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Amsterdam: recrudescence des violences homophobes

lundi, 4 juillet, 2011 - 15:28

Amsterdam, capitale des gays? Pas pour 75 % des homos qui y résident et ne reconnaissent plus la ville autrefois tolérante et ouverte. Les plaintes pour violences homophobes augmentent de manière inquiétante et les "incidents violents" contre les gays et lesbiennes ont plus que doublé en un an. 

Amsterdam, autrefois cataloguée "World Gay Capital", connaît un regain de violences homophobes: 487 plaintes pour agressions homophobes en 2010 contre 371 en 2009 et 300 en 2008. Les incidents avec violences physiques ont plus que doublé en un an passant de 82 en 2009 à 182 en 2010 alors qu’on en comptait "seulement" 54 en 2008.

D’après un rapport de police de 2008 sur la violence homophobe aux Pays-Bas, celle-ci s’exerce plus particulièrement dans les lieux de rencontre homos – les clubs ou les cafés – au domicile, mais surtout dans les espaces publics.

Les lesbiennes moins menacées

Les hommes sont les victimes de cette violence à une écrasante majorité: 89 %. Tandis que les lesbiennes sont les cibles de 3 % des agresseurs et les transsexuels viennent loin derrière avec 1 %. Le reste des victimes n’est curieusement pas identifié par genre…

Une étude menée en 2009 auprès de 412 hétéros et 167 homos montrent que 75 % de ces derniers estiment que l’on ne peut plus appeler Amsterdam "Capitale Mondiale des Gays" et ils sont 79 % à considérer que le climat s’est dégradé à leur égard (82 % des homos et 69 % des lesbiennes).  Les hétéros sont d’ailleurs 67 % à partager ce sentiment.

Les femmes sont d’ailleurs plus enclines à parler ouvertement de leur orientation sexuelle (77 %) que les hommes (48 %).

Préjugés homophobes persistants

Mais Amsterdam était-elle vraiment si ouverte et tolérante ?  Dans leur livre Als ze maar van me alfblijven ("Tant qu’ils ne s’approchent pas de moi") Laurens Buijs – professeur à la Social School for Social science Research (ASSR) d’Amsterdam -, Gert Hekma – professeur en études sur les homos et lesbiennes de la faculté d’anthropologie – et Jan Willem Duyvendak, professeur de sociologie de l’Université d’Amsterdam – démontrent qu’en fait les préjugés homophobes abondent dans la cité de la tolérance. Que, nulle part ailleurs, la violence homophobe n’est aussi structurelle qu’à Amsterdam.

Ce livre est le fruit d’une recherche commandée par la Gemente – municipalité – d’Amsterdam.  Ils ont interviewé des centaines d’agresseurs. L’image qu’ils donnent de la ville est à la fois passionnante et inquiétante: elle confirme que l’image de tolérance de la ville est largement usurpée. Nombreux sont les habitants qui n'ont jamais accepté les homosexuels. 

La municipalité a lancé une campagne de sensibilisation et a pris des positions claires contre la violence homophobe. Si on en croit les statistiques, pour l’instant le principal résultat de cette campagne, est une augmentation sensible du nombre de plaintes: les victimes parlent plus volontiers de ce qui leur est arrivé.  Malheureusement, la campagne ne semble avoir aucune incidence sur le nombre d‘agressions qui ne cesse de croître de façon alarmante.

L’appel des églises

Les églises néerlandaises ne sont pas en reste. Le 17 mai 2011, à l’occasion de l’International Day Against Homophobia (Idaho) elles ont signé – et fait signer par leurs fidèles – une "déclaration des églises contre la violence à l’égard des homosexuels".

Traduction:

Nous ne pensons pas tous la même chose de l’homosexualité, mais nous croyons que tous les hommes ont été créés à l’image de Dieu et qu’ils lui sont tous chers. C’est pourquoi les hommes doivent établir des relations dignes – dans la paix,  l’amour, et le respect – et c’est pourquoi, la violence contre les homosexuels doit être exclue.  […] Ceci est valable pour toute forme de violence – verbale, physique et psychique – contre l’homosexualité, y compris l’incitation à ces formes de violence. […] Nous appelons les croyants de nos églises à ne participer en aucune manière à la violence contre les homosexuels.  […]  Nous appelons chacun, là où il se trouve dans la société, à offrir un environnement où les homosexuels se sentent en sécurité et par là-même à contribuer à un climat serein dans notre vie sociale.  Nous voulons aussi, à travers nos contacts internationaux avec les églises et les représentants des autres religions, entamer un combat contre l’homophobie, la haine des gays et la violence contre les homosexuels."

Le même jour, la ministre de l’éducation, de la culture et de la science, Marja van Bijsterveldt-Vliegenthart,  a publié un message vidéo appelant à la tolérance et au respect de la différence.

Pour Wilders, les agresseurs sont marocains

Le PVV, le parti populiste de Geert Wilders, ne pouvait que s’emparer de cette question et en faire un flambeau de sa "lutte pour les libertés".

Pour Wilders, "ce ne sont pas les bouddhistes qui commettent des déprédations ni les chrétiens qui ont des rapports avec les homosexuels ou qui traitent les femmes de putains.  Vous voyez que les Marocains sont surreprésentés dans les statistiques".

Pourtant, n’en déplaise à Monsieur Wilders et à sa clique xénophobe, les chiffres sont têtus et ils disent tout autre chose.

Une enquête conduite en 2009 par Judith Schuyf pour les ministères de la Justice et de l’Education, montre que les étrangers – les "allochtones" pour reprendre l’euphémisme en vogue aux Pays-Bas – ne sont nullement surreprésentés parmi les agresseurs d’homosexuels, mais que par contre, les faits commis par des immigrés sont systématiquement mis en valeur par une certaine presse…

Groningen, capitale des homos

Pendant ce temps, ce samedi 3 juillet, Groningen, la ville la plus septentrionale des Pays-Bas, devenait pour un jour la "capitale des homos".  Le Roze Zaterdag (le Samedi Rose), une gigantesque manifestation à travers toute la ville, a attiré entre 40 000 et 50 000 visiteurs.

Cette manifestation de sensibilisation à l’acceptation de la différence sexuelle est née en 1978 à Amsterdam et a désormais essaimé à travers tous le pays et selon Ralph Hilbrandie, un des organisateurs, "elle est toujours nécessaire".

C’est le maire – burgemeester – de Groningen, Peter Rehwinkel, qui a donné le signal de départ.  Mais les organisateurs ne s’attendaient vraiment pas à un tel succès.  Leur budget de 250 000 euros leur paraissait trop court pour réussir quelque chose de grand, mais la participation massive des volontaires et des réductions importantes accordées par les fournisseurs ont largement compensé ce budget limité.

Deux présentateurs vedettes de la télévision néerlandaise – Harm Edens en Sipke Jan Bousema – flanqués du bourgmestre pendant la parade qui a remporté un succès inespéré, peut-être aussi grâce au soleil qui s’est montré généreux pour une fois dans cette ville du nord, pas très éloignée du Danemark…

Tout espoir n’est donc pas perdu pour la communauté gay néerlandaise, mais, là comme ailleurs, la vigilance s’impose pour éviter le retour aux préjugés.




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