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Portugal: l’uppercut de Moody’s avant le chaos?

jeudi, 7 juillet, 2011 - 11:10

Le Portugal vient de recevoir "un coup de poing à l’estomac". L’expression est du Premier ministre portugais, choqué comme l’ensemble de ses concitoyens par l’annonce de la nouvelle dégradation de la note de la dette souveraine du Portugal par l’agence américaine Moody’s.

Le Portugal chancèle. Les coups de boutoirs de l’agence de notation américaine Moody's contre le petit pays de la zone euro ont porté un nouveau coup au moral des Portugais. A commencer par le chef du gouvernement, Pedro Passos Coelho, qui a eu beaucoup de mal à cacher sa déception lors d’une réunion avec des dirigeants d’entreprises portugais et espagnols à Lisbonne. "Nous avons pris un coup dans l’estomac" a-t-il déclaré.

La sévère dégradation de 4 points de la note du Portugal par l’agence américaine est perçue par l’ensemble de la classe politique, économique et financière du Portugal comme un sacré coup bas d’autant plus pénible à encaisser pour le gouvernement de centre droit qui n’est en place que depuis deux semaines.

Moody's le maudit

Les réactions s’enchainent. Un ancien ministre de l’Industrie Luis Mira Amaral a qualifié le déclassement "d’acte terroriste", le patron de la Caisse des dépôts et consignations l’a jugée "immorale et insultante", et pour le dirigeant de la banque BES, il s’agit d’un "coup tiré et réussi contre le navire portugais de la flotte européenne".

Ce ne sont que quelques-unes des expressions fleuries formulées par les responsables portugais. Avec une belle unanimité à droite comme à gauche, on dénonce la démarche spéculative, entamée de longue date et renforcée depuis que la Grèce a négocié un rééchelonnement de sa dette souveraine.

L'agence n'ayant pas étayé les raisons de cette baisse exceptionnelle de trois points si ce n'est dans une brêve note de deux pages, les Portugais s'interrogent. Ils ont le sentiment d'être punis sans motifs par "Moody's le maudit". Certains estiment que l'agence américaine fait le jeu de spéculateurs prêts à investir dans une dette à haut risque mais qui peut rapporter gros: les taux à dix ans de remboursement de la dette portugaise ont bondit à plus de 12% après l'annonce de Moody's.

Le classement en "junk", c'est-à-dire dans le champ spéculatif ou à haut risque de la note portugaise est quasiment la dernière étape avant le franchissement de la ligne rouge, la mise en défaut de paiement : il suffit qu’une seule autre agence de notation revoit son "ranking" à la baisse pour le navire portugais soit envoyé par le fond.

Austérité renforcée

Pourquoi maintenant ? s’interroge-t-on à Lisbonne. En effet, en deux semaines le gouvernement de Pedro Passos Coelho n’a pas perdu de temps, à grand renforts de consultations et de conseils de ministres exceptionnels. Il n’a pas d’autres choix : il a pour obligation de respecter le mémorandum signé avec le FMI et l’Union Européenne qui ont alloué une aide de 78 milliards d’euros.

L’annonce de mesures d’austérité encore plus rigoureuses  – levée de l’impôt extraordinaire sur les revenus de près de 4 millions de salariés – n’est qu’un avant goût des mauvaises nouvelles qui attendent les Portugais.

Moody's n’en a pas tenu compte pas plus que d’autres mesures plus structurelles. L’agence américaine ne croit pas le Portugal capable de tenir ses promesses sans un autre plan de sauvetage. Le gouvernement aurait aimé qu’on lui accorde dans l'immédiat au moins le bénéfice du doute.

Cauchemar le plus noir

L’uppercut fait très mal. Le Portugal doit désormais compter plus que jamais sur un fort soutien des autres pays européens pour conserver le cap. Première lueur dans ce cauchemar le plus noir, on veut croire à Lisbonne que Bruxelles, qui a confirmé son intention de créer sa propre agence de notation pour faire contrepoids aux agences américaines, tiendra enfin son engament.

Le président de la Commission européenne, le Portugais Manuel Barroso s'est, en effet, prononcé une nouvelle fois, comme il le fait régulièrement depuis des années, pour la création d’une agence de notation européenne. "C’est au marché qu’il appartient de décider", mais "il me semble étrange qu’il n’y ait pas une seule agence venant d’Europe", a-t-il indiqué, accusant les agences d’avoir "un parti pris" contre l’Europe et, notamment, aurait-il pu ajouter, contre son pays.

Sur internet et les réseaux sociaux, on veut croire que Manuel Barroso et les dirigeants européens vont, enfin, passer de la parole aux actes.


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