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Gare de Stuttgart : un référendum pour trancher

mercredi, 15 juin, 2011 - 14:48

Le chantier de la gare de Stuttgart devra encore attendre. Hier matin, une centaine de manifestants s'est opposé à la reprise des travaux du gigantesque projet "Stuttgart 21". Durant leur campagne pour diriger le Land, les Verts avaient promis d’abandonner le projet. Mais maintenant aux affaires, ils ont du mal prendre une décision et préfèrent organiser un référendum.

Depuis l’automne dernier, la protestation ne faiblit pas contre le projet "Stuttgart 21". Avec des pancartes "stopper la construction maintenant", les militants ont tenté de bloquer l’accès au chantier hier matin au cœur de la capitale du Land de Baden-Wurtemberg alors que les pelleteuses, à l’arrêt depuis deux mois, venaient reprendre du service.

Paris-Bratislava direct par le train

Ils étaient une centaine d’après les forces de l’ordre et environ trois cent d’après Parkschützer, une association à l’origine du sit-in. Délogés manu militari, les protestataires manifestaient contre le projet qui vise à détruire la gare actuelle afin d’en créer une nouvelle qui ferait de Stuttgart le cœur de "la magistrale européenne". Un beau projet sur le papier mais qui coûte très cher aux habitants car en Allemagne, les régions sont autonomes financièrement.

L’objectif du projet S21 est de faire de la ville une réelle plate-forme européenne grâce à sa nouvelle gare. Elle permettrait de relier Paris à Bratislava puis Budapest. La France, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie et la Hongrie seraient donc connectées par une ligne de train.

Stuttgart 21, ça n’a pas de prix

Le plan d’aménagement retenu vise à construire des tunnels de 33km de longueur afin d’avoir une gare complètement sous-terraine. Les associations favorables au projet défendent l’idée de pouvoir construire des habitations à la surface. Ainsi, comme le déclarait au Bild am Sonntag Rüdiger Grube, PDG de la Deutsche Bahn (la SNCF allemande) "le projet S21 est incontestablement un bon projet, et d’ailleurs aussi en matière d’écologie, d’économie et de politique des transports".

Stuttgart 21 est le chantier d’infrastructure le plus cher que l’Allemagne n’ait jamais connu. Présenté au public en 1994, le plan de restructuration de la gare a été élaboré par le Land, l’Etat fédéral ainsi que la Deutsche Bahn. Son coût a toujours été très élevé et il atteint à présent 4,1 milliards d’euros alors que les travaux sont censés être finis pour 2020. Ce montant exhorbitant est d'ailleurs le principal argument utilisé par les mouvements de mobilisation contre le projet.

Une protestation qui enfle depuis plusieurs mois

Il aura fallu seize ans pour que les travaux débutent, en février 2010, dans un climat de tensions entre les pro-S21 et les antis qui préconisent une alternative moins coûteuse avec des travaux moins longs. Ils souhaitent aménager la gare actuelle, inscrite depuis 1987 au patrimoine culturel de la ville, sans la détruire. Ils rejettent aussi l’argument selon lequel le projet S21 boosterait l’économie de la région et créerait de nouveaux emplois :

Seul un réseau de transport de proximité attractif et dense comme le notre [K21] peut apporter l’impulsion souhaitée à la conjoncture du Land". 

Dans le paysage politique, la CDU est pour le projet grande échelle alors que les Verts et Die Linke sont favorables à l’abandon du S21. 

En septembre dernier, la polémique est montée d’un cran lorsque la police a utilisé des lances à incendie et des bombes anti agression au piment afin de vider le chantier de ses opposants. Acteurs politiques et économiques sont désormais tous pressés d’en finir.

Promesse de campagne

A la suite des élections du Land, très favorables aux Grünen, le représentant des entrepreneurs auprès de la Deutsche Bahn déclarait le 23 mars dernier dans Die Welt : "Jusqu’à la constitution d’un nouveau gouvernement régional, la Deutsche Bahn n’avancera pas dans le projet  Stuttgart 21".

Cependant, les Verts n’ont pas tenu leur promesse de campagne qui consistait à demander l’arrêt total des travaux. Winfried Kretschmann, ministre-président Vert du Land, défend cette position arguant que le parti attendait que la Deutsche Bahn communique le montant qui serait demandé en contrepartie de l’arrêt des travaux.

La Deutsche Bahn ne nous a jamais communiqué les chiffres que nous lui avons demandés. Nous n’avons donc pas de base de réflexion pour formuler une opposition",

déclarait-il à l’agence de presse Euronews.

Les électeurs décideront

Vendredi 10 juin, les représentants du Land rencontraient la Deutsche Bahn afin de négocier une sortie de crise. Mais, chacun campant sur ses positions, les travaux ont donc pu reprendre.

Devant l'absence de conciliation possible entre le gouvernement et l’entreprise, la coalition Verts-SPD aux commandes du Land a décidé d’appeler la population aux urnes en automne pour "en finir à jamais avec ce conflit social" comme le disait Nils Schmid, vice-président SPD du Land. Son collègue Winfried Kretschmann affirmait pour sa part à l’hebdomadaire allemand Focus:

Si la population se prononce pour le projet S21, nous iront aussi dans ce sens". 

Une bonne chose car, comme l’a laissé entendre le porte-parole des Parkschützer, la mobilisation n’est pas prête de s'arrêter : "Plus la Deutsche Bahn agira, plus de personnes sortiront dans la rue". D’ailleurs une nouvelle date de mobilisation est prévue pour le 20 juin… ce sera le 79ème lundi de manifestation !




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