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L’autorecupero: une idée à récupérer

lundi, 11 avril, 2011 - 09:01

Permettre aux futurs locataires de restaurer eux-mêmes des immeubles délabrés dans les centres historiques ? Cela a été pratiqué aux Pays-Bas,  en Allemagne et en Italie dès les années 80. Une grande idée à récupérer. Surtout quand la spéculation immobilière fait rage.

Aujourd’hui, Emanuela Zene est fatiguée de se battre. Cela fait presque 20 ans maintenant qu’elle est engagée dans les luttes citoyennes pour le droit au logement. Mais sa détermination a payé. Elle vit aujourd’hui dans sa propre maison, près de la Place Sonino dans un immeuble "autorécupéré" – c'est-à-dire réhabilité par ceux qui vont en devenir les occupants.

Emanuela fait partie du groupe historique de jeunes liés à l’Union des locataires (Unione Inquilini), qui militent depuis les années 1980 de façon très concrète pour l’autorecupero dans la ville de Rome.

En 1996 le groupe Vivere 2000 a même réussi à faire passer une loi régionale sur l’autorecupero, qui n’a d’équivalent qu’aux Pays-Bas ou en Allemagne. Aujourd’hui avec une "administration de droite" et des "groupes sociaux qui ont changé"  les activités de l’autorecupero sont lettres mortes à Rome. Mais l’exemple de Piazza Sonino reste à suivre.

Les Krackers hollandais

L’idée de l’autorecupero est née des luttes menées par les habitants des centres historiques de Hollande et d’Allemagne. En Hollande le mouvement des Krackers (les occupants des maisons squatées d’Amsterdam) ont même réussi à changer la politique immobilière de la ville: au lieu de décider la construction de nouvelles maisons en périphérie, ils ont obtenu un vaste plan d’autorécupération des vieilles maisons permettant de donner un logement à des milliers de personnes.

C’est à travers une rencontre entre les Krackers et l’Union des Locataires italiens, à Bologne, qu’est parti le mouvement en Italie. En 1982, la mairie de Bologne publiait le premier appel public pour des logements à restaurer. Attribués au départ à quatre coopératives, l’initiative a aujourd’hui permis la restauration de plus de 600 appartements. De cette expérience naissaient d’autres coopératives un peu partout en Italie, à Rome, Livourne, Pistoia, Florence.

Le centre de Rome est plein d’immeubles abandonnés, nous nous promenions dans la ville et prenions note des différents immeubles de propriété de la ville, en 1989 nous avons occupé plus de six immeubles. Cinq  ont été vidés par la police et sont aujourd’hui encore vides",

nous raconte Emanuela Zene.

Absence des pouvoirs publics

Seul l’immeuble de Piazza Sonino, ex-couvent de Sainte Agathe, a réussi à échapper aux descentes de police, et a fait l’objet de l’autorecupero.

L’édifice était dans un "état d’abandon inacceptable – il n’ y avait plus ni portes ni fenêtres et le risque d’écroulement était là", explique Emanule Zene. Contre l’immobilisme de la mairie, "le 14 juillet 1989 nous avons donc décidé d’occuper les lieux. Nous étions douze familles d’expulsés ou de sans-abris". La coopérative Vivere 2000 était née avec pour objectif de restructurer l’immeuble et de pousser la mairie à accepter l’idée de l’autrecupero. "Nous faisions tout nous-mêmes: qui savait travailler le bois, qui savait peindre, ou encore tenir les comptes, c’était une atmosphère très conviviale".

Les locataires ont tout de suite essayé d'entrer en contact avec les administrations locales, mais ce n’est qu’en 2005 que Vivere 2000 a réussi à obtenir un délibération communale pour l’assignation de l’immeuble à la coopérative. En janvier commençaient les travaux en vue de la réfaction de la façade. Le 17 juin 2008 était finalement signée la convention avec la mairie de Rome (délibération 52/08).

Financements alternatifs

Permettre aux locataires de prendre à leur charge des restaurations d’immeubles qui pèseraient autrement sur la communauté… Une grande idée aujourd’hui dans une ville où la spéculation immobilière sauvage a créé des milliers de logements dans des quartiers dortoirs alors que le centre historique de la ville est laissé aux touristes et aux plus offrants. Et Zene de conclure :

Pour moi, ce qui est particulièrement important dans l’autorecupero c’est qu’il bénéficie à des classes sociales qui sont particulièrement fragiles en ce moment. Les classes moyennes, petits artisans, employés qui n’ont pas droit aux logements sociaux mais ne peuvent pas se permettre de payer un prêt à la banque pour devenir propriétaire".

Une idée à suivre.




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