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Le new deal des caisses d’épargne espagnoles

samedi, 2 juillet, 2011 - 10:58

La Caixa a introduit en bourse ses activités bancaires. C'est le début d’une nouvelle forme de gestion des caisses d'épargne espagnoles. Elles représentent 50% du secteur financier espagnol et ont activement contribué au boom immobilier et à l’effondrement de l’économie.

La deuxième caisse d’épargne d’Espagne en termes d’actifs, La Caixa, a introduit ses activités financières en bourse vendredi, à travers sa filiale cotée Criteria, qui porte désormais le nom de CaixaBank. C’est la première opération de ce genre pour une caisse d’épargne en Espagne. D’autres suivront bientôt : deux autres groupes de caisses, Bankia et Banca Cívica, vont, dès le 20 juillet prochain, être cotées en bourse.

Le 1er juillet est un jour à marquer d’une croix blanche dans le long processus de restructuration du secteur financier espagnol : depuis trois ans, l’Espagne cherche les moyens de rationaliser un secteur frappé de plein fouet par la crise et qui constitue aujourd’hui l’un des principaux problèmes de l’économie espagnole aux yeux des marchés. En introduisant en bourse ses activités financières, la Caixa répond au projet que le Gouvernement et la Banque d’Espagne nourrissent longtemps: voir les caisses d’épargne prendre la forme de banques et être ainsi gérées selon les critères d’une institution financière privée.

Payer les pots cassés

Les caisses d’épargne étaient traditionnellement aux mains d’institutions politiques comme les mairies ou les régions, voire, dans certains cas, par d’autres institutions, notamment l’Eglise catholique (comme Cajasur, saisie en 2010 par la Banque d’Espagne), et ont souvent été gérées selon des critères souvent plus politiques qu'économiques.

Mais, petit à petit, le poids des politiques dans leur gestion s’amenuise, sous la pression du gouvernement alors qu’il leur faut encore payer les pots cassés d’années aux mains de gestionnaires pas toujours heureux dans leurs choix.

Les caisses d’épargne sont, ainsi, particulièrement exposées au secteur immobilier, après avoir alimenté la bulle pendant les années de boom de la fin des années 1990 à 2007. Les banques aussi ont amplement participé à ce mouvement, accordant des prêts à tour de bras aux promoteurs immobiliers sans adopter la politique de prudence qui s’imposait face à un phénomène manifeste de bulle spéculative.

Le ministre du Travail, Valeriano Gómez, a d’ailleurs dénoncé à plusieurs reprises ces dernières semaines la responsabilité du secteur financier dans l’éclatement de la crise en Espagne.

Créances douteuses

Aujourd’hui, le secteur financier se retrouve lesté d’un portefeuille immobilier pléthorique, dû aux saisies d’immeubles et de terrains des débiteurs en défaut. Les banques sont ainsi devenues les principales agences immobilières du pays, et cherchent à se débarrasser de ces actifs encombrants, dont la valeur a chuté ces dernières années.

Plus de 6,3% des prêts accordés par le secteur financier sont ainsi classés dans la catégorie "créances douteuses" (c’est à dire, avec un risque élevé de défaut de paiement), dont une large part correspond à des prêts au secteur immobilier.

Depuis deux ans, le Gouvernement et la Banque d’Espagne ont introduit diverses mesures de changement pour faciliter l’assainissement du secteur bancaire et en particulier des caisses d’épargne. Ils ont ainsi fomenté des mouvements de fusions entre caisses qui ont conduit le nombre de ces dernières de 46 entités à une quinzaine.

La crise de la dette grecque en mai 2010 les a toutefois poussés à accélérer la marche de ce processus de restructuration du secteur bancaire. Ainsi, pour forcer les caisses à se privatiser, le gouvernement leur a imposé de nouvelles règles de fonds propres (capital principal détenu en permanence), qui exigent un ratio de 8 % pour les banques cotées et de 10 % pour les autres. Les caisses d’épargne ont donc entrepris de trouver des investisseurs privés pour limiter le niveau de fonds propres imposé par la nouvelle législation.

Salaires toujours délirants

La Caixa, Bankia et Banca Cívica ont choisi l’option d’entrer en bourse, avec tous les risques d’échec que cela comporte, compte tenu des doutes des investisseurs quant à la solidité du secteur financier espagnol. Quoi qu’il en soit, les entités qui ne parviendraient pas dans les prochains mois à respecter les nouvelles règles imposées par le Gouvernement seront en partie, et provisoirement, nationalisées. Selon la Banque d'Espagne, Bankia et Banca Civica ont, respectivement, besoin de 1,8 milliard d'euros et 847 millions d'euros pour avoir le niveau nécessaire de fonds propres.

La privatisation n’est toutefois pas un rempart infaillible contre les excès : les trois principaux dirigeants de Bankia, dont le président de l’entité, Rodrigo Rato (ancien directeur général du FMI) introduite en bourse le 20 juillet prochain, se partageront un salaire de 10,1 millions d’euros par an.

De quoi faire bondir le ministre du Travail, d’autant que Bankia a déjà reçu 4,5 milliards d’euros de prêts par le biais du fonds public destiné au secteur financier. Les Espagnols ont encore matière à s’indigner.
 




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