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TGV espagnol: une gabegie de 3,5 milliards d’euros !

mercredi, 29 juin, 2011 - 09:16

Le train à grande vitesse liant trois villes de la région de Castille-La-Manche a été supprimé après 6 mois de fonctionnement: seuls 16 voyageurs en moyenne empruntaient quotidiennement cette ligne, dont la construction a coûté 3,5 milliards d'euros. Une gabegie courante pendant les années fastes et que l'Espagne paie aujourd'hui.

La SNCF espagnole (RENFE) a décidé de supprimer à partir du 1er juillet la ligne de train à grande vitesse (AVE, selon son sigle en espagnol) entre Tolède, Cuenca et Albacete. Six mois après sa mise en service, la ligne qui reliait les trois capitales de la Castille-La-Manche, la région de Don Quichotte, s’est avérée un véritable bide. Seuls seize passagers, en moyenne, empruntaient ce train quotidienement ! La RENFE devait ainsi faire face à un trou de 18 000 euros par jour, des dépenses difficiles à justifier en temps de crise.

Pressions politiques contre intérêt général

La presse espagnole, et en particulier celle de droite, rappelle que l’investissement pour cette ligne à grande vitesse a été de 3,5 milliards d’euros. Un beau gâchis ?

Pas du tout ! Ce n’est pas parce que le TGV régional est supprimé que l’infrastructure ne sert plus ! D’autres trains vont continuer à utiliser cette ligne même si ce ne sont plus des TGV !",

corrige un porte-parole du ministère des Travaux Publics, qui rappelle que la ligne va de Madrid à Albacete et atteindra à terme Murcie et Alicante.

Il n’empêche, même El País parle d'un "caprice" et estime que la ligne Tolède-Cuenca-Albacete illustre l’irrationalité économique d’une stratégie d’implantation du TGV très marquée par les pressions politiques. Le TGV est une opportunité de développement pour les régions dont les politiques locaux n’ont pas envie de se passer.

Leurs revendications ont été d’autant plus écoutées que le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a longtemps parié sur la grande vitesse pour tous, se vantant de faire de l’Espagne le pays d'Europe comptant le plus de kilomètres de lignes à grande vitesse. Un sommet a été atteint fin 2010 lors de l’ouverture de la ligne Madrid-Valence.

Addition salée

Ce manque de clairvoyance économique n'est pas isolé. Ce secteur des infrastructures a globalement bénéficié de l’énorme boom économique des années 2000 mais a conduit à des excès qui se payent aujourd’hui.

En témoignent, plusieurs autoroutes construites à cette période dont les "Radiales", autovias payantes qui ceignent Madrid. Ces infrastructures sont si peu rentables que certaines des sociétés concessionnaires sont en très mauvaise posture financière. Le Gouvernement a décidé il y a quelques semaines de leur avancer 80 millions d’euros, le temps de faire la jonction avec une période plus rentable.

Un aéroport qui ne décolle pas

Du côté des initiatives privées aussi on note, pendant le boom, quelques échecs cuisants. Ainsi, l’aéroport privé de Ciudad Real, qui se vante d’être le "premier aéroport privé international d’Espagne", et qui prétendait faire concurrence (dans une certaine mesure) à l'aéroport international de Madrid, s’est avéré un flop retentissant. Il est en cessation de paiement depuis juin 2010, deux ans et demi après être entré en fonctionnement. Projet privé mais… impulsé en 2003 par le Gouvernement socialiste de la Castille-La-Manche. La région même où la RENFE vient de supprimer un TGV.

Ambitions revues à la baisse

Depuis que les budgets des régions et de l’Etat central essaient de s’accorder au diapason de la rigueur, le gouvernement promet une politique d’infrastructure plus rationnelle. Le Plan Extraordinaire d’Infrastructures (PEI) présenté en avril 2010, avant la crise de la dette, promet ainsi des investissements de 17 milliards d’euros pour 2011 et 2012, basés sur le partenariat public-privé. Les banques sont appelées à participer au financement.

Etat, entreprises de BTP, banques : tous ces acteurs ont, après les excès des années fastes, un peu la gueule de bois économique. Sans oublier l'Europe, dont les fonds structurels financent généreusement le développement des lignes à grande vitesse au titre des grands réseaux transeuropéens !




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