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Fessenheim mobilise les énergies européennes

SAUTIER PHILIPPE/SIPA

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19.04.2011 | 19:45

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Des militants anti-nucléaires ont entamé lundi une grève de la faim à Colmar. Ils demandent l'arrêt de la centrale de Fessenheim et la sortie du nucléaire en France en 10 ans. Les Allemands et les Suisses, tout proches, participent également à la mobilisation.

Jeûner pendant 366 jours. La dizaine de militants écologistes installés depuis lundi sur le Champ de Mars de Colmar, comptent bien obtenir la fermeture de la centrale de Fessenheim. Une grève de la faim menée à tour de rôle, non loin de la préfecture. Les citoyens volontaires peuvent également y participer depuis chez eux. Trois hommes et une femme ont déjà décidé de "ne boire que de l’eau et de la tisane" pendant trois semaines.

En plus d’être la plus vieille centrale puisqu’elle a été construite en 1977 pour une durée de trente ans, elle est située sur une zone sismique et surplombée par le grand canal d’Alsace. Si la digue rompt en cas de séisme, on n’aura pas besoin d’un tsunami pour avoir le même résultat qu’à Fukushima,

peste Jean-Pierre Frick, à l’initiative de l’opération.

Démanteler, c'est aussi du travail

L’association "Stop Fessenheim" demande également la sortie du nucléaire en moins de 10 ans en France, notamment grâce à l’arrêt de l’exportation du nucléaire et à la création de grands chantiers d’isolation dans les grandes villes pour économiser l’énergie. Pour assurer la transition, le viticulteur alsacien n’est pas contre le recours au charbon.

Juste une question de volonté politique pour les écologistes. "Dans le cas de la centrale, l’Etat brandit la menace sur les emplois causée par l’arrêt de Fessenheim mais il pourrait devenir le premier chantier de démantèlement", s’enthousiasme-t-il. Début avril, les députés Verts ont ainsi proposé au Parlement européen d’en faire un "site pilote".

Strasbourg vote pour la fermeture

Ce jeûne débute en même temps que le contrôle décennal du réacteur n°2. Supervisé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), il devrait durer 200 jours. Frédéric Hilbert, conseiller municipal Vert de Colmar, s’interroge sur son utilité :

Ces démarches sont contradictoires. D’un côté, de nombreuses visites et expertises ont déjà été réalisées et on nous dit qu’il n’existe aucun danger. De l’autre, des audits supplémentaires sont demandés."

L’écologiste, également conseiller général du Haut-Rhin, s’est ainsi abstenu lors du vote, à l’échelle départementale, d’une motion favorable à un audit sur la poursuite ou non de l’exploitation du site, le 15 avril dernier. Trois jours avant, la ville de Strasbourg a voté pour la fermeture du site.

Mobilisation transnationale

Les Alsaciens ne sont pas les seuls à mener le débat. Les Allemands et les Suisses se sont associés à leur lutte depuis le début. Comme lors de la manifestation conjointe de près de 4 000 familles sur les bords du Rhin le 10 avril dernier. Fin mars, les cantons suisses de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et du Jura ont exigé des autorités françaises et d’EDF d’arrêter la centrale au nom des risques sismiques.

Le land de Bade-Wurtemberg, actionnaire à hauteur de 22% dans Fessenheim, pourrait s’engager en ce sens. Les écologistes, arrivés en tête, avec leurs alliés socialistes, des élections le 27 mars dernier, a déjà annoncé la sortie du nucléaire "aussi vite que possible".

"Ils s’appuient sur un réseau important. Ils se mobilisent plus que nous car ils sont davantage sensibilisés", affirme Frédéric Hilbert. L’Association trinationale de protection nucléaire TRAS-ATPN a porté plainte à plusieurs reprises contre EDF.

Elle a gagné une première fois en mars lorsque le tribunal administratif de Strasbourg a déclaré illégaux les rejets chimiques dans le grand canal d’Alsace. Il s’est, en revanche, opposé à sa demande de fermeture du site, le 16 mars dernier. Le mouvement allemand, suisse et français devrait faire appel, en intégrant l’exemple de Fukushima pour montrer l’urgence de la situation.

"Les politiciens allemands auraient bougé"

Une mobilisation transnationale aussi visible sur le Champ de Mars de Colmar. Après avoir participé à la manifestation conjointe du 10 avril, Inge Bertsch a décidé de faire cette grève de la faim. Cette Allemande de 52 ans habite à Heitersheim, à 15 kms de de Fessenheim. Dans cette petite ville, la centrale est omniprésente dans les discussions et les esprits.

Quand je me suis installée ici après avoir vécu vingt ans en Bavière, la première chose que m’a envoyé la mairie a été un papier rose. Il me demandait d’aller à la pharmacie pour acheter des cachets d’iode. C’est assez choquant et révélateur",

confie l’enseignante en français.

Ses élèves, angoissés par les images de la catastrophe japonaise et séduits par l’initiative de leur professeur, ont, eux aussi, observé un jeûne symbolique. Un ou deux jours selon leurs possibilités. Selon elle, les autorités françaises sont plus inflexibles qu’en Allemagne : "Si la situation avait eu lieu dans mon pays, mon conseil aurait été d’aller jusqu’au bout. Les politiciens, plus sensibilisés, auraient bougé. En France, je crains que cela ne revienne à gaspiller sa vie."

Pour la militante anti-nucléaire, la situation doit se résoudre au niveau européen par une coopération entre les Etats. "Trois centrales suisses sont par exemple installées à la frontière. S’il y a un problème, les Allemands seront les plus touchés", soupire-t-elle. Jean-Pierre Frick voit aussi au-delà de Fessenheim : "Quand elle sera arrêtée, on s’attaquera à Nogent-sur-Seine, à 80 km de Paris. Comme la Seine coule de Nogent vers Paris, en cas d’accident, c’est tout l’approvisionnement en eau de l’Ile-de-France qui sera coupé."





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