observateurs financiers.




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