Connexion

Syndicate content

Quand l’histoire bafouille

mercredi, 18 mai, 2011 - 14:42

Au moment où la Biélorussie propose un remake des procès staliniens, l’Albanie replonge dans les délices du clientélisme quand en Bulgarie des diplomates sont accusés de collusion avec l’ancienne police politique…

Chaque mercredi, retrouvez "Vent d'Est", la nouvelle chronique est-européenne de Myeurop sur l'actualité dans les pays d'Europe centrale.

Il flotte sur Minsk comme un parfum de purge… L’ancien candidat à l’élection présidentielle de décembre dernier, Andrej Sannikow, vient d’être condamné à cinq ans de prison. Cet ex-ministre des Affaires étrangères a été jugé responsable des "troubles massifs" au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin où a été proclamée la "victoire" d'Alexandre Loukachenko.

Le président sortant aurait obtenu 80 % des suffrages. Une victoire écrasante comme au bon vieux temps du parti unique évidemment contestée par l’opposition. Pour Andrej Sannikow, cette condamnation démontre à quel point le régime a aujourd’hui peur des changements. Les six autres candidats de l’opposition dénoncent un procès purement politique dans la dernière dictature européenne. Sannikow est le premier d’entre eux à avoir été jugé. Quatre autres procès devraient suivre. Un cinquième accusé a trouvé refuge en République tchèque….

« Nous avons deux Poutine qui veulent tout contrôler »

Il n’y a pas que la Biélorussie qui ait du mal à tourner la page. En Albanie, le parti du chef du gouvernement, Sali Berisha, et celui de l’opposition, Edi Rama, revendiquent tous deux la victoire aux élections municipales albanaises du 8 mai. La querelle entre les deux hommes continue, plus d’une semaine après l’annonce du scrutin. Cette situation pourrait bien entraîner le pays dans un regain de violence comme le 21 janvier dernier.

Lors d’une manifestation organisée par les socialistes, quatre personnes de la garde républicaine ont été tuées. A l’époque, Berisha n’avait pas hésité à parler de tentative du putsch. Selon l’OSCE, ces querelles intestines pourraient sérieusement entacher la confiance de la population en son élite politique. Les intellectuels commencent à hausser le ton.

"Nous avons deux Poutine qui veulent tout contrôler", explique l’écrivain Fatos Lubonja. Face à cette crispation, la communauté internationale est inquiète mais impuissante. L’Union européenne n'a rien à proposer pour calmer ce combat de coqs au sommet de l'Etat, Tirana ayant bien compris que le pays n’était pas prêt d’adhérer à l’Union européenne.

Sans cet espoir, ce choc des egos qui divise les institutions et les médias met à mal une démocratie encore balbutiante où le clientélisme revient en force vingt ans après la chute du régime mao-stalinien d'Enver Hoxja qui a transformé l'Albanie en camp de prisonniers isolé du reste du monde pendant 45 ans.

Diplomates bulgares très spéciaux

Le passé remonte aussi à la surface en Bulgarie. Alors que 117 diplomates bulgares sont accusés d’avoir été des agents de l’ancienne police politique, le ministère des Affaires étrangères a mis fin aux tergiversations du président de la République, Georgi Parvanov. Il a demandé leur rapatriement dans les plus brefs délais à Sofia.

Treize capitales européennes sont concernées, dont Berlin. Ambassadeur dans la capitale allemande, Ivo Petrov, âgé aujourd’hui de 63 ans, a été auparavant en poste à Vienne. Contrairement à d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est, la Bulgarie a tardé à s’attaquer à cette question, refusant de plonger dans les archives de sa police secrète. "Les responsables de la police politique ont été les bénéficiaires des changements en 1989", explique l’historien Momtschil Metodiev, dans un article du journal autrichien Der Standart. "Ils savaient comment l’Etat fonctionnait et ont utilisé leurs connaissances des rouages pour prendre des positions dominantes dans la nouvelle Bulgarie".

Il a, en effet, fallu attendre 2007, juste avant l’adhésion du pays à l’UE, pour que le parlement bulgare se soucie de cette question en mettant en place d’une commission sur ce sujet.
 


Pays