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Après les indignés espagnols, les exaspérés grecs

jeudi, 26 mai, 2011 - 14:00

Portés par le Movimiento 15-M, les Grecs se mobilisent. Hier soir, ils sont venus gonfler les rangs des manifestations citoyennes européennes lancées par l'Espagne. La Grèce a été la première à demander l'aide de l'Union Européenne pour éviter la faillite et les citoyens en payent aujourd'hui durement les frais. 

Mercredi 25 mai, 18h, Athènes. Des milliers de jeunes et moins jeunes se sont donné rendez-vous sur la grande place de la Constitution qui fait face au Parlement. Par Twiter, Facebook, mails, téléphone ou bouche-à-oreille, le message est passé: "Retrouvons nous à l’agora pour montrer notre exaspération en tant que peuple". Et le montrer au monde entier, dans toutes les langues.

Rassemblement devant le Parlement Grec à Athènes (25.05.2011)
 

Comme en Espagne

En espagnol, d’abord pour rendre hommage aux protagonistes ibères du mouvement 15-M de la Puerta del Sol, avec cette grande banderole déployée devant: "Democratia real ya. Grecia tambien" (Démocratie réelle maintenant. En Grèce aussi). Les slogans sont écrits en anglais évidemment, mais on voit aussi des pancartes écrites dans la langue des nombreux immigrés vivant en Grèce. Aux alentours de 20 heures, le syndicat de la compagnie d’électricité (en passe d’être privatisée en procédure immédiate) arrive sur la place. A l'aide de grues, les syndicalistes ont hissé une gigantesque banderole "On ne vend pas et on ne se vend pas !".

C’est ainsi que sur toutes les agoras du pays, des jeunes, des adultes mais aussi des personnes âgées, des familles avec les  enfants et des poussettes se sont rassemblés pacifiquement.  Les "révoltés de la Tour blanche" ont fait un sit-in, assis sur l’asphalte de la route côtière de Thessalonique. A Patras, 7 000 personnes ont envahi  la place Saint Georges. En Crête à Héraklion, à La Canée, à Réthymnon, ce sont les places des marchés municipaux qui ont été investies et à Vólos et Rhodes, les plages.

Entre 20 000 et 50 000 personnes

Beaucoup sont restés jusqu’à l’aube. Et rendez-vous est encore donné aujourd’hui à 18h. Ce sera comme cela tous les soirs désormais. Les manifestants crient leur colère de la politique menée successivement par les deux partis de gouvernement (les conservateurs de Nouvelle Démocratie, et les socialistes du PASOK), dénoncent la corruption généralisée, et expriment leur exaspération de la montée exponentielle du chômage et des plans de rigueur en cascade.

    

C'est l'indignation de tout un peuple confronté à un avenir sans perspective et dont le pays est mis sous tutelle.

La Grèce ne vous appartient pas, elle nous a été donnée par nos parents et nous devons la transmettre à nos enfants. FMI, viens prendre ton mémorandum et ouste, fous le camp hors d'ici ! Voleurs, salopards, escrocs".

Aucun espoir de la classe politique

Du Parlement ou des ministères situés sur la place, aucune réponse. Et pour cause, le Premier ministre Papandréou et son Ministre des Finances Papaconstantinou, sont à Paris pour une réunion avec la secrétaire d'Etat américaine Hilary Clinton, à un sommet de l’OCDE. Thème surréaliste de cette grande messe : "Comment bâtir une vie meilleure ?"

Pourtant, les autorités grecques dans leur ensemble devraient s’inquiéter. Ce n’est pas tant l’importance de la manifestation qui est à craindre pour elles, mais la rapidité de mobilisation. Et surtout la participation spontanée importante à ce rassemblement, sans injonctions d’aucun parti politique, ni confédération syndicale. Le tout pacifiquement, avec des drapeaux grecs, des chants et des danses.

Révolution culturelle sans télé

D’habitude, les défilés, très organisés, et très encadrés sont annoncés longtemps à l'avance et rassemblent quasiment toujours les mêmes personnes. Ils donnent lieu souvent à des violences, devenues quasi rituelles, entre des groupes autonomes ou anarchistes qui contestent l'ordre établi et la police.  En Grèce, où les manifestations contre l'austérité sont quasi quotidiennes depuis plusieurs mois, il s'agit de la première protestation de ce type. C’est un fait sans précédent, une révolution culturelle à elle toute seule, dans un pays où toute la vie sociale est régie par le clientélisme politique.

Les Grecs, les jeunes surtout, exaspérés aussi de leur propre inertie après des mois et des mois de soumission au diktat gouvernemental, aux ordres de la Troïka internationale (FMI, UE, BCE et FMI) proclament aujourd’hui haut et fort:

Nous nous sommes réveillés. Nous avons éteint les télévisions, nous nous sommes levés de nos canapés. C’est l’heure. L’heure qu’ils s’en aillent tous".  

Une alternative à l'Europe de Bruxelles

"Ils vont partir dans la nuit", entendait-on dans la foule (en référence à la fuite in extrémis d'un diplomate américain sauvé par un hélicoptère sur le toit de son ambassade, lors de la chute de Saigon en 1975). Ces rassemblements devraient alerter d’urgence le gouvernement, mais aussi les partis de l’opposition et les centrales syndicales.

Dans ce nouveau climat, personne ne parie plus sur un hypothétique référendum ou sur des élections anticipées. Et beaucoup commencent à sérieusement douter de cette "Europe de Bruxelles", censée être le moteur d’une vie meilleure.




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