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Sexe, violence et corruption: les dessous de la campagne

lundi, 9 mai, 2011 - 13:36

Scandales sexuels, affaires de corruptions. A un mois des élections législatives en Turquie, les deux principaux partis d'opposition accumulent les revers. Et accusent le gouvernement de tirer les ficelles pour les discréditer. Une large victoire permettrait à Recep Tayyip Erdogan de faire passer son projet de nouvelle constitution.

Sur le papier, les élections législatives turques du 12 juin paraissent jouées d’avance. Les diverses enquêtes d’opinion s’accordent pour prédire un troisième mandat d’affilé pour le parti AKP du Premier ministre au pouvoir depuis novembre 2002. L’enjeu principal pour Recep Tayyip Erdogan est de s’assurer une victoire la plus large possible dans le but de faire passer son projet de nouvelle constitution.

Scandales sexuels à répétition

Dans ce contexte, la campagne électorale aurait pu se montrer des plus ennuyeuses. Et elle l’a été au départ. Mais c’était sans compter sur les récents rebondissements qui alimentent à la fois les pages politiques et people des quotidiens turcs.

En moins d’une semaine, le parti nationaliste du MHP (parti du mouvement national), la troisième force politique du pays, vient d’être frappé par une série de scandales sexuels. 

Les premières vidéos diffusées il y a dix jours sur internet ont montré deux candidats du parti en train d’embrasser deux jeunes femmes dans une chambre d’hôtel, tout cela dans une ambiance goguenarde, ponctuée de propos hostiles aux électeurs conservateurs et religieux du parti au pouvoir.

Dans la foulée, les deux candidats ont présenté leur démission tandis que le chef du MHP, Devlet Bahceli, tentait tant bien que mal de limiter la casse en jetant le blâme sur ses anciens condisciples.

L'opposition fragilisée

Mais une semaine plus tard, nouveau coup de massue pour ce parti dont l’électorat ne transige pas avec les bonnes moeurs. Une deuxième vidéo mise en ligne samedi dévoile les frasques sexuelles de deux autres candidats, notamment avec une mineure. 

A un mois du scrutin, ces deux affaires pourraient avoir un effet dévastateur sur le MHP qui pourrait ne pas franchir la barre fatidique des 10% nécessaires à tout parti politique pour entrer au Parlement.  

Des affaires qui tombent à pic

Comme un scandale n’arrive jamais seul, le principal parti d’opposition (CHP, parti républicain du peuple) a vu 14 de ses membres interpelés la semaine dernière dans la ville d’Izmir dans le cadre d’une affaire de corruption. Le chef de ce parti, Kemal Kilicdaroglu, s’est aussitôt étonné que la justice soit aussi prompte à intervenir sur ce dossier alors que d’autres affaires de corruption dans des villes gérées par le parti au pouvoir n’ont jamais abouti. 

Dans ces deux cas, l’opposition nationaliste et kémaliste crie au complot et accuse le gouvernement de tirer les ficelles de ces différents dossiers afin d’éliminer toute opposition.
 

La tension monte

C’est dans cette ambiance tendue qu’un autre incident a eu lieu la semaine dernière.  Des véhicules de police chargés de la sécurité du premier ministre Erdogan, alors en meeting dans la ville de Kastamonu, ont été pris pour cibles par des membres du mouvement armé kurde du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan).

Ils pensent pouvoir nous effrayer avec ces morts. Ils nous menacent mais ils se trompent

a lancé, peu après l’attaque, Recep Tayyip Erdogan qui a également accusé le parti pro kurde BDP (parti pour la paix et la démocratie) "d'armer  les civils".

A la suite de ces accusations et alors que de nombreux affrontements ont lieu dans le Sud-Est du pays entre membres du PKK et soldats turcs, le parti pro kurde – qui compte 20 députés à Ankara – évoque la possibilité de boycotter les élections.

A un mois du scrutin, dans cette ambiance de crispation morale et nationaliste, les électeurs turcs pourraient donc ne pas être à bout de leurs surprises.



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