Retraites: cotiser encore plus longtemps que nos voisins
Le report de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans a souvent occulté le nombre d'années de cotisation. Durée supérieure à celle de nos voisins européens qui va être encore allongée, comme vient de le confirmer Xavier Bertrand.
Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a confirmé le 5 juillet que le gouvernement suivra à la lettre l'avis du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) qui préconise un nouvel allongement de la durée de cotisation nécessaire pour toucher une pension à taux plein.
Raison invoquée par le COR: l'allongement de l'espérance de vie qui a augmenté de près d'un lors des quatre ans. Il faudra donc désormais cotiser 166 trimestres, soit, 41,5 années pour pouvoir bénéficier de sa retraite à taux plein. Ceci pour tous ceux qui sont nés après 1954.
Actuellement, il faut 163 trimestres pour ceux qui son nés en 1951, 164 pour ceux de 1952 et 165 pour la génération de 1953 et après. A part ceux qui ont eu la bonne idée de voir le jour en 1953 et 1954, cela fait un trimestre de plus de travail obligatoire pour bénéficier pleinement de sa retraite - une fois l'avis du COR avalisé par le gouvernement.
Alors que le passage de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans vient d'entrer en vigueur, ce nouvel allongement de la durée des cotisations ne peut que renforcer le sentiment de bon nombre de salariés que leurs futures retraites sont très virtuelles.
Les Français travaillent plus longtemps
"Regardez ce qui se fait en Europe, la France est le pays où l’on part le plus tôt en retraite", ont répété à l'envi les ministres français et députés de la majorité pour justifier le report de 60 à 62 ans. Xavier Bertrand, a, de nouveau comparé le 5 juillet, sur Europe 1, la situation française avec celle de nos voisins les plus proches:
A terme, il y aura 62 ans [pour l'âge légal de départ. NDLR] et 41,5 ans de cotisation, les deux en même temps, au moment où en Allemagne, c'est 67 ans et 45 ans, en Espagne, c'est 65 ans. On préfère conduire les réformes nous-mêmes plutôt qu'un jour être comme la Grèce et se faire imposer les réformes par l'extérieur"
Des demies vérités. Qu'en est-il vraiment?
En Europe, l’âge légal qui assure une pension à taux plein tend vers 65 ans, c'est vrai. Encore faut-il comparer... ce qui est comparable. Les Français prennent-ils leur retraite beaucoup plus tôt que leurs voisins? Pas si sûr.
Manœuvre politique de diversion ou simple aveuglement, la focalisation du débat sur l'âge légal a éludé cet autre paramétre au moins aussi fondamental de la durée de cotisation. Les précédentes réformes françaises (1993 et 2003) ont joué sur ce levier.
Au point que la France arrive en tête du peloton : 41 années désormais et, peut-être, demain un peu plus, contre 40 en Suède, mais seulement 35 en Espagne, Italie et Allemagne et même 30 au Royaume-Uni.
Conséquence: dans la grande majorité des pays de l’UE, de nombreux salariés quittent le marché du travail avant l'âge légal parce qu'ils ont suffisamment cotisé (Grande-Bretagne) et/ou parce qu’ils bénéficient de mesures dérogatoires (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Danemark).
En fin de compte, les disparités d’âge légal sont plus fortes que les disparités d’âge effectif de sortie du marché du travail : 59,3 ans en France, contre 61,2 dans l'UE. Mais si l'on considère l'âge moyen de liquidation des retraites, les Français prennent leurs retraites légèrement plus tard que la moyenne de l’UE (61,5 ans contre 61,4).
France : l'âge légal ne dit pas tout
Le départ à 60 ans ne donne pas droit automatiquement à une pension à taux plein : il faut attendre 65 ans pour pouvoir y prétendre si l'on n'a pas validé la durée de cotisation requise : au moins 162 trimestres, soit 40,5 ans actuellement, et 164 trimestres en 2012. Une décote, qui atteindra 1,25% par trimestre manquant en 2015, est appliquée aux pensions des travailleurs n’aillant pas atteint ce quota. A l'inverse, une surcote de 1,25% par trimestre travaillé au-delà du taux plein a été instaurée, afin d'encourager les assurés à décaler leur âge de départ à la retraite. La possibilité de partir pour les fonctionnaires parents de 3 enfants, ayant 15 années de service, devrait disparaître au 1er janvier 2012.
Allemagne : des décotes pour les carrières trop courtes
La réforme de 2007 fait passer l’âge d’obtention d’une pension complète de 65 ans en 2012 à 67 en 2029. Les salariés ayant commencé à travailler jeunes pourront malgré tout y prétendre dès 65 ans, à la condition d’avoir cotisé 45 ans (hors périodes de chômage). L’âge minimum de départ reste, lui, fixé à 63 ans - sous réserve de 35 années de cotisation. Mais de fortes décotes sont prévues pour les travailleurs qui souhaitent liquider leur pension à cet âge.
Royaume-Uni : 30 ans de cotisations
Depuis 2007, Il faut seulement trente ans de cotisation pour bénéficier de la (minuscule) retraite d'État de base (116 euros par semaine). Mais, avec la réforme engagée, à savoir un départ à 68 ans à l'horizon 2046, une pension à taux plein nécessitera, de fait, quarante-quatre ans de cotisation pour les hommes et trente-neuf pour les femmes.
Actuellement, les retraites anticipées sont monnaie courante : depuis 2006, un salarié peut liquider sa retraite complémentaire (seconde pension d'Etat ou fonds de pension privé) dès 50 ans, c'est-à-dire avant même de pouvoir percevoir sa retraite de base.
Espagne : de nombreuses dérogations
La durée de cotisation nécessaire à une retraite à taux plein est de 35 ans dans la plupart des cas. En dépit de réformes (2006-2007) destinées à favoriser la prolongation de l’activité, il existe toujours de nombreuses possibilités de retraites anticipées. Les professions dites "à grand danger", comme les mineurs, les cheminots ou les marins peuvent profiter de départs dès 60 ans.
L'Espagne propose également des départs à 61 ans aux salariés mutualistes, aux licenciés économiques et aux chômeurs de longue durée qui peuvent faire valoir 30 ans de cotisation. Ce qui explique qu’un quart des nouveaux retraités espagnols liquident leurs droits avant 60 ans.
Pays-Bas : 50 ans… de résidence
Tout résident des Pays-Bas a droit aux allocations retraites à condition de justifier de 50 ans… de résidence dans le pays. Bien que l’âge légal soit de 65 ans, les personnes ayant exercé, et contribué à un fonds de pension pendant 40 ans, peuvent (sous conditions) partir à la retraite à 63 ans avec une pension totale limitée à 70 % du dernier salaire.
En dépit de dispositifs destinés à décourager fiscalement la cessation précoce d’activité, de nombreux régimes de préretraite – ils couvraient 83% des salariés en 2001 – existent toujours.
Italie. Un système de points
Le système conjugue deux types de retraites différents. La pension de « vieillesse » d’abord, qui suppose un minimum de 20 ans de cotisations. La pension « d’ancienneté » ensuite, calculée ainsi : on additionne l’âge de départ à la retraite du salarié et le nombre d’année de cotisation. En 2010, il faut atteindre 95 points, avec un âge minimum de 59 ans – un minimum de 36 ans de cotisations est donc nécessaire (95-59=36). Mais, il en faudra 96 en 2011 et 97 en 2013.
(Actualisé le 4 juillet 2011 à 15h avec les nouvelles propositions du COR)


















