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Erdogan renforce son pouvoir et entre dans l’histoire

lundi, 13 juin, 2011 - 12:48

Près d'un électeur sur deux a voté pour le parti du premier ministre sortant Recep Tayyip Erdogan. Il devra malgré tout négocier avec l'opposition et tenir compte du vote kurde pour modifier la Constitution, la priorité de son 3ème mandat.

Les médias turcs faisaient preuve d’un consensus peu habituel hier pour qualifier Recep Tayyip Erdogan de "maitre des urnes". Le parti du premier ministre turc a en effet réalisé un exploit dimanche en obtenant 49,9% des suffrages lors des élections législatives.

Le parti de la justice et du développement (AKP) engrange sa troisième victoire d’affilée lors de législatives et renforce même son score. Pas d’usure du pouvoir donc pour cette formation issue de la mouvance islamique qui avait obtenu 34% des suffrages en 2002 et 46 % en 2007.

"Nous vivons l’excitation d’avoir obtenu une voix sur deux", a avoué Recep Tayyip Erdogan dimanche soir lors d’un discours enflammé devant une foule en délire scandant "Nous sommes fiers de toi". "Nous serons le gouvernement des 74 millions d’habitants de ce pays" a tenu à rassurer le premier ministre, critiqué pour son autoritarisme : des dizaines de journalistes sont en prison, et l'opposition dénonce des restrictions à l'usage d'internet ou sur les ventes d'alcool..

Négocier avec l'opposition

Avec 326 députés, le parti au pouvoir rate pourtant le coche sur un dossier de taille. Depuis des mois, Recep Tayyip Erdogan promet une nouvelle Constitution pour remplacer l’habituel texte hérité du coup d’état de 1980. S’il avait réussi à obtenir plus de 330 députés dimanche, ce travail lui aurait été facilité.

Désormais il va devoir s’assurer le soutien de l’opposition pour mettre à bien ce projet. Dimanche soir, devant la foule de supporters, il a promis d’aller "frapper à la porte" des autres partis pour préparer une "constitution dans laquelle tout le monde se retrouvera".

Le principal parti d’opposition sort, paradoxalement, lui aussi renforcée de ce scrutin. Le Parti républicain du peuple (CHP) progresse de 5 points au niveau national et comptera 23 députés de plus au Parlement. "Je félicite le parti AKP mais il ne doit pas oublier que nous sommes là, plus jeunes, plus forts, plus nombreux", a lancé dimanche soir le nouveau leader du CHP, Kemal Kilicdaroglu.

Vote kurde

L’autre grand gagnant de ce scrutin est sans conteste le parti pro kurde du BDP (parti pour la paix et la démocratie) qui passe de 20 à 36 députés et voit entrer au Parlement des personnalités telles que Leyla Zana, figure charismatique du parti qui a passé 10 années en prison.

C’est dans le sud-est de la Turquie, à majorité kurde, que le parti du premier ministre Erdogan connait ses plus sévères revers, une partie des électeurs kurdes ayant été déçue par la timidité de la politique d’ouverture mise en place par le gouvernement à leur encontre. Quant au parti nationaliste, il se maintient au Parlement avec 13% des suffrages mais perd 18 députés.

L’élection de 36 députés indépendants soutenus par le BDP nous montre à tous qu’il faut résoudre de manière prioritaire la question kurde par la voix politique, via le Parlement,

analyse Eyüp Can dan les pages du journal Radikal.

Leadership régional

Pour ce commentateur, cela passera par une nouvelle Constitution sur laquelle "un consensus est indispensable". Pour y parvenir, Recep Tayyip Erdogan devra avant tout adoucir le ton très dur qu’il a employé durant la campagne électorale en direction de ses adversaires politiques.

Dimanche soir, devant la foule de ses supporters, le premier ministre a également donné une touche régionale à sa victoire, estimant qu’elle était aussi une réussite pour Damas, Gaza ou encore Bagdad.

Aujourd’hui, une fois de plus la Turquie, la démocratie et la nation ont gagné. Je le dis avec une très grande fierté: la Turquie est devenue un modèle de démocratie dans la région.




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