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Spectacle vivant au milieu des morts

vendredi, 24 juin, 2011 - 11:18

Faire défiler des mannequins au milieu de cadavres. Une première mondiale, à Berlin, et un nouveau coup de pub choc pour Gunther von Hagens, le "docteur la mort" qui promène ses écorchés à travers le monde depuis près de 20 ans.

Des mannequins déambulent sur fond de musique classique entre un imposant cheval mort et des joueurs de poker tous immobiles. Et pour cause, ils sont morts. Mais pas enterrés. Ecorchés, leurs fluides corporels ont été remplacés par du silicone pour préserver les tissus, offerts à la vue de tous, sous toutes les coutures.

Une centaine de spectateurs a assisté mercredi dernier, à Berlin, à ce macabre défilé (dont on peut voir des extraits sur Tv.Berlin. Le diaporama photo de Die Welt, ici). Les organisateurs de l’événement n’ont pas peur des jeux de mot morbides, qui ont appelé cette mise en scène "HAUTe Couture", "Haut" voulant dire "peau" en allemand.

Intérêt pédagogique discutable

Le maître de cérémonie de ce show au goût douteux: Gunther von Hagens, l’anatomiste qui a inventé la technique de la plastination et promène ses cadavres à travers le monde depuis 1996. Enfin, là où l’exposition est autorisée. En 2009, elle avait été interdite en France car de sérieux doutes planaient sur l’origine de ces corps humains. 

Gunther von Hagens s’est toujours défendu d’utiliser ces corps à des fins commerciales. Lui ne s’intéresse qu’à la portée pédagogique de ces modèles. Une pédagogie que l'on cherchera en vain dans ce défilé des vanités.

Dissections "live"

Le "scientifique", qui aime pourtant être présent lors de ses expositions afin de faire, par exemple, des dissections "live", chapeau noir vissé sur la tête, était absent mercredi. Celui qui est surnommé "Docteur la mort" se remet en effet à Mexico d’une opération au cerveau. Décidément, le personnage ne rate pas une occasion pour paraître inquiétant. Il a cependant fait entendre qu’il était ravi de cette performance :

J’ai toujours vu Körperwelten comme un salon de beauté post-mortem.

Pour le couturier, Eduard Howhannisjan, très fier de voir ses mannequins défiler avec "un maquillage qui vivait à moitié et qui était mort pour l’autre moitié de la figure", aucun problème éthique ne se pose non plu.

Selon Gunther von Hagens, leur association allait de soi : "Howhannisjan insiste sur l’individu et la corporéité de la mode. Körperwelten va plus loin et dévoile le corps afin de rendre la beauté qui se trouve sous la peau appréhendable".

Le buzz assuré

Eduard Howhannisjan est certes compté parmi les espoirs de la mode allemande mais il n’est pas des plus connus. Pour lui, c’est un bon coup de pub. D’ailleurs, en 2010 il avait déclaré que percer dans la branche de la Haute-couture n’était "possible que grâce à des relations publiques suffisantes et un soutien des médias".

Ce défilé s’inscrit dans la stratégie marketing qui semble avoir été mise sur pied pour le retour de l’exposition à Berlin: faire le buzz par des évènements chocs. Ainsi, le 12 juin, le mannequin allemand Micaela Schäfer s’était faite sculpter nue au beau milieu de l’exposition. Avec 32 millions de visiteurs à travers la planète, "Körperwelten" ("Le monde du corps") est l’exposition la plus visitée au monde.

Avis aux lecteurs quelque peu effrayant : Gunther von Hagens a ouvert une boutique en ligne.


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