Connexion

Syndicate content

Berlusconi, c’est vraiment Fini?

mardi, 31 mai, 2011 - 11:44

"Ras de marée", "Tsunami": la gauche a remporté dans les villes clés de Milan et Naples des victoires historiques. Les urnes ont-elles entériné la fin du 'Berlusconisme' comme le déclarait hier soir l'ex-allié de droite Gianfranco Fini?

Une fête comme ça en place du Dôme, on en voit qu'à l'occasion d'une victoire footbalistique, certainement pas pour l'élection d'un nouveau maire. La victoire de Giuliano Pisapia, candidat du Parti démocratique, ex-communiste, dans la ville des entrepreneurs, du libéralisme et surtout, fief de Silvio Berlusconi représente une petite révolution électorale. Surtout que le président du Conseil avait fait de ce scrutin un "test national".

Comme nous l'écrivions entre les deux tours du scrutin, le Cavaliere et son allié Umberto Bossi, n'avaient pourtant pas fait dans la dentelle pour tenter de dissuader le candidat de l'opposition.

"Bonjour Milan"

Le président du Conseil était intervenu maintes fois sur les principales chaines de télévision en misant sur la peur de l'autre, des étrangers arabes de préférence.

Mais à trop servir, la ficelle pourtant bien grosse, s'est usée.

La fête a duré toute la nuit dans le centre de la ville de Milan et ce matin prêts à rouvrir une nouvelle page de leur histoires les Milanais pouvaient lire les affiches de Pisapia qui souhaitait un "Bonjour Milan", preuve d'un changement d'air dans la ville.

Victoire nationale

A Naples, ville qu'il espérait ravir à la gauche, le magistrat anticorruption Luigi de Magistris – qui se présentait comme indépendant – écrase littéralement le candidat de droite, l'entrepreneur Gianni Lettieri. Les milliers de tonnes d’ordures qui jonchent la ville depuis de semaines ont pesé lourd dans la campagne. Gianni Lettieri proposait la construction d’un incinérateur. De Magistris, mettait en avant la nécessité d'une collecte différenciée et une gestion responsable des ordures.

L'opposition n'a pas fait seulement une percée dans les deux villes symboles que sont Milan et Naples – remportée avec plus de 65 % des suffrages par l'ancien magistrat Luigi de Magistris. Les mairies de Trieste, Novara et Cagliari sont également passées à gauche.

Et, là où le Popolo della Libertà (PDL, le parti de Silvio Berlusconi) a gagné, comme à Varese, il s'agit de timides victoires.

Changement d'air

Les lecteurs du Corriere della Sera ajoutent des commentaires lyriques aux articles qui rapportent l'enthousiasme et le romantisme des foules:

c'est une journée de soleil, une lumière particulière, je veux rêver à un pays qui peut finalement vivre quelque chose de meilleur,

écrit Arcobaleno alors qu'Adolfloss analyse la recette du succès pour avoir un centre-droit "KO":

Si les progressistes veulent vraiment gagner il faut simplement faire le contraire de ce que dit Veltroni et d'Alema [les deux leaders historiques du parti démocratique] cela fait 20 ans qu'ils imposent leurs petites batailles aux pays et perdent !

Pisapia, à Milan comme De Magistris, à Naples étaient tous deux des outsiders de gauche.

"Silvio, il va falloir réfléchir"

Pour le quotidien Il Fatto quotidiano "le Popolo della libertà a été réduit en miettes et la réunion à la présidence prévue pour aujourd'hui s'annonce peu tranquille". Berlusconi, pourrait, de fait, perdre ses alliés dans les prochains jours.

Ils ont, dès hier soir, commencé à régler leurs comptes. Roberto Maroni, Ministre de l'intérieur et l'un des principaux représentants de la Ligue du Nord l'a reconnu: "il s'agit d'une belle gifle, Silvio, il va falloir réfléchir".

Le leader de la Ligue Umberto Bossi s'efforce de se dédouaner de la défaite et entend faire porter la responsabilité exclusivement sur le président du conseil: "de son coté, la Ligue du Nord a fait tout ce qu'elle devait faire".

Le centre-droit avec son leader Gian Franco Fini a déjà enterré Berlusconi. "C'est la fin du Berlusconisme", déclarait-il hier soir.

 "Victoire bulgare" à Naples

De Magistris, élu avec 65 % des voix, parle d'une victoire "bulgare". Un vrai plébiscite, donc, pour l'ex-procureur général qui a fait de la légalité son principal cheval de bataille.

Indépendant, il se présentait en vrai outsider. Le parti démocratique avait d'ailleurs conservé son candidat face à lui au premier tour. De Magistris a démissionné de ses fonctions de magistrat il y a seulement trois ans, après les pressions et les polémiques autour de son enquête "Why not".

A 43 ans il est aussi le plus jeune maire que Naples ait connu.

il s'agit d'un vote qui affirme que l'Italie veut aller au delà de Berlusconi. Je ne représente pas l'antipolitique et je serai le maire de tous (…) Les citoyens napolitains ont écrit une page historique: on a gagné sans appareils politiques, sans argent et surtout, sans l'appui des médias.

Pisapia est avocat, De Magistris ex procureur général, peut-t-on parler de hasard quand les "toges rouges" gagnent les élections?

Pendant ce temps, c'est Berlusconi qui devra retrouver le chemin du Palais de Justice, puisque reprennent aujourd'hui les audiences du procès Ruby où le président du Conseil est mis en examen pour prostitution de mineures et abus de pouvoir. Le chef du gouvernement italien ne sera pas présent: il a choisi de se rendre à Bucarest pour cause de sommet italo-roumain qui tombe à pic.




Pays