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Les enfants Roms toujours victimes de ségrégation à l’école

vendredi, 6 mai, 2011 - 10:04

La plupart des enfants Roms de République tchèque étudient encore dans des écoles à part, qui ne mènent à rien. Le système scolaire classique n'est pas adapté et les alternatives trop rares. Reportage.

En 2004, la République tchèque a aboli les "écoles spéciales", des poubelles héritées de l'époque communisme ou les enfants de la communauté Rom (200 000 personnes) cotoyaient des handicapés mentaux. Cette abolition avait été l'une des conditions de l'adhésion du pays à l'Union Européenne.

Pourtant, sept ans plus tard, force est de constater que les "écoles pratiques" qui ont succédé aux "écoles spéciales" accueillent toujours principalement des enfants Roms. Que les enseignants sont sensiblement les mêmes, et que l'enseignement prodigué entre l'âge de 6 et 14 ans ne mène à rien – pas meme à des métiers techniques.

"On ne pouvait pas l'aider"

Eva, 8 ans, est une jolie petite fille très éveillée de Kladno, une banlieue populaire de Prague.  Il y a deux ans, elle a pourtant quitté une école primaire classique. Nous l'avions rencontrée à la rentrée 2009-2010.

Elle avait du mal à suivre, se faisait harceler par les élèves 'Blancs', et pleurait souvent en rentrant à la maison, expliquait alors sa maman. Chez nous, personne ne lit, on ne pouvait pas l'aider".

La famille d'Eva a donc été plutôt contente quand des gens de l'Education Nationale sont venus lui proposer de transférer la petite fille dans une école pratique. Eva y a rejoint ses cousins et serait "plus épanouie".

La directrice de son ancienne école accuse sèchement les médias occidentaux de ne "pas comprendre la situation":

Nous ne sommes pas racistes, nous ne pouvons simplement pas garder des élèves qui ne suivent pas.

Journaliste au quotidien en ligne iconoclaste Dennik Referendum, Sacha Uhl dénonce un système scolaire qui exclut les gens "différents".

Esprit de compétition

La fille des anciens opposants au régime communiste Anna Sabatova et Petr Uhl a eu beaucoup de mal à finir des études secondaires "basées sur le bachotage". "J'étais mal vue parce que dans ma famille, on apprenait à argumenter", raconte-t-elle. Puis, elle explique:

Les Rom, eux, ne s'en sortent pas, parce qu'ici, il y a beaucoup de travail personnel à faire à la maison, avec une journée scolaire qui finit vers 14 h. Parce qu'aussi, on leur demande de faire preuve d'un esprit de compétition qu'ils n'ont pas, et que les gamins sont soumis sans arrêt à des tests psychologiques qui ne prennent pas en compte la mentalité des tziganes.

Zdenka est institutrice dans une école "spéciale", au bon sens du terme, du quartier de Smichov à Prague, une école qui jette des ponts entre la maternelle et le primaire pour des enfants en difficulté. Elle sait qu'on ne peut pas placer un petit Rom sur la ligne de départ d'un stade et lui demander de courir plus vite que son copain.

Il va hausser les épaules et demander 'pourquoi ?' En revanche, livré à lui-même au centre-ville, il saura vite se repérer pour rejoindre l'école.

A Prague, à l'école "intégrée" de la place Havlicek à Zizkov, un autre quartier habité par de nombreux Rom, des enseignants motivés essaient de prendre en compte ces différences. L'école accueille des enfants en difficulté, Roms comme "Tchèques blancs", avec pour objectif de les préparer à l'entrée – sélective – au lycée.

Trop peu de places

On y travaille en groupe. Des auxiliaires pédagogiques, parfois Roms, sont là pour éviter les malentendus. La plupart des élèves espèrent sortir de l'école avec un bagage suffisant pour entamer un apprentissage en mécanique. Au minimum. Certains sont bien décidés à aller au lycée, une adolescente veut faire médecine.

Les parents Roms motivés de Prague et des environs font le siège de l'école de la place Havlicek pour y inscrire leurs enfants. Mais elle n'accueille que 25 élèves par classe. Et seulement six autres établissements "intégrés" de ce genre existent dans le pays.

En 2007, la République tchèque a été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour avoir placé de manière abusive 14 enfants Roms, parfaitement intelligents, en "écoles spéciales". C'était dans les années 90. La plupart des petits tziganes tchèques vont pourtant continuer encore longtemps à fréquenter les "écoles pratiques" pas si différentes.




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