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Berlusconi s’offre une loi sur mesure pour échapper à la Justice

jeudi, 14 avril, 2011 - 10:15

Au milieu des affrontements et des insultes, le Parlement italien a voté, mercredi 13 avril, la loi du "procès bref", qui réduit les délais de prescription des procès. Le Peuple violet, un mouvement citoyen, a manifesté contre l'oubli des victimes et l'impunité offerte à Silvio Berlusconi dans certaines des affaires où il est mis en cause.  

Après le succès de la mobilisation sur les places romaines mardi 5 avril, Le Popolo Viola (le peuple violet) a de nouveau manifesté, devant le Parlement cette fois, à l’occasion du vote sur le "procès bref". Le texte, adopté mercredi 13 avril par la Chambre des députés, permet de réduire les délais de prescrition des procès.

Une aubaine pour les accusés n'ayant jamais été définitivement condamnés. Par exemple pour Silvio Berlusconi. Le président du Conseil pourrait ainsi échapper à une condamnation pour corruption dans le cadre du procès Mills, du nom de son ancien avocat, ou encore du procès Mediaset.

"Nous sommes avec les victimes et non avec les bourreaux alors qu’aujourd’hui, au sein du Parlement, la majorité est avec les bourreaux", s'insurge Gianfranco Mascia, leader du mouvement citoyen.  

Le Peuple violet : un groupe politique issu de Facebook

La mobilisation du Peuple violet rappelle, par ses modes d'action, celle des jeunes égyptiens ou tunisiens. Si les enjeux sont différents, Facebook a été au centre du rassemblement. Mouvement "horizontal" parti de la base, il s’est auto-constitué le 5 décembre 2009 à Rome lors du No Berlusconi Day, l’appel à la démission du président du Conseil.

Après cette journée, plus de 150 groupes locaux se sont formés sur le réseau social. Le nombre d'inscrits sur la page Facebook a dépassé les 300 000 personnes. Leur objectif: 

mettre fin à l’anomalie démocratique italienne représentée par le pouvoir presque absolu détenu par un seul homme et mettre fin aux attaques réitérées contre la Constitution italienne.

Ils ont organisé la journée de la démocratie et la nuit blanche pour la justice, le 5 avril dernier. "Devant Montecitorio [le Parlement], plus de 2 000 personnes sont passées. 5 000 personnes étaient réunies à Piazza Santi Apostoli. Elles se sont quittées au son de "Bella Ciao". Il faut continuer", a exhorté Gianfranco Mascia.

La rage des familles des victimes

Dès 15 heures, les familles des victimes de catastrophes, comme le désastre ferroviaire de Viareggio ou le séisme de l’Aquila, ont exprimé leur rage devant le Parlement. Des manifestants doublement victimes puisque leurs procès risquent de tomber en prescription.

La mère de Matteo, Gloria Puccetti, est assise sur le trottoir, effondrée. Son fils est mort brûlé à 25 ans alors qu’il travaillait dans une entreprise familiale de cire. La société ne répondait à aucune des mesures de sécurité les plus élémentaires. Lorsque le feu s'est déclaré, Matteo est resté bloqué à l’intérieur, faute d'issue de secours. "Ce qui nous reste à faire quand les coupables s’en sortent avec six mois de prison ? S’étendre sur la voie ferrée jusqu’à ce que justice soit faite ?", s'interroge Gloria. A la solitude de la douleur s’ajoute le goût amer de l’impunité: "des personnages importants sont impliqués, et ceux-là s’en sortent toujours."

Le Comité des victimes de la catastrophe de Viareggio ont déposé au sol les photos des trente-deux personnes mortes à la suite du déraillement d’un train et de l’explosion de sa cargaison de GPL. "On ne peut pas vivre la justice comme ça, déclare Daniela Rombi, présidente de l’association Le Monde que je voudrais. Pour de tels délits une prescription est impensable."

Les procès qui risquent la prescription

Autres affaires concernées, celle des responsables des écroulements de l’Aquila ou le procès Eternit de Turin. L'ex-propriétaire et un haut dirigeant du groupe suisse sont accusés d'avoir provoqué une catastrophe environnementale à l'amiante ayant entraîné la mort de milliers de personnes (plus de 3 000 se sont portées partie civile).

La loi votée mercredi (314 voix pour, 296 contre) signifie également l’impunité dans le scandale financier du "Crac Parlamat". 100 000 petits épargnants attendent de récupérer une partie des 14 milliards d'euros de déficit causés par la mauvaise gestion du président Tanzi.

Alors qu’elle se prépare à entonner le Dies Irae avec le groupe de musiciens de la Resistenza musicale permanente, la chanteuse lyrique Anna de Martini se confie:

nous sommes allés au-delà de la légalité et même du surréel. Il y a une histoire qui dit ‘Si le tigre est dans ton jardin ne discute pas, chasse-le'. Berlusconi est dangereux, pour lui et pour les autres, il faudrait le chasser".

Derrière le groupe, une dame à la tenue altière et très élégante explose: "il ne reste plus qu’à leur cracher à la figure, j’ai tellement honte pour tous ces parlementaires qui n’ont pas honte."




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