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Les Verts votent, les Grünen gèrent sans tabous politiques

vendredi, 17 juin, 2011 - 11:43

Si les Verts français et allemands partagent des références et un électorat commun, les Grünen sont beaucoup plus pragmatique et politiquement sans tabous.

Depuis avant-hier soir, les 32 896 adhérents et sympathisants d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) votent et jusqu’au 23 juin pour élire l'un des quatre candidats (Nicolas Hulot, Eva Joly, Stéphane Lhomme et Henri Stoll) à la prochaine élection présidentielle aux termes d’une campagne interne qui aura, au moins, permis de connaitre les grandes lignes de leur programme. Celui-ci se décline en cinq grandes orientations : "mieux vivre en préservant la planète", "une économie écologique et solidaire", "vivre ensemble dans une société ouverte", "de l’oligarchie à la démocratie réelle" et "un monde de paix et de justice".

Mais au-delà de ces bonnes intentions, une partie des mesures proposées – de la sortie du nucléaire au développement des énergies renouvelables – sont tournées vers l’environnement, d’autres font référence aux politiques sociales en demandant davantage de justice entre les citoyens, quand certaines sont proches des revendications des mouvements altermondialistes que ce soient dans le domaine agricole ou dans le domaine de l’aide au développement.

Environnement et justice sociale

La difficulté d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), c'est que quand ils parlent d'économie, ils ressemblent comme deux gouttes d'eau à l'extrême gauche la plus sclérosée"

ironisait Daniel Cohn-Bendit, interrogé  le 12 avril dernier par Rue 89. A l'inverse:

en Allemagne, sur les retraites, la dette publique, les Grünen se disent qu'on n'a pas le droit de laisser une société écologiquement dévastée ni une dette publique ingérable aux générations futures".

Les Grünen sont, de fait, avant tout portés par les thèmes traditionnels, de la sortie du nucléaire au développement des énergies alternatives, même si l’idée de démocratie participative est, elle aussi présente, comme en témoigne notamment la mobilisation de leur électorat dans le Bade-Wurtemberg contre le projet ferroviaire de la gare de Stuttgart. Nombre de cadres du parti écologiste viennent d’ailleurs des mouvements alternatifs d’Outre Rhin dans les années 80.

Pragmatisme

Autre différence de taille : le positionnement sur l’échiquier politique des deux partis verts. En France, EELV s'affirme à gauche, faisant, quelque soit les penchants centristes de Nicolas Hulot, du Parti socialiste son allié naturel.

En Allemagne, les jeux sont plus compliqués : allié au SPD dans de nombreux Länder et même au niveau fédéral dans les gouvernements Schröder, les Grünen, politiquement plus pragmatiques que leurs homologues hexagonaux, n’hésitent pas à s’associer aux conservateurs comme à Hambourg.

La semaine dernière, le nouveau ministre président vert du Bade-Wurtemberg a également fait des avances à la chancelière Angela Merkel et de plus en plus ouvertement, la presse allemande parle de la possibilité d’une prochaine coalition entre la CDU et les Verts au cours de la prochaine législature. Une telle combinaison n’est pas non plus exclue à Berlin où des élections municipales auront lieu en septembre prochain.

Ces rapprochements sont d’ailleurs favorisés dans une société allemande où nombre de valeurs défendues par les Verts sont partagées des conservateurs aux sociaux-démocrates : la remise en cause d’une modernité ingérable, l’aspiration à un modèle social équilibré, une meilleure qualité de vie et du travail. 

Base électorale identique 

Reste qu’au-delà de ces différences, les deux partis verts partagent des points communs, qui vont au-delà même des sujets proprement environnementaux. A l’heure où le parti écologiste allemand a le vent en poupe, le site Internet du magazine Die Zeit a récemment consacré un article à leur vision économique : comme EELV, ils souhaitent voir la finance "remise sur ses pieds" et réfléchissent à une taxation supplémentaire des hauts revenus (au-delà d’un million d’euros) censée rapporter 100 millions d’euros supplémentaire dans les caisses de l’Etat. Les salariés les plus aisés pourraient également contribuer davantage au système de protection sociale, afin de garantir à tous les citoyens une meilleure couverture. 

Cette introduction de références sociales dans le programme des Verts allemands ne va pas toutefois sans poser problème. Une partie de leur électorat constituée de cadres et de travailleurs indépendants pourraient être les premiers touchés en cas de victoire. Car les Grünen, comme d’ailleurs les Verts français, séduisent peu les classes populaires.

Selon une étude du DIW (L’institut allemand de recherche économique), seuls 7 % des électeurs qui se font du souci sur l’évolution économique et la mondialisation leur apportent leurs suffrages… 




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