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Cameron défend les « valeurs traditionnelles » contre l’islam radical

mercredi, 8 juin, 2011 - 11:57

Le gouvernement britannique a durci son discours sur les questions de sécurité, sans hésiter à jouer sur le registre de la peur. Les parallèles entre extrémisme religieux, Islam et immigration illégale, engendre un certain malaise dans les rangs même du parti conservateur. 

La ministre de l’Intérieur britannique, Theresa May, durcit son discours et sa politique nationale vis-à-vis des immigrés et de l’extrémisme religieux.

Stopper l'immigration illégale pour les JO

Lundi, la ministre a eu une journée très chargée. Le matin, visite à Calais avec son homologue français Claude Guéant. L'entente cordiale était de mise. Les deux ministres se sont félicité qu'à la suite des opérations menées conjointement entre les deux pays, le nombre d’illégaux tentant d’entrer au Royaume-Uni depuis le port français aurait baissé de 70%.

Nous avons une cause commune pour nous assurer que nous stopperons l’immigration illégale et que l’accès aux Jeux Olympiques est sûr".

Le gouvernement britannique joue depuis plusieurs mois sur la crainte d’une vague migratoire en provenance des pays touchés par la révolution arabe, et notamment sur la délivrance à plusieurs "centaines de milliers de Tunisiens" d’un permis de voyage temporaire des autorités italiennes.

La ministre a ensuite critiqué le laisser-faire des universités face à la montée des extrémismes religieux, faisant référence à l'attentat raté du vol Amsterdam-Detroit par un jeune Nigerian, ancien étudiant de la prestigieuse University College of London (UCL), en décembre 2009.

Je ne crois pas qu’elles [les universités] aient suffisamment voulu reconnaître ce qui pouvait arriver sur leur campus et la radicalisation qui peut y avoir lieu".

Anti-terrorisme renforcé

Nouvelle offensive le lendemain, mardi, lors de la publication par le Parlement d’une mise à jour de la Stratégie Prevent, lancée après les attentats de Londres du 7 juillet 2005 pour arrêter la progression de l’extrémisme et du terroriste dans le pays.

Première mesure : les organisations extrémistes qui prônent un discours anti-gouvernemental/anti-occidental pouvaient jusqu'alors recevoir des subventions gouvernementales – tant qu'elles n'appelaient pas à l'action terroriste. Elles ne toucheront désormais plus rien aussi longtemps qu’elles "tiendront des vues extrêmes ou soutiendront des activités liées de quelque manière que ce soit au terrorisme" et qu'elles ne "reflèteront pas les valeurs britanniques traditionnelles".

Une vingtaine d'organisations qui prônent l'instauration de la charia (la loi islamique) pourraient perdre le soutien de l'État.

Cette idée découle directement du discours du mois d’avril de David Cameron sur l’échec du multiculturalisme : il avait parlé de "gens qui peuvent rejeter la violence mais acceptent certains points de vue extrémistes, notamment ceux qui ont une réelle hostilité envers les démocraties occidentales et les valeurs libérales", avant de demander :

Donneriez-vous à un parti d’extrême droite des fonds publics s’ils promettent d’aider des jeunes hommes blancs à s’éloigner du terrorisme fasciste ? Evidemment non !"

Deuxième mesure : une importante partie des 63 millions de livres sterling (72 millions d’euros) utilisés chaque année pour aider les actions anti-terroristes à l’étranger servira à combattre la radicalisation dans les prisons britanniques et à suivre les prisonniers libérés mais suspectés d’extrémisme. Un nouvel axe stratégique visant à toucher, comme dans les universités, les prosélytes là où ils sont supposés être particulièrement efficaces.

Une stigmatisation des musulmans

Si le gouvernement ne cite jamais explicitement les musulmans, prenant au contraire comme exemple "l’extrême droite blanche" pour ne pas être taxé de racisme, ces décisions interpellent certains d'entre eux, comme Azad Ali, le président du Forum sécuritaire musulman, conseiller du précédent gouvernement sur l’extrémisme.

Tout le monde est heureux d’aider à attraper les criminels qui veulent perpétuer des crimes, même la communauté musulmane. Mais il s'agit bien là de plus en plus d'une surveillance de la pensée et des idées des gens. Qu’est-ce que l’extrémisme ? Nous parlons de la communauté musulmane en particulier, soyons honnêtes, à travers du prisme de la sécurité. Pourquoi ?"

De son côté, Haras Rafiq, le directeur du centre d’étude anti-extrémisme Centri, estime qu'il est normal que les autorités "doivent construire un critère qui établit quelle organisation a des idées extrémistes, laquelle n’en a pas, et s’assurer que les groupes extrémistes ne reçoivent pas de fonds de groupes qui reçoivent des subventions".

Le débat agite également le parti conservateur lui-même : Sayeeda Hussain Warsi, sa vice-présidente, serait totalement opposée à cette nouvelle politique, mais aurait accepté de ne pas évoquer publiquement son désaccord.




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