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Jean-Claude Junker est-il un pyromane ?

mardi, 24 mai, 2011 - 16:08

Jean-Claude Junker propose la création d'une agence internationale chargée de la privatisation des entreprises publiques grecques. Un véritable déni de démocratie à l'encontre d'Athènes qui ne peut qu'attiser le ressentiment des Grecs à l'encontre de l'Union européenne.

Quelle mouche a piqué Jean-Claude Junker, homme d'ordinaire placide et réfléchi? Le chef de file des ministres des Finances n'a pas pour habitude de souffler sur les braises de la désespérance des victimes de la crise économique et financière qui fait des ravages dans les pays du sud de l'Europe.

C'est pourtant ce qu'il vient de faire en demandant, dans un entretien à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, à ses "amis grecs" (!) de créer "une agence de privatisation indépendante du gouvernement, dans laquelle siègeraient des experts étrangers". Qui seraient ces experts? Probablement des représentants des institutions bancaires et financières internationales publiques et privées (BCE, FMI…).

Autrement dit, Jean-Claude Junker demande au gouvernement grec, démocratiquement élu, de perdre son indépendance, de se placer sous tutelle d'un cénacle de créanciers sous peine de ne plus pouvoir emprunter pour tenter de sauver son pays de la faillite. A ce déni de démocratie envers le pays qui l'a inventé, se rajoute une spoliation du bien public.

Alors que les Grecs dénoncent déjà la "grande braderie" de leur patrimoine industriel par le gouvernement de Georges Papandreou pour réduire la dette de leur pays, ou plus exactement pour rembourser les intérêts de cette dette, le patron de l'euroland, souhaite que la vente soit organisée par d'obscurs experts étrangers sans autre légitimité que celle de tenir les cordons de la bourse.

"Si, j'suis tombé par terre, c'est la faute à Junker"

Plus fort encore, l'ancien Premier ministre luxembourgeois estime que cette agence chargée des privatisations des entreprises publiques grecques doit s'inspirer de la Treuhandanstalt qui a coordonné la privatisation les entreprises d'Allemagne de l'Est après la chute du mur. Quel est le message subliminal? Que la Grèce était devenue sans le savoir un pays communiste du fait de l'importance de son secteur public?

Etonnant quand on se rappelle qu'elle était dirigé par les conservateurs de la Nouvelle Démocratie jusqu'en 2009 et que Georges Papandreou, est comme son père, Andreas, maintes fois Premier ministre avant lui, un social démocrate bon teint et certainement pas un collectiviste forcené.

Surprenant également de faire le parallèle entre un organisme allemand chargé de privatiser des entreprises allemandes et une instance internationale de contrôle imposée à un pays souverain.

Reste une question: M. Junker, généralement plus avisé, a-t-il perdu tout sens de la réalité vécue par les Européens touchés de plein fouet par la crise? Ce coup de pied de l'âne au gouvernement grec est le plus mal venu alors que les Grecs conspuent le FMI et l'Union européenne.

Quant aux jeunes Espagnols sans emploi, ils occupent les places principales de leurs villes en dénonçant une démocratie représentative qu'ils estiment dévoyée car aux ordres des milieux financiers. Que le représentant de la zone euro ne s'étonne donc pas si, demain en Grèce, en Espagne ou ailleurs, les "indignés" entonnent comme Gavroche, le refrain, "Si, j'suis tombé par terre, c'est la faute à Junker; le nez dans le ruisseau, c'est faute à Barosso".




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