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L’Autriche attend sereinement les immigrés de l’Est

samedi, 16 avril, 2011 - 11:20

Les salariés des pays de l’Est qui ont adhéré à l’UE en 2004 pourront circuler librement en Europe le 1er mai. Loin des diatribes de l’extrême droite, les experts autrichiens ne s’attendent pas à voir déferler une vague de migrants dont le pays a bien besoin.

La montagne va-t-elle accoucher d’une souris? L’ouverture des frontières entre les anciens et les nouveaux membres de l’Union européenne (à l’exception de la Roumanie et de la Bulgarie qui devront attendre 2014) tant stigmatisée par les mouvements populistes devrait finalement passer inaperçue, ou presque, en Autriche. Un des pays pourtant les plus concernés en raison de ses frontières communes avec la Hongrie, la Slovaquie, la république Tchèque.

Selon une étude du très sérieux institut Wifo (Austrian Institute of Economic Research), tout au plus 15 000 salariés supplémentaires par an en provenance de ces trois pays sont attendus au cours des deux prochaines années quand le pays en accueille déjà plus de 9 000.

L’étude relativise également l’importance de l’immigration est-européenne : en Février, il y avait 73 000 migrants des 10 pays d’Europe centrale membre de l’UE en Autriche contre 86 000 Allemands. De plus, le Wifo indique que, passées ces deux premières années, le mouvement d’émigration vers l’Autriche devrait se ralentir, en raison notamment de l’amélioration des conditions de vie dans les nouveaux membres de l’Union européenne. Pour 2011, une croissance de 3 % y est attendue.

Se basant sur les chiffres de 2009, l’étude rappelle que si 5 778 Hongrois sont venus s’installer en Autriche en 2009, 3 869 sont dans la même année repartis dans leur pays.

De plus, les entretiens réalisés auprès de migrants confirment que peu d’entre eux entendent rester définitivement chez leurs voisins : 10 % souhaitent repartir au bout de un à deux ans quand 40 % s’installent pour trois à cinq ans. Pour l’institut de recherche, l’ouverture des frontières devrait, en outre, bénéficier avant tout aux frontaliers, qui tout en venant travailler en Autriche, continueraient de vivre dans leur pays.

Bouffée d’air pour l’économie

L’institut Wifo n’est pas le seul à faire ce constat. L’Agence pour l’emploi autrichienne (AMS) s’attend, elle, à voir arriver entre 15 000 et 25 000 personnes par an. En revanche, les experts ne sont pas d’accord sur le profil des futurs migrants : pour l’AMS ce sont, avant tout, des salariés faiblement qualifiés qui pourraient venir chercher du travail en Autriche.

Pour les salariés hautement qualifiés, le marché du travail est, en fait, déjà quasiment ouvert. Le Wifo est, en revanche, d’un tout autre avis : selon sa dernière étude, les trois-quarts des migrants supplémentaires seront des candidats qualifiés et un quart des diplômés d’université.

La libéralisation du marché du travail arrive, de plus, à un très bon moment : 50 000 emplois viennent d’être créés dans un pays qui souffre déjà d’un manque de salariés qualifiés et qui connaît un des taux de chômage les plus bas d’Europe (4,8 %).

Pour les économistes, la main d’œuvre supplémentaire ne menace d’aucune façon les emplois des Autrichiens. Les entreprises qui attendent beaucoup de cette ouverture risquent d’ailleurs d’être déçues : les jeunes diplômés comme les salariés hautement qualifiés, qui parlent plus anglais qu’allemand, ne font pas de l'Autriche leur destination favorite.

Les Autrichiens restent méfiants

Malgré les propos rassurants des experts, la population reste néanmoins méfiante : Selon un sondage 48 % des Autrichien approuvent l’ouverture du marché quand un nombre aussi élevé se prononcent contre. 45 % des sondés s’attendent, en effet, à des conséquences négatives sur l’emploi, notamment sur les postes occupés par les personnes les moins qualifiées. 40% craignent des baisses de salariés quand 43 % s’inquiètent pour les conditions de travail…
 




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