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Merkel au piquet de l’Europe et du Monde

samedi, 28 mai, 2011 - 10:05

Crise de l’Euro, guerre en Libye, sortie du nucléaire… Les positions d’Angela Merkel sur ces dossiers ont isolé Berlin et rendu sa politique étrangère inaudible et effacé l'Allemagne de la scène internationale et européenne, affirme l'ensemble de la presse allemande au lendemain du G8 de Deauville.

Il y a des symboles qui ne trompent pas. Pendant que les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 discutaient des suites de la guerre en Libye, Angela Merkel était aux abonnés absents, ne participant même pas aux réunions. Toute la presse allemande relève cette étrange situation dans laquelle s’est mise la Chancelière en refusant de voter la motion déposée à l’ONU en janvier dernier et en ne prenant pas part aux attaques aériennes contre les troupes du colonel Kadhafi…

"Au coin" titre le site du magazine die Zeit, comparant le sort réservé à la chancelière à celui affligé à un mauvais élève.

Les dossiers qui fâchent

Les journaux ont d’autant plus la dent dure contre Angela Merkel que le dossier libyen n’est, selon eux, qu’une des illustrations les plus visibles de la perte d’influence de Berlin sur la scène internationale. Pour die Zeit, deux autres motifs expliquent cette mise à l’écart : le premier est la position de Berlin sur la crise de l’Euro. L’hebdomadaire rappelle que quand l’Allemagne mettait en avant la "stabilité", les autres pays réclamaient de la "solidarité" et pointe le résultat catastrophique de cette intransigeance:

Une personne qui serait restée sur une île déserte pendant un an, sans téléphone, sans télévision et sans Internet, aurait pu voir à son retour combien le monde avait changé : un fonds pour aider les pays les plus endettés a été mis en place. Tout ce qu’a combattu l’Allemagne a pris corps".

Le quotidien Süddeutsche Zeitung ajoute:

L’Allemagne a été davantage perçue comme un pyromane que comme un pompier"

L’autre motif, repris également par le Spiegel, porte sur la sortie du nucléaire décidée par la chancelière allemande. Le site de l’hebdomadaire critique son "cavalier seul".

"Le tournant radical de sa politique a été incompris par beaucoup", met-il en évidence. Cette position est particulièrement mal reçue par Paris, car plus Berlin donne des gages aux antinucléaires allemands, plus les opposants à la politique énergétique du gouvernement français ont du grain à moudre dans l’Hexagone.

"Evasive, inaudible et imprévisible"

Résultats de cette marche à contre courant, l’Allemagne est de plus en plus isolée, tant au sein du G8, qu’en Europe, souligne la presse en chœur, qui à l’image de Süddeutsche Zeitung critique sa politique extérieure "fade et sans ambitions". "La chancelière est fatiguée", résume-t-il. Les propos adressés à Angela Merkel par le président du groupe SPD au Bundestag, critiquant "la politique étrangère léthargique de l’Allemagne" trouvent également un certain écho auprès du European Council on Foreign relations, think tank européen pour lequel la position allemande est "évasive, inaudible et imprévisible".

"Que s’est-il passé ?", s’interroge le quotidien qui rappelle qu’en 2007, alors qu’elle accueillait le G8 à Heiligendamm, Angela Merkel était alors louée de toute part, présentée comme une des femmes les plus influentes du monde.

Pour le Spiegel,

Une grande partie des difficultés d’Angela Merkel sur la scène internationale s’explique par des considérations de politique interne. La sortie du nucléaire répond à la pression des Verts, son attitude lors de la crise de l’Euro au scepticisme croissant des Allemands envers l’Europe.
Envoyer des soldats faire la guerre en Libye aurait également pu déplaire aux électeurs".

Des critiques reprises également par le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung:

Depuis des mois, le gouvernement est miné par des querelles internes entre les partis de la coalition".

Si le quotidien met cette situation sur le compte du ministre des Affaires étrangères, il n’est pas tendre non plus avec la Chancelière. Elle agirait par opportunisme, les considérations de politiques intérieures jouant un rôle moteur.

Ce que tous les chefs d’Etat et de gouvernement rassemblés à Deauville savaient, c’est que la politique étrangère ne doit pas être dictée par des considérations de politiques nationales. Cette impression a été donnée l’Allemagne dans les derniers mois. Il est plus que temps de la corriger".

Effacement à un moment décisif

L’Allemagne commence ainsi à payer cher le prix de son effacement. Après avoir laissé filé le poste de gouverneur de la BCE suite à la défection d’Axel Weber, elle n’a même pas présenté de candidat pour succéder à Dominique Strass Kahn à la tête du FMI.

Nuisible pour son image, cet effacement de l’Allemagne de la scène internationale n’est pas non plus sans conséquences sur la capacité des Etats à faire face aux conséquences du Tsunami et de la catastrophe de Fukushima qui risquent de coûter quelques points de croissance : 

Beaucoup attendent de l’Allemagne qu’elle compense les faiblesses des autres. Le Japon est en difficulté, les Américains sont surendettés, la Grande-Bretagne a engagé des mesures d’austérité et l’Italie et la France sortent difficilement de la crise. Rarement, l’Allemagne n’a été aussi importante et à la fois aussi isolée qu’aujourd’hui"

conclut Die Zeit.
 




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