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Le testament biologique bientôt enterré

mardi, 24 mai, 2011 - 10:05

En 2009, les médecins débranchent le système qui maintenait en vie Eluana Englaro, dans le coma depuis 17 ans. Scandale en Italie et au Vatican. Aujourd'hui, un texte de loi, approuvé par le Sénat, propose de rendre caduque le principe du "testament biolgique" et de passer outre les dernières volonté d'un mourant.

La jeune Eluana Englaro est victime, le 19 janvier 1992, d'un accident de voiture qui la plonge dans un état végétatif irréversible. À partir de 1999, son père témoigne qu’elle

aurait exprimé le désir de mourir, si elle devait tomber dans le coma.

Il se fonde sur la personnalité de sa fille et les idées qu'elles avait pu exprimer sur la vie et la dignité humaine. Car Eluana n'avait pas laissé de "testament biologique", comme il est possible de le faire dans certaines villes depuis que l'Italie a ratifier en 2001 la Convention internationale d'Oviedo. Dans ce document, le patient indique par avance quelles sont ses volontés – en matière de don d'organe ou d'acharnement thérapeutique – au cas ou il ne pourrait plus les exprimer.

Euthanasie passive

Le père d'Eluana entreprend donc une procédure judiciaire afin que le système d'alimentation et d'hydratation artificielle de sa fille soit débranché et entame. Cette autorisation lui est refusée en première instance puis, par deux fois, en appel (en 1999 et 2003).

Le 9 juillet 2008, le première section de la Cour d’Appel de Milan se prononce sur l’affaire Englaro et autorise "de terminer le traitement de soutien à la vie (…) mis en place à travers la nutrition et l’hydratation du tube nasogastrique". Autrement-dit, l'euthanasie passive.

Eluana Englaro est transférée le mardi 3 février 2009 à la clinique "la Quiete" (La tranquillité) d’Udine où des médecins suspendent "son alimentation après avoir procédé pendant trois jours aux vérifications nécessaires", comme l'explique son neurologue Carlo Alberto Defanti.

Vide juridique

La polémique, en Italie, est d’une extrême violence. Quelques jours avant la mort d'Eluana, face à l'absence de textes règlementant la fin de vie, le gouvernement de Silvio Berlusconi adopte en urgence un décret-loi qui prévoit que

dans l’attente de l’approbation d’une législation complète en matière de fin de vie, l’alimentation et l’hydratation, en ce qu’elles sont des formes de soutien à la vie ou ayant pour objectif physiologique de soulager la souffrance, ne peuvent en aucun cas être suspendues par ceux qui assistent les personnes qui ne sont pas en mesure de décider pour elles-mêmes.

Le président de la République Giorgio Napolitano refuse de signer le décret qu'il juge anticonstitutionnel et Eluana meurt le 9 février 2009 en raison de l’arrêt de l’alimentation.

Le Vatican contre l’euthanasie

Bien que l’article 7 de la Constitution italienne énonce que le pays se fonde sur le principe de la laïcité, l’intervention musclée du Vatican dans cette affaire fut particulièrement véhémente.

Le pape Benoit XVI a répéte à l'envie que le "caractère sacré de la vie doit être sauvegardé de la conception à la fin naturelle". Un an après le décès d'Eluana, Monseigneur Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, considére toujours que cette affaire "a déchiré notre tissu social, surtout parce que la population n'a pas été informée de manière correcte". Il dénonce également

une page très triste de notre histoire: une jeune femme gravement malade mais vivante, a été privée d'alimentation, déshydratée, exposée, contrairement à ce que l'on dit, à de grandes souffrances et conduite à la mort.

Les dernières volontés bafouées

En réaction à l'affaire Englaro, le député Renato Calabro présente un projet de loi (DDL Calabro) qui prévoit l’obligation de l’alimentation et de l’hydratation artificielle du malade ainsi que la possibilité pour le médecin de ne pas prendre en compte les dernières volontés du patient. Une manière d'enterrer le testament biologique.

Le vote final, prévu fin avril 2011 a été renvoyé à maintes reprises en raison de la passion qui, à chaque fois, entoure et suit les débats.

En février dernier, le sénateur Gaetano Quagliarello lançait en peine séance: "Eluana n’est pas morte. Elle a été tuée" ; d'autres sénateurs de droite hurlaient "Assassins, assassins" aux opposants au décret.

Plus magnanime, mais tout aussi intransigeant sur le fond, le Cardinal Javier Lozano Barragan, responsable des dossiers de Santé du Vatican espère "que Dieu pardonne à ceux qui l'ont entraînée (Eluana) à cette extrémité’.

"Lorsque la vie n’est plus vie"

Umberto Veronesi, médecin et ancien ministre de la Santé, fait part de son malaise face à l’intervention du Vatican

J’ai l’impression que le dialogue avec les évêques est devenu un monologue. Il faut l’arrêter. Il me semble que l’Eglise veut conditionner les choix de tout un pays, qui, si je dois le juger par rapport aux comportements de ses habitants sont peu croyants ou pas du tout,

expliquait ce spécialiste du cancer du sein, à l’occasion de la sortie de son livre l diritto di morire. La libertà del laico di fronte alla sofferenza [Le droit de mourir. La liberté du laïc devant la souffrance].

En se demandant si les rédacteurs du décret étaient jamais rentrés dans les départements de thérapie intensive il ajoutait :

La nature n’a pas prévu l’immortalité de l’homme, au contraire, la mort est un de ses principes. On ne peut pas rester en vie lorsque la vie n’est plus vie.




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