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Naples submergée par ses poubelles

mercredi, 18 mai, 2011 - 15:14

L’armée pour nettoyer les rues de Naples, plus de 50 incendies allumés chaque nuit par des citoyens exaspérés, qui brûlent les déchets, émettant ainsi de dangereux gaz toxiques. Naples empeste encore les poubelles, à la veille des élections municipales.
De notre envoyée spéciale à Naples.

De la gare au bord de mer, rien ne leur échappe. Aucun trottoir, aucun angle de rue. Les poubelles ont pris d’assaut le centre ville de Naples.

Dans la Via dei Mille, une des plus élégantes de la cité, les sacs de plastique noir font concurrence aux Vuittons élégants. Dans les quartiers qui grimpent vers le Vomero, sur la route panoramique qui offre une vue imprenable sur le magnifique golfe de Naples, les voitures doivent slalomer pour éviter les ordures.

Les habitants exténués par cette crise, cette "urgence" qui n’en finit pas de durer, renversent les bennes à ordures sur la chaussée en signe de protestation. Avec les températures qui augmentent en cette fin mai, l’odeur dans certaines artères est intolérable.

Le 9 mai, la municipalité a fait appel aux militaires pour nettoyer les rues en donnant la priorité aux ordures qui obstruent les zones et les édifices sensibles comme les écoles et les hôpitaux.

Décharges saturées

Les raisons de la crise sont très complexes, intérêts privés, gestion illégale des ordures de la part de la Camorra, absence d’incinérateurs.

Selon Paolo Giacomelli, le responsable de l’hygiène urbaine de la mairie, le problème ne réside pas dans le ramassage des ordures mais dans leur traitement: "Les installations sont toutes pleines pour le moment, et nous ne réussissons donc plus à les transformer".

Seules cinq décharges sont activité en Campanie: Chiaiano, San Tammaro, Sant’Arcangelo Trimonte, Savignano Irpino et Terzigno… et saturées depuis le mois de février. La région de Naples ne dispose également que d’un incinérateur, celui d’Acerra — qui fonctionne au ralenti. Le seul des quatre projets récents de construction à avoir abouti. Comme lors de la précédente crise, il y a trois ans, l’ombre de la Camorra plane sur la gestion des déchets.

L'emprise de la mafia

"Pour la Camorra, les déchets sont de l'or", disait Nunzio Perrella, un chef de clan repenti. Beaucoup plus juteux, et moins risqué que la drogue. Ainsi, Naples est le point d’arrivée du trafic des ordures organisé par la Camorra. Pour des prix attrayants, la mafia débarrasse les entreprises du Nord de l’Italie de leurs déchets — y compris dangereux —, lesquels sont destinés à être stockés en Campanie. Enfouis illégalement dans le sol, ou bien dans les décharges publiques, où la Camorra a les mains libres.

Les 3 000 tonnes d’ordures qui jonchent la ville vont peser lourd sur les élections municipales. Pour les deux candidats qui ont passé le premier tour des élections, elles sont une priorité. Pour Gianni Lettieri, du Peuple de la liberté, la priorité est la construction d’un incinérateur.

L’ex-substitut de la République, De Magistris, soutenu par le mouvement de l’Italia dei Valori penche, lui, pour la collecte différenciée.

Un point de vue partagé par les écologistes, qui militent contre la construction de nouveaux incinérateurs. C’est un réel engagement pour la collecte différenciée qu’ils réclament, et une gestion responsable des ordures. A Naples, la densité de population est très importante et la province manque de lieux isolés pouvant abriter de nouvelles décharges.

"L’air extérieur est irrespirable."

Dans les périphéries de la ville, la situation est encore plus aberrante. A Secondigliano, où vit Alessandro, restaurateur dans le centre, "on ne peut plus fermer les fenêtres, il commence à faire chaud mais que faire ? L’air extérieur est irrespirable."

Pour Maria Triassi, du département de l’hygiène de l’Université Federico II, les risques augmentent d’heures en heures : "Même les désinfections sont inutiles si nous continuons comme ça à nourrir grassement les cafards, les rats et les mouettes. Il n’y a pas d’autre solution hygiénique : il faut nettoyer les rues." De fait, les rats prolifèrent et deviennent plus téméraires. Il n’est pas rare d’en croiser dans les rues en plein jour.

"Une bombe chimique"

En mai 2008, Romano Prodi avait perdu les élections parce qu’il avait été jugé incapable d’enrayer la crise. Silvio Berlusconi avait clôt sa campagne dans la cité parthénopéenne. Du podium de la place du Plébiscite, il annonçait qu’il résoudrait la crise "en 3 jours" et que la première réunion du Conseil des ministres se tiendrait dans la ville, pour confirmer son engagement. Quatre ans plus tard, les immondices ont encore augmenté.

En attendant, son nouveau maire, qui sera élu dans 15 jours, la situation sanitaire de Naples ne fait donc qu’empirer. Pietro Carideo, de l’Association des Médecins pour l’environnement est formel : "d’un point de vue sanitaire, la putréfaction des parties humides des déchets abandonnés représentent de graves risques pour la santé. S’ils sont laissés à la chaleur pendant plus d’une semaine ils produisent un liquide putréfié qui est une véritable bombe chimique."


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