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La Grèce à la rue

jeudi, 16 juin, 2011 - 07:52

Des dizaines de milliers de manifestants dans les rues d'Athènes contre l'austérité et les privatisations. Notre correspondante était dans le cortège où se mélaient les indignés et les syndicalistes. Elle nous livre ses premières impressions. Au même moment, un nouveau plan d'austérité était en discussion au Parlement.

Une foule immense de plusieurs milliers de personnes avait envahi dès le matin la place de la Constitution, face au Parlement, en ce jour de grève générale dans tout le pays. Tout d’abord, les Indignés, tous ces jeunes et moins jeunes qui campent depuis 20 jours sur la place. Rejoints par les traditionnels manifestants, sous la bannière des syndicats, ceux de la GSEE du secteur privé, ceux de l’ADEDY, du secteur public, ou encore ceux du PAME, proche du parti communiste. 

On sentait vraiment vibrer l’âme d’un pays en ébullition, avec des slogans très déterminés, en réaction au nouveau plan de rigueur. Le peuple grec, un temps sidéré par l’avalanche des mesures qui lui avait été asséné, avait culpabilisé. On lui avait tellement dit qu’il avait tant profité de l’argent de l’Europe et qu’il fallait se remettre au travail.

Mais quand on lui a demandé de vendre son eau, son électricité, ses ports et ses aéroports, alors cela a été la goutte qui a fait déborder le vase : "Nous ne devons rien, nous ne payons rien, nous ne vendons rien", c’est ce leitmotiv de la journée.

Beaucoup des sentiments qui agitent la population se lisaient sur les différentes banderoles : la détermination :"La grève jusqu’à la victoire finale" ou "On ne partira pas tant qu’eux ne partiront pas ? Eux, la Troïka, le gouvernement, la dette". L’exaspération contre le système clientéliste: "Députés corrompus, on vous trouvera où vous irez".

Le ras-le bol aussi: "La dictature ne s’est pas terminée en 1973. Nous allons procéder à son enterrement sur cette place aujourd’hui", allant parfois jusqu’à une analyse politique : "Démocratie et capitalisme, 2 notions antinomiques", mais aussi vers des métaphores plus nature : "On ne va pas vous supplier de partir. On vous baisera pour vous faire partir".

20 000 à 40 000 personnes dans les rues

Au total, ce sont 20 000 personnes pour la police, 40 000 d’après les médias, qui ont manifesté durant toute la journée à Athènes. Le pays était quant à lui paralysé par la troisième grève générale depuis le début de l’année, une mobilisation bien suivie par la plupart des principaux syndicats.

Des affrontements violents ont éclaté dans l’après-midi entre les policiers, déployés en cordon de sécurité pour empêcher l’accès au Parlement, et quelques 200 manifestants, repoussés à coup de gaz lacrymogènes.

Dans l’ensemble, la manifestation s’est passé plutôt dans le calme, notamment à l’appel des Indignés grecs dont les militants pacifistes campent sur la place Syntagma depuis trois semaines maintenant.

Changement d'équipe, pas d'idées

A la fin de cette nouvelle journée de mobilisation nationale, le Premier ministre grec; Georges Papandréou s’est exprimé lors d’une allocution télévisée.

Demain, je formerai un nouveau gouvernement et immédiatement après, je demanderai la confiance au Parlement",

a-t-il déclaré, prenant acte du refus de l’opposition du principal parti d’opposition Nouvelle Démocratie (droite) de faire un gouvernement d’union nationale. Et de promettre aux Grecs :

Je continuerai sur la même route, la route de mon devoir avec le groupe parlementaire du Pasok [socialiste]".

Mais alors que le Parlement devait examiner le projet de loi budgétaire comprenant un nouveau volet d'austérité d'ici à 2015, avec encore plus d’économies (28,4 milliards d'euros) et des privatisations massives, un changement des titulaires de portefeuilles ministériels ne va certainement pas apaiser les craintes et la colère des Grecs. 




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