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GB: « Cachez cette corruption que je ne saurais voir »

vendredi, 17 juin, 2011 - 09:57

Conflit d’intérêts, copinage, népotisme, renvoi d’ascenseur, abus d’autorité... Le Royaume-Uni serait-il un pays où la corruption régne? Le dernier rapport de Transparency International met en lumière l'ampleur d'un phénomène sous-estimé. 

Loin d’être le pays le plus corrompu d'Europe, le Royaume-Uni apparait à la 20ème place (sur 178) du classement de Transperency International, loin derrière le Danemark, le meilleure élève, mais devant nombre de ses voisins: la France est 25ème, l’Espagne 32ème et l’Italie 67ème.

Le pays a tout de même perdu 11 places depuis le dernier classement.

Dès l'introduction, les auteurs du nouveau rapport sur la corruption en Grande-Bretagne de Transparency International (TI) sont très clairs:

La réponse en termes politiques est incohérente et non coordonnée. Dans certains domaines, cette réponse inadéquate a établi une culture de l’impunité".

L’ONG montre que si le débat existe au Royaume-Uni autour de la question de la corruption, il tend bien trop souvent à se focaliser sur les autres pays, particulièrement ceux en voie de développement. Une politique de l’autruche qui a des effets désastreux.

Un phénomène multi-forme

L’association défini la corruption comme "l’abus d’un pouvoir dont on a la charge à des fins d’enrichissement personnel". Si très peu de personnes témoignent avoir bénéficié de sommes d’argent en échange d’un service, d’autres formes de corruption sont beaucoup plus communes.

Le principal problème que TI met ainsi en évidence est l’existence d’une corruption pas forcément répréhensible dans le cadre de la loi, mais qui, d’un point de vue éthique, est tout à fait condamnable. Collusion, conflit d’intérêts, copinage, népotisme, renvoi d’ascenseur, abus d’autorité… sont plus ainsi plus difficilement identifiables, quantifiables et répréhensibles. Michael Macaulay, professeur de sociologie à la Business School de l’université de Teeside, explique:

Officiellement, il n’y a eu que très peu de cas de justice liés à de la corruption. Dans les faits, ils sont nombreux mais les motifs officiels varient pour ne pas avoir à utiliser cette désignation. Dans le scandale des dépenses des parlementaires par exemple, la justice les a attaqués pour fausse déclaration".

Les pouvoirs publics dépassés

Les conclusions du rapport de TI montrent que, bien que la corruption ne soit pas largement étendue dans le pays, il existe un climat dérangeant de "complaisance" voire de "déni" vis-à-vis de cette pratique. Les principaux points qui posent problème dans la lutte contre la corruption sont :

  • L’absence de prise de conscience et la mauvaise compréhension des problèmes posés par la corruption, qui résultent notamment d’un manque d’informations, de données et de coordination (il n’y a pas moins de 12 services gouvernementaux différents chargés de la lutte contre la corruption).

Le principal problème vient du refus des autorités à accepter l’existence de la corruption dans le pays. Dès lors, rien de positif ne peut être réalisé et la volonté de réduire les budgets des entités en charge de la surveillance de ce type d’activité, quand ce n’est pas leur disparition pure et simple, ne peut rendre optimisme",

assure Michael Macaulay.

  • L’efficacité de la future loi anti corruption : le Bribery Act voté par le Parlement en avril 2010 entrera en vigueur le 1er juillet 2011. C’est une avancée majeure pour la lutte contre la corruption étant donné le peu d’initiatives durant la dernière décennie, mais cela reste encore insuffisant. De plus, le démantèlement des structures actuelles de surveillance pourrait avoir des effets désastreux s’il n’y a pas de suivi avec les nouvelles structures.
  • L’émergence de réseaux de crime organisé dans les réseaux de corruption britannique : certains secteurs sont très exposés à la corruption de par leur nature et le public qu’ils attirent.

Même le cricket

Quatre secteurs sont tout particulièrement sujets aux pratiques de corruption:

  • Le Parlement : en dépit des nombreux mécanismes de contrôle (commission des standards, ombudsman, …) les Chambres des députés et des Lords restent des lieux où la corruption est très présente (55,7% des Britanniques les considèrent touchés par la corruption). Les récents scandales de notes de frais des députés en sont un très bon exemple.
  • Les partis politiques : la préoccupation principale concerne les donations aux partis pour les campagnes électorales car il n’existe aucune limite de montant et que les structures de contrôle ne sont pas toujours très dignes de confiance.

Les partis politiques ne sont pas épargnés. Il est écrit noir sur blanc que toute entreprise qui donnera 50 000£ au parti conservateur aura accès à ses dirigeants et du coup au Premier Ministre. Cela ne veut rien dire en soit mais cela peut aussi signifier acheter l’accès et donc de l’influence auprès du responsable du pays !"

 

  • Les prisons : l’introduction de téléphones portables et les trafics en tous genres (au premier rang desquels la drogue) sont les principales sources de corruption dans les prisons britanniques. Les rapports officiels parlent de trafics organisés lors des visites par les amis et la famille, mais tout laisse à penser que nombre de gardiens ferment les yeux, ou organisent eux même le trafic. Il y aurait actuellement environ 1 000 gardiens de prison corrompus en Angleterre.
  • Le milieu sportif : durant les dernières années, de nombreux cas de triche on été observés au snooker (variante british du billard), au rugby ou au cricket. Les transferts de joueurs entre clubs de football donnent aussi lieu à d’obscures opérations financières pas toujours très légales, avec des sommes qui dépassent très souvent l’entendement de la population.



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