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Démocratie participative et nucléaire: l’exemple italien

vendredi, 10 juin, 2011 - 10:09

Une écrasante majorité des votants, de 94,3% à 95,8% selon la question, s'est prononcée contre les lois du gouvernement pour le retour au nucléaire, la libéralisation de la gestion de l'eau et la fin de l'immunité des ministres. Avec une forte participation alors même que Berlusconi avait appelé à boycotter le referendum. Preuve que face au black-out de la télé, la mobilisation des associations, des artistes et même de l'Eglise a payé. 

Toute la semaine précédent le vote, un impressionnant bouche à oreille et de nombreuses initiatives populaires ont vu le jour dans toute l'Italie. Une mobilisation générale pour appeller les citoyens à participer dimanche et lundi aux deux "référendums abrogatifs" des lois sur la privatisation de l’eau et le retour au nucléaire.

Pas d'affiches, mais des drapeaux

La législation italienne prévoit la possibilité d’organiser sur demande directe du peuple un référendum pour abroger une loi.

  • Première condition: la demande doit être présentée par au moins 500 000 électeurs et être ensuite validée par la Cour Constitutionnelle.
  • Seconde condition: pour que le référendum soit effectif, la participation doit dépasser les 50% des inscrits.

Depuis 1995, aucun "référendum abrogatif d’initiative populaire" n’avait réussi à surmonter l'un et l'autre de ces deux écueils. Avec pratiquement 55% de votants, le quorum a été largement atteint. Un véritable camoufflet pour le chef du Conseil italien qui avait appelé les életeurs à ne pas se déplacer.

La priorité des Comités qui ont proposé le référendum a été cette semaine de mobiliser: pas d’affiches, mais des drapeaux aux fenêtres, à l'arrière des scooters, autocollants sur les voitures et dans les bus. La campagne référendaire est faite maison. Sur le site du Comité promoteur du référendum, on insiste sur la diffusion interpersonnelle: 

Nous devons convaincre au moins 25 millions d’Italiens d'aller voter. Vu l’obstructionnisme des chaines télévisées il ne nous reste plus qu’à utiliser le bouche à oreille et bien entendu utiliser aussi les réseaux sociaux. Ecrivez-le sur vos profils Facebook, partagez-le sur les murs de vos amis, écrivez des mails, envoyez des SMS, passez des coups de téléphone. Nous devons toucher tout le monde, et aussi ceux qui n’utilisent pas internet!"

Notre retard est un avantage

A Piazza di Spagna, le 9 juin, une cinquantaine de volontaires du Comité "Votez oui pour arrêter le nucléaire" a envahi pacifiquement les escaliers de la place, haut lieu du tourisme de la capitale. Une étrange interaction a alors eu lieu avec les touristes japonais qui n’ont pas manqué de se faire photographier devant les panneaux rappelant la tragédie de Fukushima. 

Pour le Comité, l’avantage de l’Italie réside justement dans le retard énergétique accumulé pendant les années.

"L’abrogation de la loi qui veut faire retourner au nucléaire serait un grand signal pour l’Europe et le monde développé, qui, après le désastre de Fukushima s’interrogent sérieusement sur le futur du nucléaire. Nous sommes chanceux et avantagés parce que nous n’avons pas de centrales sur notre territoire".

Un peu plus loin, sur l’esplanade du Pincio, le groupe Greenpeace a transporté un énorme bidon (4 mètres de hauteurs sur 5 de diamètre) à l'intérieur duquel des activistes s'étaient enfermés. A l’extérieur, une banderole : "Les fous c’est vous. Le nucléaire n’est pas notre futur".

Lors de la Coupe d’Italie le groupe avait mis une autre banderole "De Palerme à Milan arrêtons le nucléaire". Le Colisée a également eu droit à un grand "Arrêter le nucléaire".

Mobilisation créative

La mobilisation pour l'eau recrute, elle, jusqu'à l'Eglise catholique. Piazza del Popolo, le rendez-vous était donné aux religieux, prêtres, sœurs et responsables du Vatican pour faire un grand jeûne au profit de l’eau "mère de toute la vie sur la terre".

Les artistes n’ont pas manqué à l’appel. Le comité "Artistes pour l’eau bien commun" a organisé de grands concerts à Milan, Turin et vendredi à Rome. Pour l'occasion, les groupes de Mario Asti, Radici nel cemento, Kabilà ont composé des titres inédits sur le thème de l’eau.

D'autres petits groupes se sont également baladés dans les rames du métro, chantant "si ce week end tu veux aller à la mer, va voter avant". 

Mais c’est autour des Nasones (littéralement "gros nez"), petites fontaines publiques qui font la fierté des Romains, qu’est venue l’initiative la plus efficace. Le groupe du Comité pour l’eau a organisé les funérailles des distributeurs d'eau gratuite qui coulent jour et nuit dans la ville.

Les fontaines se sont alors mises à parler : "A l’aide" crient certaines, "l’eau est le sang de la terre", "Ta mort m’a asséché le cœur", disent d’autres."Sans toi le monde sera plus aride", lit-on encore sur les pancartes qui entourent les fontaines et leurs couronnes de fleurs mortuaires.

Les résultats du referendum prouvent ainsi bien qu'un autre type de mobilisation politique est possible. Et même efficace si l'on en croit les résultats du vote. 

Actualisé le mardi 14 juin à 10h30




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