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La classe politique espagnole drague les Indignés

mercredi, 22 juin, 2011 - 14:16

Les partis politiques espagnols tentent de se rapprocher des Indignés du 15-M, notamment par le biais des réseaux sociaux, mais ils peinent à s'adresser à un mouvement dont ils ne comprennent pas l'organisation. Ce n'est, il est vrai, pas avec des politiques de rigueur qu'ils les séduiront.

Le Mouvement 15-M continue de mobiliser en Grèce et en Espagne, pays d’où était parti la contestation, bien que les campements aient été levés. Dimanche 19 juin, ils étaient ainsi quelques centaines de milliers à manifester dans tout le pays, dont 50 000 à Madrid et plus de 100 000 à Barcelone. 

Fascination

Le pacifisme revendiqué par les Indignés et leur capacité de mobilisation continue de surprendre les observateurs. Au premier rang desquels les politiques de tous bords qui aimeraient bien pouvoir entrer en contact avec ce formidable élan citoyen.

Mais le Mouvement du 15 mai n’est pas facile à saisir. A l’heure du web 2.0 et de l’information instantanée, les Indignés ont pris conscience très tôt de l’ampleur des moyens mis à leur disposition par les nouvelles technologies.

Etude du BIFI modélisant un mois d'interactions sur les réseaux sociaux entre les membres du
Mouvement du 15-M 

Génération précaire mais aussi Internet, les Indignés savent tirer profit des réseaux sociaux pour porter leurs revendications. Ce qui laisse totalement perplexes leurs ainés pour qui Facebook et Twitter sont des espaces inconnus dont ils ne maitrisent, dans le meilleur des cas, que les rudiments.

Le "syndrome Twitter"

A vouloir trop s’engager sur les réseaux sociaux sans en maitriser les codes, le résultat peut s’avérer finalement totalement contre-productif. C’est le constat qu’a pu faire samedi dernier le vice-secrétaire à la communication du Parti Populaire (droite), Esteban Gonzalez Pons.

Voulant participer au trending topic (thème en vogue) #trespalabrasespanolas (trois mots espagnols) consistant à écrire de courts slogans, il a montré que l’important n’est pas toujours de participer et qu’il ne faut pas dire n’importe quoi. Face aux "España es differente", "Espe, espe, especulacion" et aux "asi lucha Madrid", le responsable conservateur n'a rien trouvé de mieux qu'un subtil "por mis cojones"… qui n’a pas été sans gêner les utilisateurs. Esteban Gonzalez Pons n'avait visiblement compris ni l'enjeu ni le sérieux de la démarche.

Rendez-vous au café

Le PSOE est plus heureux dans sa tentative de rapprochement. En début de semaine, le secrétaire à l’environnement et au développement rural des socialistes espagnols, Hugo Moran, déclarait non sans fierté :

Nous parlons déjà avec eux même si nous ne nous asseyons pas autour d’une table pour une réunion classique".

Cela a commencé par des "contacts informels" avec quelques uns de des porte-paroles du mouvement sur Twitter. Les socialistes les plus actifs sur les réseaux sociaux ont même commencé à fixer des dates de rencontre.

Suite à ces contacts, Elena Valenciano, responsable de campagne pour les prochaines élections générales de 2012, a longuement discuté avec des Indignés auxquels elle avait donné rendez-vous dans le célèbre Café Gijon de Madrid.

Une victoire pour le PSOE qui prouve néanmoins que la classe politique doit toujours en revenir aux modes "traditionnels" de discussion. Le groupe PSOE de l'assemblée autonome de Madrid a même demandé à sa présidente Esperanza Aguirre (PP) de mettre en place un groupe parlementaire pour discuter avec les Indignés.

La tentative de récupération menée par les partis institutionnels n'a rien d'évident tant les Indignés se méfient et se défient de la classe politique. Très politisé, le mouvement se revendique haut et fort comme a-partisan. Et pas question de transiger là-dessus : la moindre référence à un quelconque parti en assemblée provoque instantanément les huées du public.

Approches traditionnelles

La mobilisation de dimanche était une sorte de test du mouvement : test réussi et les réactions des politiques ne se sont pas fait attendre. Lundi, les instances dirigeantes du Parti socialiste espagnol (PSOE) on assuré qu’elles écoutaient les revendications du collectif et qu’elles prenaient note de nombre de leurs propositions.

Nous les écoutons avec respect et il y a des idées qui peuvent rejoindre les nôtres",

a déclaré Marcelino Iglesias, secrétaire du PSOE, faisant écho aux propos de l’ex-candidate aux primaires socialistes espagnoles Carme Chacon qui avait jugé "raisonnables et possibles" beaucoup des propositions des Indignés. Et Jose Luis Zapatero de valoriser "l’importance et la profondeur" de certaines revendications lors de la réunion de lundi dernier.

Après les résultats des élections du 22 mai dernier qui ont vu le parti conservateur d’opposition l’emporter, le Partido Popular a lui aussi tenté une approche, moins subtile, avec les Indignés. Le vice-secrétaire à la communication du parti, Gonzalez Pons, a ainsi affirmé que le PP était la "solution à l’indignation".

Nous allons travailler pour être l’alternative que la dignité de l’Espagne exige,

a-t-il déclaré, reconnaissant que le mouvement du 15-M leur avait permis d’amorcer "une réflexion sur les motivations d’une partie importante des citoyens".

Pour le leader d’Izquierda Unida, formation politique de gauche, la douche a été froide. Cayo Lara a en effet voulu apporter son soutien aux Indignés qui s’opposaient à une expulsion à Madrid la semaine dernière, mais il s’est retrouvé trempé à coup de bouteilles d'eau par les manifestants qui ne voyaient pas d’un bon œil sa participation. Opération ratée.

Seul le parti indépendantiste conservateur catalan Convergencia i Unio (CiU), gagnant des dernières élections à Barcelone, a rejeté les propositions du mouvement, les qualifiant de "non-viables".  

Nous ne pensons pas que la réponse [à la crise] se trouve en dehors du système démocratique",

a déclaré son porte parole Josep Antoni Duran Lleida.

Tout et son contraire

Pendant que les principaux partis politiques promettent monts et merveilles aux Indignés, l’Union Européenne joue le Père Fouettard.

Le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a lancé lundi une sorte d’ultimatum au gouvernement en déclarant que les mesures d’ajustement étaient "inévitables" malgré "la lassitude manifeste vis-à-vis des réformes dans les rues de Madrid et d’Athènes". Est-il alors vraiment possible, et réaliste, de continuer à essayer de se faire bien voir des manifestants tout en intensifiant le train de réforme à la demande de l’UE ?

"Nous voulons changer de disque"

Pas crédibles

La tâche risque d’être particulièrement difficile pour le candidat PSOE à 2012, Alfredo Pérez Rubalcaba, qui concentre le plus de pouvoirs au sein du gouvernement et qui, de ce fait, ne peut se dégager d'une certaine responsabilité dans la rigueur actuelle.

Quant au PP, qui gouverne désormais la grande majorité des régions, il lui sera difficile de paraître proche des 15-M, dans la mesure où ce sont ces mêmes régions qui vont devoir se serrer la ceinture cette année. Les nouvelles coupes budgétaires vont en effet toucher la santé et l’éducation, deux domaines de leur ressort.

Images du site Voces con futuro.




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