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Les Britanniques pratiquent l’euthanasie… en Suisse

mardi, 24 mai, 2011 - 12:54

L’euthanasie et le suicide assistés restent deux pratiques illégales et punissables de 14 ans de prison. Des procès viennent régulièrement ébranler les certitudes des deux camps.

Les Britanniques figurent parmi les principaux utilisateurs étrangers de la clinique suisse Dignitas, spécialisée dans l’assistance à la mort. Au moins cent personnes s'y sont rendu jusqu'en 2008. Ce droit a été confirmée le 15 mai par une votation populaire dans le canton de Zurich. En Grande-Bretagne, par contre, cette pratique, assimilée à un suicide assisté, est interdite.

Debbie Purdy, atteinte d’une sclérose en plaque, a été l’une des premières à porter, dès 2008, la question sur le devant de la scène: elle voulait s’assurer que son mari ne serait pas poursuivi s’il était présent avec elle en Suisse lors de sa future euthanasie. La Haute Cour n'a pu que lui rappeler la loi et punit l'aide au suicide de quatorze ans de prison.

Abréger les souffrances

L'une de ses compatriotes, Frances Inglis, 58 ans, a même été condamnée l’an passé à la prison à vie, assorti d’une peine de sûreté de neuf ans, pour avoir tué son fils en novembre 2008. Tombé d’une ambulance, il avait depuis des problèmes cérébraux et demeurait inerte dans un hôpital.

Même si les médecins lui assuraient qu’il finirait par aller mieux, elle était convaincue qu’il était "torturé" par une douleur constante et "souhaitait que son fils soit mort, et en paix", selon son second fils. Elle lui injecta une première fois une dose mortelle de morphine, sans succès.

Poursuivie pour tentative de meurtre, elle fut relâchée sous caution et interdite de s’approcher de son fils. Elle réussit pourtant à revenir dans sa chambre en se faisant passer pour sa tante et parvint cette fois-ci à mettre fin à ses jours.

Après avoir été incarcéré, elle expliquait pourtant depuis sa prison:

[je ne suis pas]ne pas être une meurtrière et [je] ne pas regrette ce que j’ai fait, du tout. Je m’attendais à être condamnée et à aller en prison, je savais ce que je faisais quand j’ai mis fin à la souffrance de Tom, et être en prison ce n’est rien comparé à ce qu’il vivait.

Des trinunaux de science-fiction

Face à ce genre d’événement, l’écrivain britannique de sciences fictions Terry Pratchett avait demandé l’année dernière la mise en place "d’une sorte de tribunal strictement non agressif" afin d’autoriser ou non l’euthanasie d’une personne atteinte d’un mal incurable.

Le Tribunal établirait les faits bien avant que la mort assistée ait lieu. (…) Je suggère qu’il y ait un avocat, possédant une expertise dans les affaires familiales (…) Il faudrait aussi un praticien médical expérimenté dans la gestion de la complexité des maladies longues. 

L’auteur, lui-même atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer, se proposait d’être le premier à "tester" son idée.

Ouvrir la boite de Pandore

Les opposants à la libéralisation de l’euthanasie craignaient les dérives d’une telle entreprise. Lors de son intervention, Terry Pratchett avait d’ailleurs rappelé que son idée "pourrait mettre certaines personnes, dont moi, un peu mal à l’aise car elle suggère que le gouvernement a le pouvoir de vous dire si vous pouvez vivre ou mourir".

Jane Campbell, membre de la chambre des Lords, handicapée et elle-même atteinte d’une longue maladie grave, y était totalement opposée car "une fois que l’on ouvre la porte à ce genre de décision, on commence à dire 'oui, dans certaines circonstances il est juste de tuer une personne handicapée ou en phase terminale de maladie'".

Selon deux sondages parus à l’époque, entre 73% et 75% des Britanniques se disent pourtant favorables à l’euthanasie.




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