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Portugal: sévère défaite du Premier ministre socialiste

samedi, 4 juin, 2011 - 21:29

Assommés par les mesures d'austérité à répétition, les Portugais ont fait payer au prix fort le gouvernement PS sortant qui obtient 28,5% des suffrages (sur 80% des circonscriptions dont le résultat était connu dimanche dans la soirée). Le PSD de centre droit a recueilli 40,6% des voix. Son leader, Pedro Passos Coelho, devrait succéder au Premier ministre José Socrates.

Le parti minoritaire de droite CDS-PP, confirme sa place de troisième force politique du pays avec 10,9% des voix. La gauche antilibérale est en repli, avec 7,2% pour la coalition communistes-verts CDU et 4,5% pour le Bloc de gauche (extrême-gauche). Le taux d'abstention atteint un record, avec plus de 42%.

Entre le PS sortant ou le PSD de centre-droit et entre indignation et résignation alors que l’aide internationale de 78 milliards d’euros va dicter les règles pendant les quatre prochaines années, ces élections se sont déroulées dans un climat particulièrement morose.

Pourquoi j’irai voter ? Tout le monde sait bien que rien n’aura changé lundi. L’austérité, l’austérité…on nous en rabat les oreilles. C’est déjà difficile, et cela ne va pas s’arranger!"

Fernanda rencontrée sur la place de Graça dans un quartier historique de Lisbonne, avait du mal à maitriser sa colère. Son mari, fonctionnaire, a déjà fait les frais des politiques d’austérité qui se succèdent depuis près de deux ans.

Une coupe brutale de 200 euros par mois, parce qu’il gagne plus de 1500 euros mensuels. Moi je ne travaille pas, à cause des enfants, alors ça fait une sacrée différence".

Comme Fernanda, une grande partie de la population, qui commence seulement à vraiment prendre conscience de l'importance des nouveaux sacrifices qui seront demandés pour faire face à l'endettement du pays, n'était pas motivée pour aller voter.

Les politiques de droite comme de gauche sont à la merci de ceux qui vont accorder les crédits internationaux qui seront distribuée par tranches au Portugal. Le sentiment assez général est que les jeux sont faits. Je m’étonne que dans ce contexte mes concitoyens ne soient pas indignés par le fait que ce sont des technocrates venus de l’extérieur, sans aucune légitimité démocratique, qui vont prendre les rênes du pays pour trois ou quatre ans"

commentait avant le scrutin Luis Carvalho professeur d’économie politique à l’ISCTE, l’Institut des sciences du travail à l’Université de Lisbonne.

Socrates, "anticorps à l'indignation"

Pour ce spécialiste, il existe un phénomène d’intériorisation de la faute : les Portugais agissent comme s’ils étaient individuellement responsables de la situation.

Le premier ministre sortant, José Socrates, sert pour le moment de victime expiatoire. C'est un anticorps à l'indignation générale. Il est jugé responsable de la crise par un grand nombre de Portugais. En même temps son challenger, Pedro Passos Coelho, qui dirige le Parti Social Démocrate ne déclenche pas un enthousiasme délirant"

analysait également Luis Carvalho.

C’est pourtant ce dernier qui a pris l’avantage.

Malgré sa nette avance dimanche, ce parti n’a pas la majorité absolue. Il devra donc s’allier au CDS-PP, le parti des démocrates chrétiens qui confirme avec près de 11% sa position de 3ème force politique du pays. Il doit son relatif succès à un report d'une partie du vote de protestation en sa faveur et à la performance de son leader Paulo Portas, très à l’aise lors de la campagne et qui a tenu un discours plutôt social, évoquant les faibles, les agriculteurs, les retraités, son électorat privilégié.

Portas a déjà été ministre de la défense sous le gouvernement de Durão Barroso, en 2002. Cet ancien journaliste maitrise parfaitement sa communication : les mamies et les poissonnières sur les marchés en raffolent. Ancien opposant à l’Europe devenu plutôt pro-européen, son parti a signé, aux côtés du PS et du PSD, le mémorandum d’entente sur l'aide internationale.

Abstention et vote contestataire

Il y a un divorce entre les électeurs et les partis politiques. L’abstention est l’un des indicateurs de cette érosion de la confiance. Les deux grands partis sont assez proches l’un de l’autre, cela peut pousser finalement certains abstentionnistes à voter. Mais cela ne change rien au problème de fond: il y a une vraie crise de représentation. Le phénomène est assez général en Europe"

expliquait André Freire, politologue, lui aussi à l'ISCTE à la veille du scrutin.

Il soulignait que les partis ne se sont pas vraiment engagés dans des débats sur l’aide internationale et sur les moyens de minimiser l’impact des mesures d’austérité exigées contre les 78 milliards d’euros qui seront prêtés au pays. Or c'était le seul réel enjeu du scrutin.

(Article actualisé avec les derniers résultats dimanche 5 juin à 23h50)




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