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Sergent Garcia, Zorro du métissage musical

Sergent Garcia

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09.04.2011 | 15:11

Par  

Père basque espagnol, mère française, Sergent Garcia partage son temps entre Europe et Amérique latine, dont il métisse les musiques depuis près de quinze ans. Mélange de rythmes traditionnels, d’énergie populaire et de sons urbains, rencontre avec le père du "salsamuffin" à l’occasion de son nouvel album.

Tes précédents albums exploraient les musiques jamaïcaine, cubaine, mexicaine ; celui-ci est axé sur la Colombie. Pourquoi ?

Des rythmes africains de la côte atlantique à la musique andine du Putumayo en passant par la cumbia, les sons hispaniques et la scène électro, la diversité artistique de ce pays est énorme. Ces dernières années, beaucoup de Colombiens ont fui l’insécurité des campagnes pour s’installer en ville, favorisant le métissage des cultures régionales. Une nouvelle scène est aussi née de la rencontre entre patrimoine traditionnel et rythmes actuels, initiée par les musiciens colombiens Urian Sarmiento et Teto Ocampo, l’ingénieur du son anglais Richard Blair. Les groupes de ce mouvement sont encore inconnus en Europe, mais leur effervescence est incroyable. Il est urgent de s'y intéresser !

Que penses-tu leur apporter ?

J’ai été l’un des premiers à décloisonner et mélanger les genres, considérant que le reggae n’est pas juste pour les rastas, la musique traditionnelle pas simplement pour les paysans, le rock pas réservé aux urbains. Pour beaucoup de ces jeunes artistes sud-américains, je constitue une référence.

Qu’apportent-ils selon toi à la scène européenne ?

Un sacré coup de jeune, un vent de fraîcheur salvateur ! En Espagne, tu trouves encore des groupes novateurs, comme Chachito, Ojos de Brujo, Son de Nadie. Au Portugal aussi, avec des gens comme Terracotta. En France, j’ai l’impression que la scène peine à se renouveler, victime peut-être d’une vision institutionnalisée de la musique. En Amérique latine, où la culture vit encore dans la rue, où elle garde un côté populaire, des tas de groupes tournent sans avoir jamais sorti un disque, basant tout sur Internet. Le groupe chilien Zona Ganjah, par exemple, enregistre neuf millions de visites sur YouTube et donne des concerts devant 5000 personnes sur tout le continent, sans aucun album à leur actif !

En Europe, des choses intéressantes se passent du côté des DJ…

Ce sont eux aujourd’hui qui filtrent et promeuvent les musiques d’ailleurs, favorisant les mixes et les rencontres. C’est ainsi que le très argentin Hijo de la Cumbia se retrouve en Norvège à enregistrer avec des musiciens blonds comme les blés, que des DJ des Balkans font voyager leurs sons en Amérique latine… Tout se mélange, les formations traditionnelles apportent un côté plus organique à la musique électro, la complémentarité fonctionne bien.

Amérique, Europe, où est ton public aujourd’hui ?

Un peu partout ! Mais surtout en France, au Mexique et en Colombie. En Espagne, Sergent Garcia a connu son heure de gloire il y a dix ans, mais le pays reste très axé rock et électro. Les sons latinos y sont cantonnés au carcan communautaire, du fait du mépris du pays pour ses anciennes colonies, leurs populations et leurs cultures. Plutôt que de s’ouvrir à un continent entier qui parle sa langue, l’Espagne préfère fermer les frontières, se priver de ce sang neuf, traiter les immigrés latinos par le racisme. Il reste un gros travail d’éducation à mener.

Les notions de diversité et de multiculturalisme sont devenues en Europe des enjeux politiques… 

Ce sont des sujets qui me touchent, que je revendique depuis longtemps. C’est aussi un grand challenge : tout n’est pas rose, y parvenir n’est pas facile. Notamment pour des pays comme l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, qui ont été longtemps terres d’émigration plutôt que d’immigration. Le monde bouge, le mouvement est à la globalisation, mais les Etats vont en sens inverse en mettant de plus en plus de barrières !

La musique comme facteur de décloisonnement ? 

Ça marche en Amérique latine ; l’Europe me paraît plus blasée. Comme en proie à une crise identitaire, à une incapacité pour l’instant à accueillir de nouvelles formes d’identités, plus complexes, nourries d’autres influences. Pour moi, ce n’est pas en se recroquevillant sur elle-même qu’elle va s’en sortir, mais au contraire, en s’ouvrant sur l’extérieur. C’est en partant de chez soi qu’on découvre qu’on est de quelque part, qu’on réalise ce qu’on a de positif ! Etre attaché à ses racines, à sa culture, ne veut pas dire être hermétique au reste. D’où l’intérêt de musiques qui mélangent folklore traditionnel et rythmes modernes : elle font le lien entre le local et le global.

Il y a une dizaine d’années, la jeunesse sud-américaine attendait beaucoup de l’Europe, comme alternative à la toute puissance américaine. Aujourd’hui ?

Elle n’en attend plus rien ! J’ai vraiment l’impression qu’on a raté une grande page de notre histoire en ne tissant pas des liens forts et constructifs avec ces pays. Il aurait fallu mettre à plat le passé colonial puis partir sur de nouvelles bases. Ne pas fermer les frontières mais les ouvrir, afin de développer entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud, un nouveau commerce triangulaire positif. Les jeunes sud-américains ne regardent plus vers ici, ni vers les USA, mais se disent : "Le monde de demain, c’est nous !" Et c’est vrai ! Nos pays sont vieux ; on vote pour des vieux, on a des lois de vieux, des mentalités de vieux…

Tu as fait partie du groupe punk Ludwig Von 88. Ça veut dire quoi, être punk aujourd’hui ?

Garder un esprit de rébellion. Une folie positive. Et, artistiquement, quelque chose d’un peu surréaliste. 

Le titre de l’album "Una y otra vez" sonne comme une leçon de vie, un encouragement à continuer à tracer sa route, envers et contre tout.

On est toujours là, on continue ! Cet album compte beaucoup pour moi. Musicalement, on y trouve toujours du reggae, du ska, de la cumbia, mais aussi de nouvelles choses, comme du boléro, de la rumba cubaine, et même du RnB. Enregistré dans quatre pays avec 27 musiciens, il est le fruit d’au moins six mois de pré-production et d’un an d’enregistrement. Pour moi, il marque une étape, avant d’ouvrir une nouvelle page...


Album Una y otra vez, Cumbancha Music

En tournée jusqu'en août 2011 en Europe, puis sur tout le continent américain


 



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