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Portrait d'Indigné: Michalis, ingénieur pour 800 euros

31.05.2011 | 16:00

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Michalis est un jeune travailleur grec, père d'un enfant. Avec un diplome d'ingénieur et 800 euros par mois, il est bien conscient d'être un "privilégié" de la société grecque. Loin de la misère, mais tout près de la désespérance. Avec son fils Dimitri, il manifeste son ras-le-bol au côté des Indignés.

Athènes, Place de la Constitution, par une belle fin d’après-midi. Dans la foule qui s’ébroue à l’infini, une silhouette plus haute que les autres. Dimitri, tout juste deux ans, perché sur les épaules de son père venu manifester son désarroi devant le Parlement. 

Ingénieur pour moins de 1000 euros

Michalis est ingénieur civil, sorti de la prestigieuse école scientifique de la capitale. Il parle anglais et un peu le français depuis qu’il a rencontré Despina, biologiste de formation qui a fait ses études à Jussieu (Paris). Sa première expérience de boulot, Michalis l’a eue dans une usine de Thèbes qui fabrique des vis et des écrous.

Ingénieur, c’était le rêve de son père, qui partait dix mois sur douze en mer sur les grands tankers, pour ramener un bon salaire à la maison. A l’usine, Michalis cotisait à la caisse des ingénieurs, mais la réalité était moins belle: un salaire de 900 euros, 10 à 12 heures de travail, souvent le samedi, parfois le dimanche.

Sans compter les allers-retours journaliers à plus de 100 kilomètres d’Athènes dans la ville de l’Attique où était située l’usine. Sans aucun frais remboursés bien sûr. Michalis a tenu trois ans, c’était son premier poste. Mais il s’épuisait, n’avait plus le temps de rien. Et aucune perspective d’amélioration. Despina s’est insurgée. A quoi bon cette vie ?

Le beau-père ajoute un étage à sa maison

Despina enceinte, ils ont pris la décision de se marier. Ce fut une belle fête, avec tout le tralala, la famille et une ribambelle copains. Le beau-père, fonctionnaire, a perdu 30 % de ses revenus à la suite du plan de rigueur [imposé à la Grèce depuis mai 2010, en échange du soutien financier apporté par l'UE et le FMI].

Il a du puiser dans ses économies. Et a rajouté un étage à la maison familiale. Michalis et Despina s’y sont installés et ont couvé l’oisillon, baptisé Dimitri. Comment ils ont vécu cette année-là ? Grâce à l’argent récolté lors de la cérémonie (au lieu de la traditionnelle liste de mariage), à l’aide des deux familles, à l’absence de loyer et avec un budget serré.

Mais tout a fini par s’épuiser. Pour les aider le père de Michalis a voulu repartir en mer. Mais désormais, avec la dérèglementation, ce sont des Sri-lankais ou des Philippins que les armateurs recrutent à des salaires dérisoires. Alors, au village, il cultive les légumes, fait son huile et en donne, "pour les enfants", à sa femme qui vient garder Dimitri 3 fois par semaine. Faute de crèche, les autres jours, c’est le tour de la grand-mère maternelle.

Reconversion nécessaire

Michalis a trouvé un emploi de manutentionnaire, 800 euros par mois. Ou plutôt, on lui a trouvé un travail. Son beau-père a fait la tournée de ses potes (de fac, de service militaire, …) et l’un d’eux, entrepreneur spécialisé dans les services d’alarme (secteur désormais florissant en Grèce), a bien voulu prendre son gendre, en souvenir des jours glorieux du combat commun contre la dictature.

Michalis est content car il peut rentrer chaque soir à une heure décente s’occuper de son petit. Despina, elle, revient tard de son boulot de laborantine, payé au lance-pierre. Heureusement, ils peuvent passer leurs week-ends ensemble.  

"Privilégié"

Par rapport à tous ses condisciples qui n’ont rien ou qui sont partis à l’étranger, il est considéré comme privilégié: il a un toit, il a pu se marier et fonder une famille, il travaille. On est loin de la misère, mais tout près de la désespérance.

Il y a bien eu l’opportunité de partir au Qatar, une piste proposée par son beau-frère. Mais revivre ce qu’il a vécu toute son enfance, 10 mois par an loin de son fils, sûremement pas. 

Le mardi soir, son grand plaisir est de regarder l’émission hebdomadaire du chansonnier Lakis Lazopoulos. Dans un show où s’enchainent jeux vidéo, bêtisiers de la télé et chansons - tous les défauts de la société grecque y sont moqués. Michalis exulte, il rit à gorge déployée et Dimitri fait de même. Ces moments valent tout l’or du monde…

Pas le Grand soir, mais un espoir

Alors, aujourd’hui son travail terminé, il a décidé de venir manifester. Despina n’a pas voulu. Trop fatiguée… Michalis a embarqué Dimitri et ils sont là tous les deux, un petit drapeau grec à la main. Soudés l’un à l’autre sur la place, ils regardent le Parlement, où grouillent tant d'hommes politiques depuis des décennies. Un Caramanlis ou un Papandréou étaient déjà Premier ministre à la naissance du grand-père de Dimitri. 

Ce ne sera sûrement pas le grand soir auquel se raccroche encore son beau-père. Mais peut-être qu'avec ces milliers d’autres comme lui, lassés d’une vie, un espoir hors des clous se lève. Michalis ne croit pas à grand chose.

Il fait sien le slogan déployé devant lui : "Nous ne sommes pas anti-système. C’est le système qui est anti-nous". Il fallait qu’il soit là ce soir. Pour croire à un futur possible pour Dimitri. Il respire encore une fois, dans la foule colorée. "Allez petit, on rentre, c’est l’heure du bain. Mais promis, demain, on revient".





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