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La Grèce de Charybde en Scylla

Avec ou sans DSK, "le FMI dehors" / ARGYROPOULOS/SIPA

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08.06.2011 | 14:10

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Depuis la grande manifestation de dimanche, les Athéniens sont de plus en plus nombreux place Syntagma. En attendant la grève générale dans une semaine, les Grecs vident leurs comptes en banque. Dans un contexte très tendu, les responsables politiques sont systématiquement et violemment expulsés des réunions publiques.

"Ils sont venus, Ils sont tous là, dès qu'ils ont entendu ce cri de révolte… Y a tant de désespoir, de colères, y a tant de larmes et de sourires…"

Que l’on transpose les paroles de "La Mamma" d’Aznavour ou qu’on lise les titres des journaux grecs au lendemain du dimanche 5 juin, "cette date qui va rester dans l’histoire", on sent bien que quelque chose est en train de changer en Grèce, avec ce "rassemblement monstre" sur une "place de la Constitution tsunamisée de monde, où la 'Grande colère' s’est déversée" des "Propylées d’Athéna jusqu’ aux colonnes de Zeus l’Olympien" [deux sites archéologiques qui circonscrivent le centre d’Athènes].   

En direct avec l'Espagne

Beaucoup de monde (300 000 selon les manifestants, 100 000 quand même selon la police) dans une ambiance bon enfant. Beaucoup d'indignés qui n’avaient pas remis les pieds dans une manif depuis longtemps ou qui découvraient pour la première fois les joies d’une communion collective. Un Woodstock "à la grecque", avec bandes de jeunes assis par terre, familles avec enfants et poussettes, retraités très remontés et combatifs, extrême-gauche et anciens combattants revêtus de la traditionnelle fustanelle, tous se régalant de souvlakis et épis maïs grillés à 1 euro.  

Avec un début d’organisation à l’espagnole: tente "premiers secours", tente "conseils juridiques", tente "échanges de pratiques", mais surtout, une parole démultipliée en mille et une petites agoras, technologie en prime avec les lasers verts zigzaguant  sur les murs du Parlement et les liaisons en direct, via Skype, avec l’Espagne et le Portugal. Et une pancarte hautement symbolique "La place Tahrir salue la place Syntagma ". Atmosphère résumée par un autre titre de presse: "Toute la Grèce, une seule voix".

Et depuis, ils sont là tous les soirs, toujours très nombreux. Et toujours pour les mêmes raisons: dénoncer la cure d'austérité drastique que leur impose le gouvernement, en contrepartie d'une ultime bouffée d’oxygène financière accordée au pays (de l’ordre de 85 milliards d’euros) par l’Eurogroupe et le FMI.

Le nouveau plan de rigueur prévoit 6,4 milliards d’euros d’économies supplémentaires cette année et 22 milliards d'ici à 2015. Un calendrier précis des privatisations (Télécommunications, eaux, ports, aéroports, chemins de fer, banque Postale, Loterie, casinos, …) vient d'être publié et une agence "indépendante" du gouvernement va être installée pour mener au plus vite la vente de ces actifs publics.

500 euros par mois

Mais c’est sur le plan social que les changements demandés sont les plus importants, avec un durcissement des précédentes mesures mise en œuvre il y a seulement quelques mois. Ce sont essentiellement les jeunes qui vont trinquer avec:

  • La généralisation d’une sorte d’"emploi jeune", dite "convention d’expérience professionnelle", permettant l’embauche des moins de 25 ans pour un salaire minoré de 20 %, soit environ 500 euros, avec une période d’essai de 2 ans et sans aucune charge sociale de la part des employeurs (ce qui ne leur donne aucun droit aux allocations chômage à la fin de leur contrat). Cette mesure s’appliquera désormais aussi aux jeunes diplômés.
  • La fin des heures supplémentaires : sur une période de 12 mois (au lieu de 6), l'employeur peut augmenter le temps ouvrable de 8 heures à 10 heures et parfois 12, sur accord individuel ou interne à l’entreprise.
  • La flexibilité accrue du travail: la période possible de contrats successifs à durée déterminée passe de 2 à 3 ans et les jeunes salariés pourront être licenciés sans indemnités durant leurs trois premières années de travail.

La ministre justifie ces mesures par le fait que "le taux de chômage des 18-25 ans est de 40%La mesure n'a pas pour but de réduire le coût du travail, mais d'inciter les entreprises à créer des emplois pour ceux qui, aujourd'hui, n'ont aucun revenu". Ce n’est donc pas un hasard si ce sont les jeunes diplômés (très nombreux en Grèce) qui forment le gros des troupes des "Indignés".

Mais toutes les couches sociales sont touchées par la réduction des dépenses de protection sociale, la diminution des retraites, l’augmentation de la TVA de 13 à 24% et de nouvelles taxes pour de nouveaux secteurs. Cerise sur le gâteau, une augmentation exceptionnelle de 3 % de l’impôt pour tous vient juste d’être adoptée par l’Assemblée nationale. Les grèves surprises, les occupations d’entreprises et les manifestations de salariés de sociétés privatisables sont devenues le lot quotidien et une forte mobilisation est attendue lors de la grève des entreprises publiques demain et la grève générale du 15 juin.

Elle sera probablement très suivie alors que George Papandreou a évoqué la possibilité d'un referendum sur le plan d'austérité pour prévenir le risque de défection de députés au sein de son parti, le PASOK, lors du prochain vote du budget, ce qui provoquerait probablement des élections anticipées.

"On saigne le peuple"  

Pour Nektarios Darzakis, de la GSEE (Confédération du privé):

Un nouveau prêt signifie plus de rigueur. On vend le patrimoine du pays et on saigne le peuple, c’est un crime. Et ceci n’est que le début. Les conséquences seront terribles, nous ne nous laisserons pas faire. Nous nous opposons au gouvernement et au mémorandum  pour ces mesures barbares et antisociales. Il faut augmenter la pression pour obtenir le départ du gouvernement et le retrait de l’accord passé avec les bailleurs internationaux". 

Ce climat social tendu se retrouve dans l’hémicycle parlementaire, où nombre de députés de la majorité commencent à prendre des distances avec le Premier ministre. Avec le risque de bloquer le vote du budget 2012-2015 et de déstabiliser un peu plus l’équilibre politique largement fragilisé ces derniers temps.

Mais au-delà  de ces réactions classiques, trois épiphénomènes devraient alerter les observateurs de la situation grecque:  

  • La panique de nombreux Grecs qui retirent leur argent de leurs comptes bancaires. Près d’un 1,5 milliards d’euros ont été prélevés en 48 heures la semaine dernière. Au total, 47 milliards auraient ainsi été retirés en seulement 18 mois.
  • L’agressivité montante envers tout responsable politique. Il ne se passe pas de jour sans qu’un ministre ou un député, du parti au gouvernement ou de l’opposition conservatrice, ne se fasse expulser d’une cérémonie ou réunion publique, à coup de yaourts ou de pierres. Dernier épisode en date: une vénérable commission de 60 experts de l’Union européenne a fait les frais de la vindicte populaire dans l’île de Corfou. Venus "séminariser" sur le thème de l’émigration, ils ont été obligés de fuir par voie de mer sous les quolibets et les injures alors qu'ils dinaient au restaurant ultra-chic du yacht- club de l’île, avec son splendide dressing-room au bord de l’eau.
  • Le rejet de la communication gouvernementale, de plus en plus proche de la propagande. Un spot, célébrant, sur fond de musique martiale, les 20 mois de réussite tous azimuts de son action a été diffusé ces jours-ci. Devant les réactions très négatives face à ce déni de réalité, le gouvernement n'a rien trouvé de mieux que d'accuser les journalistes d’irresponsabilité en expliquant, menace à peine voilée, que l’effondrement du pays entrainerait leur propre effondrement.




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