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Mercedes Bresso: "l'Europe est un soufflé retombé"

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08.07.2011 | 17:19

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Incapable de faire face aux crises, sans responsables politiques susceptibles de dépasser les égoïsmes nationaux, atteinte de déficit démocratique par manque de débats et de polémiques, l'UE suscite l'indifférence de ses citoyens. Rencontre et échange d'idées décapantes avec Mercedes Bresso, Présidente du Comité des Régions de l'UE.

L’Union européenne irrite. Beaucoup la méconnaissent. Mais ce qui inquiète le plus Mercedes Bresso, la présidente du Comité des Régions de l’UE, c’est l’indifférence croissante qu'elle suscite auprès de ses citoyens. Outre le manque de communication effective de la part de l’Union, problème latent, elle déplore le peu de débat passionnel transfrontalier que peuvent susciter des projets à dimension réellement européenne.

Pour Mercedes Bresso, l’Union européenne "c’est comme un soufflé qui gonfle et puis qui est retombé". La balance penche généralement vers l’intégration lors des périodes fastes et vers le morcèlement en temps de crise.

L’euro a pu se faire pendant les années de croissance mondiale. L’espace Schengen et l’élargissement aussi. Or, depuis maintenant trois ans, la crise de la dette souveraine et l’instabilité géopolitique au sud menacent de faire chavirer le projet européen et ses trois acquis fondamentaux.

Le référendum, racine du mal

La racine des maux de l’UE, ce n’est pas la crise cependant, c’est "le non". Ce "non" cinglant d'une majorité de Français à la Constitution européenne. Le verdict du référendum du 29 mai 2005 a signalé un coup d’arrêt décisif pour la construction européenne. Depuis, les 25 – devenus 27 – se cherchent.

Déjà perdue dans l’océan, l’Union s’est retrouvée confrontée à une tempête sans précédent ce qui n’a rien arrangé à ses affaires. Résultat : l’Europe traverse une grave crise de confiance. Manque de confiance des citoyens dans le projet européen, manque de confiance en soi de l’UE et manque de confiance des marchés dans la solidité de la monnaie unique.

Pourtant, comme le rappelle avec sa discrétion coutumière le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, "l’état actuel de l’Union n’est pas si mauvais, même si l’état d’esprit n’est pas si bon". Après tout, souligne-t-il, "tant qu’un club engrange de nouveaux membres, il ne peut pas être en mauvais état". En effet, la Croatie est partie pour entrer dans l’UE à l’horizon 2013, l’Islande s’en approche et la Serbie tape à la porte.

L'Union pourtant indispensable

Ces pays ont conscience que seuls ils ne comptent pas et qu’aujourd’hui les problèmes transfrontaliers ne peuvent être résolus chacun dans son coin. N’oublions pas, non plus, une donnée aujourd'hui considérée comme un acquis : la paix règne en Europe et l’UE y est pour beaucoup.

La crise économique et financière a démontré que l’interdépendance est telle qu’il faut des réponses coordonnées. Une crise dans 3 pays – Irlande, Grèce et Portugal – au PNB représentant seulement 6% du total de la zone euro met en péril l’UE tout entière!

Le changement climatique appelle aussi des solutions globales. Là encore les 27 ont un rôle prépondérant à jouer que ce soit en poussant pour améliorer l’efficacité énergétique ou le développement des énergies renouvelables.

Seule l’Union européenne peut porter des projets transfrontaliers tels que des réseaux d’infrastructure énergétique ou de transport reliant Vilnius à Saragosse et Thessalonique à Edinbourg. Pourtant, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni semblent l’oublier ou l’ignorer quand ça les arrange.

Et, quand les choses vont mal, l’Union européenne est si pratique pour se justifier qu'il faudrait, rien que pour cela, l'inventer si elle n'existait pas. "L’Europe est loin de tout donc on la rend responsable de tout ce qui ne fonctionne pas. De toute façon elle ne peut pas se défendre", constate Mercedes Bresso.

Bouc émissaire pour les États membres et, à travers eux, pour leurs citoyens. Quand l’UE avance, c’est grâce à Paris ou Berlin. Quand ça ne va pas, c’est la faute à "l’Europe".

Des poids plumes à la tête de l’UE

Après tout, les dirigeants de l’Union européenne ont été choisis par les 27 pour cela. En effet, il n'y a pas de risque que M. Van Rompuy ne commence à faire de l'ombre à une Angela Merkel ou un Nicolas Sarkozy. L’ancien premier ministre belge conservateur se fait remarquer plus pour ses haïkus qu’autre chose alors qu'il a été nommé à son poste avant tout pour son art consommé de la négociation et des compromis.

José Manuel Barroso, reconduit à la tête de la Commission européenne début 2010, monte, quant à lui, très rarement au créneau contre les États membres, même quand il le devrait. Il fait le plus souvent ce qu’on lui demande, comme, par exemple, lorsqu’il a ouvert la voie au rétablissement des contrôles aux frontières suites aux pressions conjuguées de M. Sarkozy et Silvio Berlusconi.

Catherine Ashton est, elle, devenue la chef de la diplomatie de l’UE n’ayant jamais exercé de poste diplomatique auparavant. Sa nomination à ce poste permet de mesurer le degré d'adhésion des chefs d’Etat et de gouvernement nombrilistes au projet européen qui rogne leurs prérogatives nationales.

Il n'y a plus de projet européen

Comment, dans ce contexte, réinsuffler de la vie dans le projet européen ?

Il faut que les citoyens se l’approprient. Mais pour cela, il faudrait leur en parler et, si possible de manière intelligible. Mme Bresso cite un chiffre: environ 2% de l’information télévisée en Italie est consacrée à l’UE. En France, c'est guère mieux. "Les journaux n’ont pas d’intérêt à en parler", constate-t-elle.

Pourquoi? Du fait de la communication quasi inexistante de l'Union avec ses citoyens, selon Mme Bresso.

Mais le problème fondamental c’est qu’il n’y a pas plus de projet européen ! Depuis le "non" à la Constitution européenne, l’UE n’a pas de vision, elle n’arrive pas à se projeter en avant. Tout ce qu’elle fait c’est de gérer les crises, aujourd'hui celle de la dette souveraine.

"Créer l’intérêt des médias est un des problèmes majeurs de l’Union et cela n'est possible qu'avec des grandes politiques qui permettent la confrontation d’idées en Europe", explique la Présidente du Comité des Régions.

"Il faut de la polémique!"

La politique agricole commune, le marché commun, l’euro, voilà des grandes politiques qui ont déchainé des passions dans les décennies précédentes. Il faut de nouveaux débats et de nouveaux projets.

"On n’est pas tous d’accord, sur l’entrée de la Turquie en Europe, par exemple. Mais par crainte de se diviser, on ne débat pas. Un vrai débat ‘oui/non’ à la Turquie en Europe intéresserait les citoyens. Et les partagerait. C'est aux partis politiques de lancer de tels débats. Mais les partis politiques européens n’existent pas vraiment encore. Ils devraient lancer des débats sur les vraies questions des frontières. Où on va avec l’élargissement, quelles sont les limites que l’on se donne ? Ça c’est un débat qui intéresserait énormément les citoyens européens."

Le think tank bruxellois EPC (European Policy Centre) avance quatre projets stratégiques dans lesquels il estime que l’UE devrait s’engager une fois la crise de l’euro résolue pour "redynamiser l’intégration européenne qui apparaît fragile et fatiguée" :

  • Parachever le marché intérieur, incluant un marché unique pour le numérique, l’énergie, la santé et l’emploi ;
  • Créer une politique commune de migration et d’asile ;
  • Revitaliser le modèle social européen grâce à une vision commune d’une "Europe sociale", avec priorité au bien-être des citoyens ;
  • Créer une "Union de la Défense" intégrant les capacités de défense des Etats membres.

Quoi qu’il en soit, les projets ne seront vivants que si les citoyens s’en saisissent. Or, comme le dit Mercedes Bresso, "pour passionner les gens en Europe il faudrait une vraie bataille politique. Il faudrait que des responsables émergent au niveau européen, au-delà de leurs frontières nationales. On se passionne quand il y a de la polémique, des différences… "

La présidente de Comité des régions rejoint Jorge Semprun, grand européen récemment disparu, qui confiait à un des fondateurs de MyEurop, il y a eux ans "Il faudrait pour relancer l’Europe des chefs d’Etat et de gouvernement ayant une véritable conviction européenne (…) capables de distinguer l’intérêt national de l’intérêt général de l’Europe !".





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