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Les Verts face aux réalités du pouvoir

mardi, 3 mai, 2011 - 09:39

De la théorie à la réalité. Avant même de prendre les commandes, le 12 mai, du Bade-Wurtemberg, les Verts allemands doivent faire des compromis sur la pollution automobile et le nucléaire avec leurs alliés sociaux-démocrates. Au nom de la croissance et de l'emploi.

Après l’euphorie de la victoire de mars dernier, les affaires sérieuses commencent pour Winfried Kretschmann, le nouveau ministre président de Bade-Wurtemberg. La lune de miel entre son parti, les Verts, et les sociaux-démocrates, cache de nombreuses pommes de discorde.

En témoigne le projet ferroviaire controversé de la gare de Stuttgart. Les Verts y sont opposés alors que les sociaux-démocrates l’approuvent. Pour sortir de l’impasse, un compromis a, certes, été trouvé: aux termes d’études supplémentaires destinées à mesurer les coûts réels de ce projet, les citoyens seront invités à donner leur avis.

Réunir une majorité pour le "non" n’est toutefois pas gagné: à part les Verts, tous les partis politiques partagent l’avis du SPD.

Sortie du nucléaire par étape

Tout aussi importants sont les défis qui attendent le parti écologiste sur la question du nucléaire. Dans le contrat de gouvernement, les partenaires se sont mis d’accord sur la fermeture des centrales nucléaires et le développement des énergies renouvelables. Mais les investissements nécessaires sont tellement lourds qu’ils pourraient bien rendre impossible la réalisation d’un tel objectif.

Les éoliennes, par exemple, ne produisent que 0,8 % de l’électricité du Land quand la part du nucléaire atteint 25 %. Une sortie rapide du nucléaire pourrait se traduire immédiatement par une baisse d’activité. Certes, le nouveau gouvernement entend procéder par étape: en 2020, les moulins à vent des temps modernes devront être en mesure de couvrir 10 % des besoins. Des chiffres qui laissent les industriels sceptiques.

De "l'essence dans le sang"

Ceux de l'industrie automobile sont encore plus remontés. En annonçant qu'"il vaut mieux moins de voitures que plus", Winfried Kretschmann a mis le feu aux poudres dans une région où les grandes marques du secteur – de Daimler à Porche en passant par Audi – et les équipementiers emploient 207 000 salariés et représentent 20 % de l’emploi industriel. Le Bade-Wurtemberg concentre 1/4 des emplois de la branche.

La perspective de délocalisation des sites de production, de fermetures d’usines et de perte d’emploi a quelque peu douché l’enthousiasme écologique des électeurs, surtout ceux qui se situent à gauche de l’échiquier politique. Même le vice-ministre-président Social-démocrate a pris ses distances, rappelant que

chaque gouvernement de Bade-Wurtemberg a l’essence dans le sang. Sans les constructeurs automobiles, le plein emploi n’est pas atteignable. Il ne s’agit pas produire moins mais de produire des voitures différentes de celles d’aujourd’hui.

Kretschmann a rapidement changé son fusil d’épaule, proposant aux industriels de les aider à fabriquer des voitures moins gourmandes en énergie et plus écologiques. Ce "couac" témoigne en tous cas des difficultés qui attendent les Verts dans la définition d’une politique industrielle. Ils vont devoir trouver des compromis sur bien des sujets, sans pour autant renier tous leurs engagements. Des marges de manœuvres étroites…

Un Chancelier vert ?

Les premiers pas du premier ministre-président vert sont suivis avec d'autant plus d'intérêt par la classe politique et les citoyens allemands qu’ils s’accompagnent de la montée en puissance des écologistes dans les scrutins régionaux: ils viennent ainsi de recueillir 70 % des voix lors des récentes élections municipales de Darmstadt, un bastion social-démocrate.

La majorité des sondages les donnent, par ailleurs, devant le SPD aux prochaines élections nationales en 2013. Même derrière la CDU, ils pourraient, avec 25 % des intentions de vote, être en position de réclamer le poste de chancelier dans le cadre d’une coalition avec le SPD.

Ce qui va les obliger à revoir leur mode de fonctionnement pour répondre à l’afflux de nouveaux adhérents. On compte aujourd’hui 55 776 "encartés", soit 1 200 de plus depuis mars dernier, quand tous les autres partis connaissent une hémorragie…




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